Tordre le cou aux préjugés envers les profs

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Au Québec, les conditions sont si difficiles pour les enseignants que 25% d’entre eux abandonnent dans les cinq premières années de carrière.
Photo: iStock Au Québec, les conditions sont si difficiles pour les enseignants que 25% d’entre eux abandonnent dans les cinq premières années de carrière.

L’été prochain, il est fort probable que certains enseignants considéreront leurs vacances comme une période de convalescence, tellement l’année aura été difficile. Pourtant, les préjugés ont la vie dure et l’on continue d’entendre ici et là que les profs ont trop de vacances, sont trop payés pour ce qu’ils font ou tout simplement qu’ils ne travaillent pas suffisamment.

Avec un message ciblé, nos dirigeants seraient en mesure de casser ces mythes, mais malheureusement, ils persistent au sein même du gouvernement : « Le premier ministre a fait un beau lapsus lorsqu’il a parlé des journées pédagogiques en les appelant des journées de congé », rappelle Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, en citant aussi l’exemple de Jean-François Roberge, le ministre de l’Éducation, qui a affirmé que les enseignants se faisaient payer pour les heures supplémentaires travaillées. Comme ce n’est absolument pas le cas, il a dû se rétracter.

Si l’enseignement était une profession si facile, ça se saurait. « Quand on choisit l’enseignement, c’est parce qu’on a envie de le faire, parce qu’on a envie de s’investir même si les conditions sont extrêmes et viennent à bout de 25 % des effectifs, qui abandonnent dans les cinq premières années de carrière », lance la présidente.

Bien sûr, les enseignants trouvent des alliés dans la population : les parents. Pendant le confinement, ces derniers ont pu se rendre compte à quel point on ne s’improvise pas prof. Mais jusqu’où les enseignants peuvent-ils compter sur ce soutien quand vient le temps de renégocier leur convention, comme c’est le cas actuellement ? « On se fait dire qu’on est bien rémunérés et qu’on peut se comparer au reste du Canada. Faux ! Non seulement on est moins bien rémunérés, mais en plus, au Québec, on vit des conditions particulièrement difficiles parce que la pénurie d’enseignants est importante », ajoute-t-elle.

À Montréal, dans certaines écoles, la situation est alarmante. « C’est devenu un gros problème. On manque d’adultes formés pour enseigner, mais on manque aussi d’adultes pour surveiller les élèves. Qu’est-ce qu’on va faire quand il n’y aura plus assez de personnel pour faire fonctionner les écoles ? » se demande Catherine Beauvais-St-Pierre.

Revaloriser la profession

Toutefois, comme partout ailleurs, quand il est question d’argent, les négociations se corsent. « Aux tables de négos, on entend toujours la même chose. On nous parle encore de coûts nuls, on nous dit qu’il faut que ça coûte le moins cher possible. On ne pourra jamais se sortir des problèmes en éducation sans investissement, et s’il fallait qu’on se retrouve avec une convention pire que celle qu’on a maintenant, je ne sais pas ce qui se passerait  », ajoute-t-elle, tout en espérant qu’on verra enfin l’éducation comme un investissement et non comme une dépense.

Le ministre Roberge parle souvent de valoriser la profession d’enseignant. Pour y arriver, sa proposition est de créer des postes de professeur émérite avec des tâches supplémentaires. Ceux-ci agiraient comme mentors auprès des autres profs et leur salaire serait augmenté. « On n’a rien contre les mentors, mais on considère que ce qui est important dans la revalorisation de la profession, c’est qu’elle touche l’ensemble des enseignants, et pas seulement quelques-uns », affirme la présidente. « Ce qu’on veut pour être valorisé, c’est ressentir une confiance, pour pouvoir faire notre travail, et pour ça, ça prend des ressources… C’est une roue qui tourne et ça participe à la dévalorisation de la profession. »

Un autre sujet qui hérisse Catherine Beauvais-St-Pierre est celui de la formation. « Le ministre laisse entendre qu’on est contre la formation. Ce qu’on veut, c’est choisir les formations dont on a besoin. Si dans la classe d’une enseignante se trouvent des enfants avec des troubles du spectre de l’autisme, elle a plus besoin d’aller chercher de l’information sur ce sujet qu’une formation en bienveillance ! »

Catherine Beauvais-St-Pierre en est convaincue : il faut changer les mentalités à la base, et le gouvernement y a son rôle à jouer. « On a un gouvernement qui se veut proche du peuple, qui va chercher l’appui d’une bonne partie de la population, il peut influencer l’opinion des gens envers lesprofesseurs. Ça, c’est une bonne façon de la valoriser ! »