L'enseignement, ou le plus beau métier du monde en croisade

Marie Pâris Collaboration spéciale
Depuis mars, la pandémie est venue exacerber les problèmes que connaissait déjà le milieu scolaire (pénurie de personnel, détresse psychologique, départs à la retraite précipités…) et auxquels la FAE tente de remédier en demandant plus de moyens.
Photo: Thomas Samson Agence France-Presse Depuis mars, la pandémie est venue exacerber les problèmes que connaissait déjà le milieu scolaire (pénurie de personnel, détresse psychologique, départs à la retraite précipités…) et auxquels la FAE tente de remédier en demandant plus de moyens.

Devant l’absence de réponse du gouvernement, un an après le dépôt de ses demandes dans le cadre du renouvellement des conventions collectives de ses membres, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) prépare des actions pour se faire entendre.

La profession enseignante est en souffrance. Et quand la réponse est du silence, la souffrance s’en trouve aggravée. » Pour Sylvain Mallette, président de la FAE, le « silence éloquent » du gouvernement dans les négociations pour les conventions collectives est un comportement inacceptable. Mais pas surprenant pour autant : ce silence s’inscrit, selon lui, dans la longue tradition des négociations, indépendamment des gouvernements, avec l’objectif de faire en sorte que le système coûte moins cher. « Le gouvernement Legault est encore dans le même paradigme, où le milieu scolaire doit coûter le moins cher possible, explique M. Mallette. L’école publique permet pourtant d’anticiper l’avenir ; elle n’est pas une dépense, mais un outil collectif qu’on s’est donné, et il faut qu’elle ait les moyens de remplir sa mission. »

Depuis mars, la pandémie est venue exacerber les problèmes que connaissait déjà le milieu scolaire (pénurie de personnel, détresse psychologique, départs à la retraite précipités…) et auxquels la FAE, qui regroupe neuf syndicats représentant près de 49 000 enseignants, tente de remédier en demandant plus de moyens. « Ces phénomènes ont pris de l’ampleur. En ne répondant pas aux demandes des syndicats, c’est comme si le gouvernement considérait que ces phénomènes sont normaux, affirme M. Mallette. Il devrait au contraire soutenir davantage ce réseau déjà affaibli par des années de compressions et profiter de la négociation pour changer les choses. »

Dans un texte déposé par le gouvernement Legault dans le cadre des négociations, il était notamment question de « procéder à une utilisation optimale des professeurs ». Une expression qui a été retirée au bout d’un an. La FAE avait en effet vivement dénoncé ces termes, « habituellement utilisés en machinerie », dit M. Mallette. « Tout ça témoigne du regard que le gouvernement porte sur nous, et c’est cette façon de regarder la profession qu’il faut recadrer. » La FAE a donc décidé de se mobiliser et de poser des gestes malgré la pandémie. Son objectif : obtenir de meilleures conditions de travail et de meilleures conditions d’apprentissage pour les élèves.

Placardage et mobilisation virtuelle

La FAE a déjà mené quelques actions de visibilité dans le cadre de ces négociations, notamment une tournée du Québec à la rencontre des citoyens pour présenter ses revendications. Pour souligner l’anniversaire du dépôt de ses demandes, elle a également organisé dans la nuit du 28 au 29 octobre dernier une opération de placardage visant des centres de services scolaires, des bureaux du ministère de l’Éducation à Québec et à Montréal et le bureau de circonscription du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Le message : « Nous, les profs, avons des solutions ! Monsieur Roberge, écoutez-nous ! »

Mais avec la pandémie, on ne se mobilise plus comme avant… « L’épidémie et la mise en place de mesures sanitaires à l’école ont déjà demandé beaucoup d’énergie, reconnaît M. Mallette. Il faut donc penser autrement la mobilisation. »

Photo: Courtoise La FAE mène des actions de visibilité, notamment des opérations de placardage visant  des centres de services scolaires.

La FAE travaille actuellement à la mise à jour de son plan d’action pour tenir compte des contraintes liées à la pandémie. Son président reste flou sur les actions prévues, qui doivent être décidées prochainement, mais évoque tout de même des mobilisations physiques et des regroupements, toujours dans le respect des mesures sanitaires.

La Fédération pense aussi explorer des voies nouvelles, notamment par l’entremise du virtuel. « On va voir comment on est capables d’utiliser cette nouvelle réalité dans laquelle on travaille pour continuer à faire valoir nos revendications, indique M. Mallette. C’est contraignant, mais ça permet aussi d’explorer des espaces nouveaux… » Devant ces chantiers de réflexion, le président de la FAE salue la motivation des enseignants. « On sent dans nos assemblées générales une volonté de se mobiliser et de ne pas se laisser emporter par les contraintes. On a vu chez nos membres une fierté, celle de la mobilisation retrouvée. »

Pour l’instant, les conditions ne semblent pas réunies dans les négociations pour que les parties arrivent à une entente de principe. La FAE parle pour sa part de l’appareil gouvernemental de négociation comme de « gérants d’estrade » qui n’ont aucune idée de ce qui se passe sur le terrain, avec un regard comptable et technocratique. Mais pour son président, quelle que soit l’efficacité du plan de mobilisation prévu, une chose est sûre : « On ne négociera pas au rabais. »