Accueillir, même en temps de pandémie

Catherine Couturier Collaboration spéciale
Avec l’arrivée importante d’immigrants à Montréal, le nombre de classes d’accueil est en augmentation depuis quelques années.
Photo: Spencer Platt Getty Images Agence France-Presse Avec l’arrivée importante d’immigrants à Montréal, le nombre de classes d’accueil est en augmentation depuis quelques années.

Ce texte fait partie du cahier spécial Écoles publiques

Créées en 1969, les classes d’accueil permettent de franciser les élèves venant d’immigrer. Leur nombre a explosé dans les dernières années à Montréal, alors que l’immigration monte en flèche. Portrait.

L' arrivée du confinement au printemps a affecté les élèves en classe d’accueil au même titre que les élèves en cheminement ordinaire. « Ça a pris un peu de temps de s’adapter aux consignes. Un des principaux problèmes restait l’accès inégal au matériel ou à la connexion Internet », affirme la doctorante en éducation Roberta de Oliveira Soares.

Heureusement, les centres de services scolaires ont aidé à s’assurer que chaque enfant avait le matériel adéquat. D’autres ont créé des outils pour mieux communiquer avec les parents allophones. La possibilité d’intégration partielle en classe ordinaire est par ailleurs réduite, comme on veut minimiser les mouvements d’élèves et les contacts. Les classes ont également établi des plans au cas où il y aurait un reconfinement, et l’option virtuelle a été conservée pour les professeurs ou les enfants malades qui doivent s’isoler. « En raison de la pandémie, les élèves ont eu moins de contact avec le français, ce qui pourrait amener des carences », soupçonne Mme Soares.

Mais dans la classe de Josée Dufour, enseignante en classe d’accueil depuis 23 ans à Montréal, les enfants étaient virtuellement au rendez-vous lors de la reprise des cours avant les vacances d’été : « Sur 14 élèves, 12 se sont présentés. Mais c’est certain que je ne peux pas faire trois heures en ligne. Il va y avoir certains manques », confirme-t-elle.

Classes arc-en-ciel

« C’est un modèle que je ne connaissais pas », explique Roberta de Oliveira Soares. La Brésilienne d’origine s’est intéressée à ce modèle d’intégration pour en faire son sujet de doctorat en éducation. C’est lors de l’adoption de la Charte de la langue française (loi 101) en 1977 que les classes d’accueil ont véritablement pris leur envol, le système scolaire québécois francophone devenant l’undes lieux d’accueil pour les immigrants. Ce système a le désavantage de rendre parfois difficile l’intégration des élèves dans les classes ordinaires après leur passage en classe d’accueil, comme ils sont physiquement séparés des autres enfants. « Mais tous les modèles ont leurs limites », constate Mme Soares.

À leur arrivée, les élèves sont évalués par les centres de services (anciennement, les commissions scolaires) pour déterminer leur niveau en français et en mathématique. Ceux-ci peuvent alors soit intégrer une classe dite « ordinaire » avec ou sans soutien linguistique, ou une classe d’accueil fermée. « C’est un modèle surtout utilisé à Montréal, comme il y a plus d’immigrants qui y arrivent », ajoute Mme Soares, même si des classes d’accueil existent ailleurs en province. Ce ne sont pas toutes les écoles qui en offrent, et l’élève doit dans certains cas fréquenter une école hors de son quartier. En général, les classes comptent de 9 à 12 élèves (avec un maximum de 17), et ceux-ci sont regroupés par niveau scolaire, ou du moins par cycle. Au secondaire, les groupes sont organisés selon le niveau de langue des élèves.

Dans ces classes d’accueil, où les élèves restent une ou deux années, on apprend le français (lecture, écriture et communication orale, demêmequ’à travers les autres disciplines comme les mathématiques). On aborde aussi la culture québécoise. « On donne un peu de contenu, par exemple sur l’hiver », illustre Josée Dufour, qui accueille des élèves autant du Maghreb que de l’Amérique latine. Les enfants sont ensuite évalués en fin d’année pour déterminer la suite de leur parcours.

« Un des défis d’enseigner dans ces classes, c’est que les enfants ne sont pas tous au même niveau. Certains parlent français, mais ne l’écrivent pas, d’autres pas du tout », confie Mme Dufour. Parfois s’ajoutent des problèmes d’apprentissage, sans compter que certains enfants réfugiés n’ont pas eu la chance de fréquenter l’école longtemps avant leur arrivée. « Mais ils veulent tellement apprendre, qu’on fait fi des défis ! Ils ont beaucoup de motivation », nuance l’enseignante.

Pénurie de personnel

Avec l’arrivée importante d’immigrants à Montréal, le nombre de classes d’accueil est en augmentation depuis quelques années. Certaines écoles anglophones ont même été transférées à des centres de services francophones de Montréal pour servir à la francisation. Selon une compilation faite par Radio-Canada, on comptait 688 classes d’accueil à Montréal et à Laval pour l’année 2019-2020. Pour cette même période, le ministère de l’Éducation rapporte près de 11 000 élèves en classe d’accueil au Québec, et autant qui reçoivent des services d’accueil et de soutien à l’apprentissage du français tout en fréquentant une classe ordinaire. Mais avec la fermeture des frontières entraînée par la pandémie, la demande pour les classes d’accueila baissé cette année, fait cependantremarquer Mme Dufour.

Avec la montée de la demande et dans un contexte de pénurie de personnel en milieu scolaire, pas évident non plus de trouver les professeurs. Les enseignants doivent en effet avoir suivi une formation spécialisée en enseignement en langue seconde, un baccalauréat de quatre ans.