La prévention se fait une place dans le nouveau programme des maternelles 4 et 5 ans

Le développement global de l’enfant sera ainsi toujours au centre de la formation, c’est-à-dire développer les aspects physique et moteur, affectif, social, langagier et cognitif.
Photo: Getty Images Le développement global de l’enfant sera ainsi toujours au centre de la formation, c’est-à-dire développer les aspects physique et moteur, affectif, social, langagier et cognitif.

Un nouveau programme verra prochainement le jour dans les maternelles 4 et 5 ans au Québec. En plus de favoriser le développement global des enfants, la formation mise sur la prévention pour détecter en amont les difficultés d’apprentissage et de comportement et ainsi lutter contre le décrochage scolaire.

« Plus de la moitié des Québécois ont un faible niveau de connaissance en lecture et cette difficulté n’est pas apparue à 16 ans lorsqu’ils ont quitté l’école. Ça commence dès le plus jeune âge dans le milieu familial. C’est pourquoi la maternelle est un endroit privilégié pour créer les meilleures conditions d’apprentissage, briser les inégalités au berceau et donner à chacun les mêmes chances de réussir », explique en entrevue Monique Brodeur, professeure titulaire à la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM.

Elle préside le comité chargé de créer le nouveau programme du cycle d’éducation préscolaire et de s’assurer de son implantation dans le milieu. Elle a d’ailleurs accepté de partager avec Le Devoir le document « quasi final », adopté par le gouvernement tout récemment. Il se retrouvera bientôt entre les mains des enseignants et des facultés d’éducation qui forment la relève. Le programme est facultatif pour le moment, mais deviendra obligatoire en 2021.

Ce nouveau programme vient apporter un peu d’uniformisation puisque jusqu’ici, trois programmes bien distincts guidaient les enseignants : un pour la maternelle 4 ans à mi-temps, un autre pour la maternelle 4 ans à temps plein et un dernier pour la maternelle 5 ans.

Aux yeux de la professeur, les maternelles 4 et 5 ans sont un moment clé dans le processus d’éducation des enfants et peuvent avoir une influence importante sur leur parcours scolaire, professionnel et plus largement sur le cours de leur vie. « Il y a des connaissances de base qu’il ne faut pas négliger avant l’entrée en première année. Connaître les lettres de l’alphabet, par exemple, c’est important pour favoriser l’apprentissage de la lecture, nécessaire pour apprendre les autres matières ensuite et réussir sa scolarité », note Monique Brodeur.

Le développement global de l’enfant sera ainsi toujours au centre de la formation, c’est-à-dire développer les aspects physique et moteur, affectif, social, langagier et cognitif. Pour cela, les enseignants devront créer les conditions propices, comme leur « offrir un milieu de vie sécurisant, bienveillant et inclusif » ; « cultiver le plaisir d’explorer, de découvrir et d’apprendre », mais aussi « mettre en place les bases de la scolarisation » comme, par exemple, s’intégrer dans un groupe, se sentir en sécurité avec un adulte et les autres enfants, participer à un jeu ou à une activité, savoir écouter et attendre son tour, être capable de demander de l’aide ou encore surmonter des obstacles, peut-on lire dans le nouveau programme.

Les enseignants auront aussi le rôle essentiel de cerner les besoins particuliers dont peuvent exiger certains enfants. « Mettre en œuvre des mesures de prévention, c’est porter un regard attentionné sur chacun des enfants afin de soutenir leur développement global selon leur maturité, leur rythme et leurs besoins. C’est agir en collaboration avec les familles, les services éducatifs à la petite enfance, les services complémentaires et les services sociaux pour assurer une cohérence et une continuité des interventions », indique-t-on.

Ainsi, si certains enfants ont besoin davantage d’aide dans l’apprentissage des bases nécessaires à l’entrée en première année, l’enseignant pourra dès lors faire appel à des professionnels pour leur prêter main-forte, comme des orthopédagogues, des psychoéducateurs ou des orthophonistes. Une intervention qui peut être perçue comme trop tardive une fois en première année puisque l’enfant aura déjà accumulé un retard. « Ça peut avoir un effet boule de neige, ça se transforme en difficultés scolaires, puis en risque de décrochage. »

Mme Brodeur souhaite toutefois se montrer rassurante auprès des parents : axer la formation sur la prévention ne veut pas dire que les périodes de jeux seront menacées. « Au contraire, le jeu aura une place centrale puisque c’est aussi de cette façon qu’on peut encourager les enfants à apprendre. L’idée n’est pas de créer un espace qui ressemble à la première année. Ça reste des enfants de 4-5 ans », précise-t-elle.

« Les enfants qui apprennent en s’amusant et qui se sentent bien à la maternelle auront une image positive de l’école et seront plus confiants, motivés et capables de réussir », ajoute-t-on d’ailleurs dans le nouveau programme.

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