Les étudiants à distance peuvent-ils être obligés d’ouvrir leur caméra?

L’enseignement à distance en raison de la pandémie provoque un débat dans les cégeps : les professeurs peuvent-ils obliger les étudiants à ouvrir leur caméra durant les cours et les examens en ligne ? Un avis juridique produit par la Fédération des cégeps est interprété de façon contradictoire par les établissements, au grand désarroi des enseignants.

Les professeurs du Cégep de Saint-Laurent, à Montréal, ont eu toute une surprise la semaine dernière : un message de la direction les informait d’une limite à leur autorité en classe virtuelle. « Bien qu’il soit plus pédagogique de voir les étudiants, nous ne pouvons exiger qu’un étudiant ouvre sa caméra pendant un cours ou un examen. Il est donc impossible de leur refuser la présence dans le cours ou à l’examen », indique le message, que Le Devoir a obtenu.

« Bien sûr, vous pouvez encore les encourager fortement, mais vous ne pouvez les pénaliser s’ils ne le font pas. Pour les examens, si un étudiant ne veut pas ouvrir sa caméra, vous pouvez aussi lui proposer le présentiel », ajoute le message.

Des enseignants du Cégep de Saint-Laurent ont été choqués de lire cette directive. « Ça nous semble un peu absurde et illogique, affirme un prof. On exige normalement la présence d’un visage reconnaissable durant les examens. Cet avis multiplie les possibilités de plagiat. »

Selon ce que Le Devoir a appris, le Cégep de Chicoutimi a envoyé une directive différente à ses enseignants, après avoir consulté un avocat de la Fédération des cégeps. « Si le cours est enregistré, l’étudiant a le droit de ne pas vouloir être enregistré, donc vous devez lui permettre de fermer sa caméra », indique un message daté de septembre 2020.

Les enseignants peuvent toutefois exiger que la caméra des étudiants soit activée pour les cours non enregistrés et pour les examens, précise la directive du Cégep de Chicoutimi.

La direction du Cégep de Saint-Laurent a adressé Le Devoir à la Fédération des cégeps, qui a produit cet avis juridique. Judith Laurier, porte-parole de la Fédération, rappelle que certains étudiants n’ont pas accès à Internet haute vitesse dans leur région. D’autres n’ont pas de caméra. Les étudiants peuvent aussi invoquer le respect de la vie privée pour éviter de montrer leur lieu de résidence au reste de la classe, souligne-t-elle.

« On peut trouver des solutions de rechange », explique Judith Laurier. Par exemple, le cégep peut permettre aux étudiants de faire leur examen sur le campus, en présence d’un surveillant, ou encore dans un local du collège muni d’ordinateurs avec caméra intégrée.

Les étudiants doivent cependant accepter d’ouvrir leur caméra dans des situations où c’est essentiel : « Si tu dois montrer que tu peux faire de la réanimation cardiaque, il faut que le prof te regarde faire. Si tu dois montrer que tu peux faire un débat politique, il faut que le prof te voie », précise-t-elle.

Voir les étudiants

Les enseignants préfèrent voir leurs étudiants plutôt qu’un carré noir indiquant que leur caméra est désactivée lors des cours virtuels, explique Yves de Repentigny, vice-président de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN).

« La caméra permet de s’assurer que les étudiants suivent vraiment le cours, et on peut juger s’ils comprennent bien la matière d’après leur non-verbal », explique-t-il. Beaucoup d'enseignants disent aussi avoir rappelé à l’ordre un étudiant qui suit le cours du matin dans son lit.

Noémie Veilleux, présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), rappelle que, même dans les régions où Internet haute vitesse est accessible, il n’est pas rare que plusieurs personnes (colocataires ou membres d’une même famille) partagent une connexion, ce qui rend parfois les caméras inopérantes.

« Ce n’est pas parce qu’une personne étudiante n’ouvre pas sa caméra qu’elle est négligente. Elle se sent peut-être simplement plus à l’aise pour apprendre sans caméra », dit-elle.

Les professeurs, en tout cas, ont des trucs pour vérifier l’assiduité et le degré d’attention des étudiants. « Quand j’en ai un qui n’ouvre pas sa caméra, je lui pose des questions aux 10 minutes ! », raconte un enseignant.

En données

Mille cent deux infections se sont ajoutées au bilan de la pandémie de coronavirus au Québec vendredi. Le bilan atteint maintenant 84 094 cas depuis le début de la crise. Quatre décès sont survenus dans les 24 dernières heures, treize entre le 2 et le 7 octobre, un avant le 2 octobre et quatre à une date inconnue. Toutefois, le total s’élève à 5936 victimes en raison du retrait d’un décès pour lequel l’enquête a démontré qu’il n’était pas attribuable à la COVID-19. Huit personnes de plus étaient hospitalisées, pour un total de 433.

La Presse canadienne

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