«Impossible» de réduire la taille des groupes de moitié en 4e et 5e secondaire, dit Legault

Jean-François Roberge a préféré garder les classes complètes en 4e et 5e secondaire plutôt que de limiter la présence des élèves à des demi-groupes.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Jean-François Roberge a préféré garder les classes complètes en 4e et 5e secondaire plutôt que de limiter la présence des élèves à des demi-groupes.

Le gouvernement Legault a été sur la défensive, mardi, pour avoir ignoré un avis de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) qui prône la présence en classe de la moitié des élèves de 4e et de 5e secondaire dans les écoles situées en zone rouge.

Le premier ministre François Legault a fait valoir que le gouvernement a plutôt suivi les recommandations du directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, qui est distinct de l’INSPQ.

M. Legault s’est porté à la défense de son ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, après un reportage de Radio-Canada ayant révélé la recommandation ignorée de l’INSPQ. Le ministre Roberge a décrété l’école en alternance pour les élèves de 4e et de 5e secondaire en zone rouge — une journée en classe, l’autre en enseignement à distance à partir de la maison — sans toutefois limiter la présence des élèves à des demi-groupes, comme l’a recommandé l’INSPQ.

« Il y a des recommandations qui sont faciles à faire, mais impossibles à appliquer », a dit François Legault en point de presse, mardi après-midi.

« Si demain matin on nous dit : “On réduit la taille des classes de moitié”, ça nous prend deux fois plus de classes, deux fois plus d’enseignants. J’aimerais ça qu’ils nous disent où les prendre », a ajouté le premier ministre.

Une solution possible

Malgré ce qu’en pense le premier ministre, il serait tout à fait possible que la moitié des élèves de 4e et de 5e secondaire se trouvent en classe en même temps, fait valoir Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). Il suffirait que l’autre moitié des élèves fasse des devoirs et des leçons à la maison pendant que leurs camarades sont à l’école, selon lui.

Le Nouveau-Brunswick a mis en place ce modèle d’enseignement entre la 9e et la 12e année. Et ça fonctionne. « C’est le modèle qu’on a proposé en vue de la session d’automne, mais le gouvernement n’est pas ouvert à ça, même si c’est ce que recommande l’INSPQ », déplore Sylvain Mallette.

La présence de la moitié des élèves réduirait de beaucoup la circulation du virus tout en améliorant la qualité de l’enseignement, fait valoir le chef syndical.

« Il est clair que c’est le premier ministre qui est aux commandes. C’est lui qui décide. Il fait des choix et demande ensuite au Dr Arruda et au Dr Massé d’approuver ses choix », estime le président de la FAE.

Confiance ébranlée

Sylvain Mallette déplore l’inexistence de procès-verbaux des rencontres entre le pouvoir politique et la santé publique. Sonia Éthier, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), dénonce aussi le manque de transparence du gouvernement. Elle demande au ministre Roberge de dévoiler tous les avis reçus de la santé publique depuis le début de la pandémie.

Mme Éthier a réagi vivement aux conclusions « extrêmement troublantes » du reportage de Radio-Canada. « Elles confirment ce que nous pressentions : la santé et la sécurité du personnel de l’éducation sont inutilement mises à risque dans cette pandémie et ce, à leur insu. Il est révoltant que le gouvernement s’entête à jouer au spécialiste de la santé publique en faisant fi de recommandations pourtant claires », a-t-elle déclaré dans un communiqué.

« Notre confiance envers le ministre de l’Éducation s’était déjà grandement amenuisée dans les derniers mois. Aujourd’hui, c’est à se demander pourquoi nous devrions avoir confiance envers un ministre qui fait le choix d’exposer la population, le personnel, les élèves et les parents, même contre les avis des experts de la santé publique. La décision de ne pas suivre les recommandations des médecins pour protéger les enseignantes, les enseignants, le personnel de soutien ainsi que le personnel professionnel, fait d’eux des travailleurs de seconde classe. C’est aussi insultant qu’inacceptable », a ajouté Sonia Éthier.


À voir en vidéo