L’infection est entrée dans une école sur cinq au Québec

Le coronavirus continue de progresser en milieu scolaire. Au moins 552 des 2997 écoles publiques et privées, soit près d’une sur cinq au Québec, comptent un cas actif d’infection, selon les chiffres du gouvernement. L’initiative citoyenne Covid Écoles Québec dénombre de son côté 631 établissements touchés. L’absence de nouvelles mesures de prévention dans les écoles situées en « zone rouge » soulève des inquiétudes.

Signe de la hausse des infections parmi les jeunes, l’école secondaire Saint-Stanislas de Saint-Jérôme doit fermer pour une période indéterminée en raison d’une éclosion de coronavirus. La Direction de santé publique des Laurentides a recommandé la fermeture temporaire de l’école après la confirmation de 27 cas parmi les élèves et 2 parmi le personnel, a confirmé au Devoir le Centre de services scolaire de la Rivière-du-Nord, mercredi soir.

La montée des cas d’infection et la gestion des mesures sanitaires provoquent de l’anxiété chez les enseignants et les directions d’école du Québec, qui « ne savent pas s’ils vont se rendre à Noël », confient plusieurs sources.

L’inquiétude s’est emparée cette semaine du personnel et des parents d’élèves de la petite école Cœur-Immaculé-de-Marie, dans le quartier Ville-Émard : la secrétaire et quatre enseignants qui l’avaient côtoyée ont été placés en isolement. L’employée a signalé des symptômes d’une infection à la COVID. Le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) dit avoir placé les cinq employés en isolement par précaution, sans même un avis de la Santé publique, car aucun cas positif n’a été confirmé à cette école.

La direction a dû trouver d’urgence quatre suppléants. Mais la crise a laissé place à la « créativité » : les enseignants en isolement à la maison enseignent à distance à leurs élèves qui restent à l’école. Les suppléants donnent un coup de main en classe. L’expérience est concluante, selon nos sources, même si l’épisode a provoqué de grandes inquiétudes, notamment parmi les parents.

L’anxiété est plus importante à l’école FACE, au centre-ville de Montréal. Une « éclosion contrôlée » est survenue dans une classe de troisième secondaire, où une demi-douzaine de cas d’infection ont été signalés parmi les élèves. Violaine Cousineau, ancienne commissaire scolaire, fait partie des parents inquiets : sa fille a eu un test positif, mercredi.

« Je trouve ça épeurant et vertigineux. On savait que ça se produirait, ces situations-là, mais quand ça arrive, c’est choquant », dit la mère de famille, la gorge nouée par l’émotion.

Elle est convaincue que sa fille a attrapé le virus en classe, où les élèves passent la journée dans leur « groupe bulle » sans distanciation et sans porter de masque. Pour elle, il est clair que les écoles sont un vecteur de transmission du virus.

Robert Gendron, directeur général du CSSDM, confirme l’éclosion « contrôlée » dans cette classe de l’école FACE, mais fait valoir que les mesures sanitaires fonctionnent. « Quand il y a un cas, on ferme la classe et on instaure l’enseignement à distance pour 14 jours. Ça empêche la transmission du virus dans l’école », dit-il.

« De cette façon, on est capables de garder les écoles ouvertes. J’ai l’impression que c’est ce qui va se passer pendant l’année », ajoute le directeur du plus grand centre de services scolaire du Québec.

La Dre Caroline Quach-Thanh, pédiatre, microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste au CHU Sainte-Justine, estime que l’augmentation du nombre de cas dans les écoles est relativement peu inquiétante, tant qu’il s’agit de cas isolés. Ce sont les éclosions qu’il faut surveiller.

La Dre Quach-Thanh souligne que la transmission à l’école FACE semble confirmer l’efficacité du concept de « bulle ». « Quand les écoles ont ouvert, on se doutait qu’il y aurait transmission entre élèves d’une même classe. Le but est justement de limiter la transmission à la bulle classe plutôt qu’à l’école », dit-elle.

Coup de barre réclamé

Des voix s’élèvent dans le réseau pour réclamer un resserrement des mesures sanitaires, surtout dans les trois régions (Montréal, Québec et Chaudière-Appalaches) qui sont passées en zone rouge dans la nuit de mercredi à jeudi. La Dre Caroline Quach-Thanh se demande si le port du masque devrait être rendu obligatoire dans les classes. « On est peut-être rendus là », dit-elle.

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) a aussi sonné l’alarme. « Le port du masque est obligatoire pour les élèves ontariens depuis le jour 1 de la rentrée scolaire, comme la diminution de la taille des groupes. Alors qu’on passe en zone rouge, peut-on au moins avoir une explication de la Santé publique pour que l’on comprenne pourquoi ce qui est bon pour l’Ontario ne l’est pas au Québec ? », a déclaré Sonia Éthier, présidente de la CSQ.

Le concept de « bulle classe » est loin d’être imperméable, soulignent aussi plusieurs. Au secondaire, un élève peut même appartenir à quatre bulles : son groupe habituel, un groupe avec un orthopédagogue (où se côtoient des élèves de deux ou trois classes), un groupe d’activités parascolaires et un groupe de récupération (là encore, des élèves de plusieurs classes se retrouvent ensemble). « Ça n’a pas de sens d’avoir autant de bulles. C’est très inquiétant », dit une enseignante de niveau secondaire.

Changements en vue

Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES), dit s’attendre à ce que des activités parascolaires et sportives soient annulées prochainement. Elle confirme que le resserrement du concept de « bulle » fait partie des discussions avec le ministère de l’Éducation, en raison de la progression du virus.

Il faudra probablement aller plus loin pour freiner le virus tout en gardant les écoles ouvertes, estime Mélanie Paré, professeure à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal. Elle croit que le ministre Jean-François Roberge devrait envisager d’instaurer l’enseignement en mode hybride — une journée à l’école et une journée à la maison, par exemple — dans l’espoir d’éviter un nouveau confinement.

« Il ne faut pas oublier qu’il y a un plan B entre la présence en classe à 100 % et l’école virtuelle à temps plein », dit Mélanie Paré. L’horaire en alternance permettrait de garder un lien crucial entre les élèves et leurs enseignants, tout en soulageant les enseignants, selon elle.

« Les profs disent qu’ils sont en mode survie. Ils sont épuisés. Ça leur donnerait un répit d’avoir la moitié des élèves en classe à la fois, et les groupes réduits diminueraient les risques de transmission du virus », dit-elle.

À voir en vidéo