Attraper le virus de la lecture à l’école

Isabelle Delorme Collaboration spéciale
Certains établissements scolaires, comme l’école primaire Saint-Romain, à Longueuil, ont condamné l’accès à leur bibliothèque en raison de la pandémie.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Certains établissements scolaires, comme l’école primaire Saint-Romain, à Longueuil, ont condamné l’accès à leur bibliothèque en raison de la pandémie.

Ce texte fait partie du cahier spécial Écoles publiques

Le goût de lire joue un rôle fondamental dans la réussite scolaire. Selon une étude de l’OCDE publiée en 2011, les élèves qui lisent des livres de fiction par plaisir sont en effet nettement plus susceptibles d’être performants en compréhension de l’écrit. Mais la pandémie complique la vie des bibliothécaires des écoles publiques, qui doivent maintenir le lien entre les élèves et les livres avec des moyens limités, tout en respectant les consignes sanitaires.

« Avant 2005, il n’y avait aucun budget réservé à l’achat de livres », rappelle Pierre Van Eeckhout, président de l’Association pour la promotion des services documentaires scolaires (APSDS), qui se réjouit que cette page soit tournée grâce aux efforts consentis par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Selon le bibliothécaire, le budget alloué annuellement par enfant pour l’achat de livres au Québec est passé de 16 à 21 $ depuis septembre 2019. Une somme qu’il juge plutôt bonne si on la compare aux ressources accordées à ses homologues aux États-Unis par exemple.

Pour autant, le rôle pédagogique des bibliothèques scolaires est à préciser davantage, selon ce spécialiste du livre, qui préconise une plus grande intégration des pratiques des bibliothécaires, des techniciens en documentation et des spécialistes en moyens et techniques d’enseignement, avec les enseignants, et ce, pour des apprentissages adaptés à chaque niveau (citoyenneté numérique, sécurité en ligne, fausses nouvelles, etc.).

Par ailleurs, le recrutement de personnel annoncé par le gouvernement en 2009 n’a pas encore été totalement honoré. « Le plan d’embauche prévoyait le recrutement de 200 bibliothécaires, mais aujourd’hui, nous en comptons 100 environ dans le réseau scolaire. La cible n’est donc toujours pas atteinte. Si nous avions plus de main-d’œuvre,nous pourrions intervenir à plus grande échelle », fait valoir le président de l’APSDS, qui appelle aussi à une revalorisation des salaires pour attirer des bibliothécaires dans les écoles.

D’autant que, dans le contexte actuel de pandémie, les bibliothèques scolaires font face à des défis supplémentaires avec l’application de consignes sanitaires strictes — les ouvrages transférés de main à main doivent respecter une quarantaine de 24 heures, ce qui peut décourager la pratique dans certaines classes, qui se replient sur leur propre stock limité de livres —, voire parfois des fermetures de bibliothèques. « Il y a des élèves qui ne vont pas avec leurs parents à la bibliothèque municipale, et les bibliothèques scolaires sont leur seul accès à une littérature de qualité », souligne Pierre Van Eeckhout, qui précise que c’est la variété de la lecture qui en fait le sel, car elle amène non seulement l’apprentissage, mais aussi le goût de lire.

Une plateforme numérique testée au Québec

Depuis la rentrée, 17 milieux scolaires québécois explorent la collection de livres numériques de la plateforme Biblius, un projet en phase pilote, qui s’inscrit dans le Plan d’action numérique en éducation. Constituée d’œuvres littéraires et d’ouvrages documentaires variés, la collection numérique est rendue disponible en tout temps aux élèves ainsi qu’au personnel scolaire pour une exploitation pédagogique en classe.

« Cette plateforme pourrait fournir une solution aux problèmes d’accès des élèves aux livres et offrirait davantage d’équité », note Pierre Van Eeckhout, qui attend le calendrier de déploiement de cette solution innovante. Un projet qui sera encore plus apprécié dans certaines régions éloignées où l’accès limité aux librairies et bibliothèques publiques rend plus difficile la valorisation de la lecture.

Dans l’attente du déploiement de Biblius, les bibliothèques scolaires pourront s’appuyer en cas de reconfinement sur les initiatives mises en place au printemps pour proposer aux élèves sur Facebook des ateliers ou des conférences avec des auteurs ou d’autres initiatives en partenariat avec les maisons d’édition. Pour relever les défis de la profession, un comité de liaison des bibliothèques scolaires réunissant les acteurs du secteur a été mis en place afin d’adopter une approche et des objectifs pédagogiques communs. Quant aux parents d’élèves, ils doivent avant tout donner l’exemple pour stimuler le goût de la lecture chez leurs enfants, selon l’organisme Alloprof.

Alors, tous à vos livres !