Les universités pourraient perdre jusqu’à 3,4 milliards, dit Statistique Canada

Ainsi, selon les projections de Statistique Canada, les universités pourraient perdre de 0,8% à 7,5% de leurs revenus.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ainsi, selon les projections de Statistique Canada, les universités pourraient perdre de 0,8% à 7,5% de leurs revenus.

Les universités canadiennes pourraient perdre cette année jusqu’à 3,4 milliards de dollars à cause de la pandémie de COVID-19, notamment en raison de la situation des étudiants étrangers, selon des projections effectuées par Statistique Canada.

Dans un document publié cette semaine, l’organisme fédéral a tenté d’estimer les pertes qu’essuieront les établissements universitaires pour l’année scolaire 2020-2021.

Statistique Canada souligne que les droits de scolarités occupent une proportion de plus en plus importante dans les budgets des universités. Lors de l’année 2013-2014, les frais de scolarité représentaient 24,7 % du budget, alors qu’en 2018-2019, c’était 29,4 %.

Selon l’organisme, cela s’explique par la proportion grandissante d’étudiants étrangers, qui paient des droits de scolarité plus élevés, presque cinq fois plus cher que les Canadiens. En 2017-2018, ils ont payé à eux seuls environ 40 % de tous les droits de scolarité.

Ainsi, selon les projections de Statistique Canada, les universités pourraient perdre de 377 millions à 3,4 milliards de dollars, soit de 0,8 % à 7,5 % de leurs revenus.

Pour ses divers scénarios, Statistique Canada s’est basé sur les permis d’études d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, qui sont liés avec le nombre d’étudiants internationaux au pays.

En 2020, l’émission de permis a diminué de 58 % et environ 13 % de ceux déjà délivrés n’étaient plus valides en septembre dernier.

Statistique Canada a aussi tenu compte de la variation possible des inscriptions chez les étudiants canadiens. Selon l’Enquête sur population active, 20 % des jeunes de 17 à 24 ans qui allaient à l’école en mars et qui prévoyaient continuer leurs études ont finalement dit qu’ils ne retourneraient pas.

Au Québec

La Presse canadienne a contacté plusieurs universités québécoises pour leur demander quel sera l’impact de la pandémie sur leurs coffres.

Celles qui ont répondu ont offert un portrait plus ou moins précis de la situation.

À McGill, on s’est réjoui que le nombre d’inscriptions (39 387) soit demeuré sensiblement le même qu’en 2019.

« Nous suivons la situation de près et nous adaptons nos activités d’apprentissage de façon à créer une expérience sur nos campus à la fois sûre et accueillante pour les quelque 60 % de nos étudiants qui se trouvent actuellement à Montréal, tout en respectant les protocoles de sécurité rigoureux », a déclaré la porte-parole Katherine Gombay dans un courriel.

De son côté, l’Université du Québec à Montréal (UQAM) s’attend à des pertes financières « importantes », en raison notamment des activités en périphérie, dont les services auxiliaires et la formation continue.

« Il faut également considérer les coûts additionnels liés à cette pandémie, notamment en ce qui concerne les technologies de l’information et les coûts supplémentaires associés aux travaux de construction », a indiqué la porte-parole Jenny Desrochers.

L’UQAM prévoit aussi une baisse des inscriptions des étudiants internationaux, liée aux restrictions de voyages.

De son côté, l’Université de Sherbrooke, affirme qu’il est encore trop tôt pour discuter d’éventuelles pertes financières.

Cependant, l’université s’attend à une baisse des étudiants internationaux. « Il y a toutefois des moyens mis en œuvre pour accueillir et encadrer adéquatement les étudiants internationaux inscrits à distance. Plusieurs choix ont été faits pour assurer leur réussite, par exemple aménager les horaires, créer des groupes distincts, adapter les modalités pédagogiques », a écrit dans un courriel Isabelle Huard, conseillère en relations média à l’université.

Les universités s’adaptent

Wendy Therrien, directrice Relations extérieures et recherche à l’organisation Universités Canada — qui représente les universités canadiennes — croit qu’il est encore trop tôt pour évaluer si la pandémie aura un impact sur le budget ou les inscriptions.

« Ce que je peux vous dire, c’est que la PCU (Prestation canadienne d’urgence) qui a été annoncée par le gouvernement fédéral a aidé beaucoup d’étudiants et leurs familles, [qui peuvent ainsi] avoir les moyens et la confiance de retourner à l’université en septembre », a-t-elle soutenu en entrevue.

Selon Mme Therrien, les universités canadiennes se sont adaptées aux restrictions de voyage en permettant aux étudiants internationaux de suivre leurs cours en ligne. « Ça nous aide à retenir ces étudiants et à ne pas les perdre à d’autres marchés », a-t-elle expliqué.

Plus d’étudiants étrangers prochainement

À compter du 20 octobre, le gouvernement du Canada permettra d’ailleurs aux universités d’accueillir plus d’étudiants étrangers.

Les étudiants étrangers qui étudient au Canada pourront venir au pays si leur université s’est dotée d’un plan d’intervention approuvé par les provinces et territoires.

« Comme tous les voyageurs qui viennent au Canada, les étudiants étrangers et les membres de leur famille qui les accompagnent seront soumis à toutes les mesures de santé publique, y compris la période de quarantaine obligatoire de 14 jours à leur arrivée au Canada », indique-t-on sur le site du gouvernement fédéral.

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