Quand la démographie nargue la COVID-19

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Les cégeps en région s’étaient entre autres tournés vers une clientèle internationale afin d’augmenter leur population. Cette année, la COVID-19 est venue tout bouleverser…
Photo: iStock Les cégeps en région s’étaient entre autres tournés vers une clientèle internationale afin d’augmenter leur population. Cette année, la COVID-19 est venue tout bouleverser…

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon les données préliminaires recueillies par la Fédération des cégeps, 174 503 étudiants sont inscrits cet automne dans l’un des 48 cégeps du Québec, une augmentation de 3 % par rapport à l’an dernier. Sur ce nombre, 78 449 sont de nouveaux inscrits, soit une hausse de 0,7 % par rapport à l’an passé. Cela représente 561 jeunes de plus.

« On oublie qu’il y a eu un mini baby-boom, il y a quelques années, au Québec, et la courbe démographique nous annonçait ce petit rehaussement de la vague », explique Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps, qui regroupe les 48 collèges de la province.

Depuis les cinquante dernières années, la courbe démographique faisait en sorte que la population étudiante au collégial avait tendance à baisser. « Ce qui s’est accentué, en revanche, durant les dernières années, c’est qu’on accueille de plus en plus d’étudiants qui arrivent directement de Ve secondaire », explique Bernard Tremblay. Il rappelle cependant que seulement 70 % des élèves du secondaire font un passage direct au cégep. Un défi majeur, selon lui. Il croit en effet qu’il faudra rehausser ce chiffre alors même que les données d’Emploi Québec de 2017 montrent que, sur 90 000 emplois créés cette année-là, 81 % demandaient une formation d’études supérieures.

Disparités dans les régions

Les chiffres le montrent, la population québécoise est en hausse, mais ce qu’ils n’expriment pas, ce sont les disparités sur le territoire : « Il y a la grande région de Montréal et il y a le reste du Québec, et on vit là deux réalités démographiques », souligne Bernard Tremblay. Pour venir en aide aux cégeps aux prises avec une baisse de fréquentation, il y a deux ans, le gouvernement a modifié la formule de financement donnant une assise financière plus forte aux petits cégeps en région. Ces derniers s’étaient aussi tournés vers une clientèle internationale afin d’augmenter leur population (voir encadré). Cette année, la COVID-19 est venue tout bouleverser… Bernard Tremblay souhaite que cette baisse de fréquentation ne soit que temporaire, et le défi sera de s’assurer que « tous les liens créés à l’international, qui font en sorte que les cégeps du Québec sont devenus une destination de choix, puissent se tisser à nouveau dès l’an prochain ». Dans ce secteur, la concurrence est grande parce que chaque pays tente d’attirer les étudiants étrangers, et c’est pourquoi de nouvelles stratégies de promotion sont déjà à l’étude.

Il y a cependant des exceptions en région. Le cégep Beauce-Appalaches, à Saint-Georges — et qui compte deux autres campus, à Lac-Mégantic et à Sainte-Marie —, offre des programmes préuniversitaires et techniques à 1800 étudiants environ. Cette année, le cégep a connu une augmentation de sa fréquentation la plus forte au Québec : « C’est au campus de Sainte-Marie qu’on enregistre la hausse la plus importante. Ici, on a toujours misé sur le développement de programmes couplé à une hausse démographique et à une forme de notoriété qui s’est installée avec les années, on est devenu un véritable choix dans la région », explique Lison Chabot, directrice des études et de la vie étudiante au cégep Beauce-Appalaches. À tel point que, dès l’an prochain, les locaux du campus de Sainte-Marie seront réaménagés dans de nouveaux bâtiments aujourd’hui encore en construction. Le nombre d’étudiants devrait passer de 400 à près de 500.

Mobilité étudiante

Un nouveau programme de comptabilité et gestion en cheminement bilingue a été ajouté il y a trois ans. Depuis ses débuts, trois nouvelles cohortes sont venues grossir les rangs des étudiants. « Cette année, on ajoute l’offre de technique de santé animale, ce qui fait que le nombre d’étudiants augmentera encore l’an prochain et l’année suivante », lance avec enthousiasme Lison Chabot.

À l’heure actuelle, on constate par ailleurs un manque de places dans les écoles primaires. Afin d’éviter que ce problème ne se répercute dans une dizaine d’années au niveau collégial, « il y a présentement un exercice qui se fait pour assurer l’accessibilité dans les années qui viennent aux futurs étudiants partout au Québec », explique Bernard Tremblay, qui doit jongler avec trop de places disponibles dans l’est du Québec et un manque à Montréal. « Il faut regarder l’offre dans son ensemble, avoir une perspective de réseau tout en proposant des caractéristiques propres au milieu », ajoute-t-il.

Afin que les collèges puissent accueillir davantage d’étudiantes et d’étudiants en provenance de l’extérieur d’une région donnée, un programme de mobilité interrégionale a été mis en place. Ce programme propose un jumelage d’établissements, des échanges d’étudiants ou toute autre formule favorisant la mobilité. « Il faut faire en sorte que ce soit intéressant et stimulant pour un étudiant de se déplacer. Ce programme répond aux demandes que les étudiants formulaient et pourrait à terme prendre de l’ampleur et générer une plus grande mobilité. Couplé à du recrutement international, c’est une voie intéressante », conclut Bernard Tremblay.  

Les cégeps et le monde

Le Cégep de Matane n’a encore enregistré aucun cas de COVID-19, bien qu’il soit situé dans la région du Bas-Saint-Laurent, qui connaît une vague de fermeture d’établissements collégiaux… Ici, toutes les bonnes nouvelles sont les bienvenues pour faire oublier la baisse du nombre d’étudiants : « On attendait 190 nouveaux étudiants étrangers, et 140 n’ont pas pu venir », explique son directeur général, Pierre Bédard, qui précise que les étudiants retenus dans leur pays pourront reporter d’un an leur projet d’études au Québec. Depuis quelques années, le Cégep de Matane misait sur la clientèle internationale, qui représente une partie importante des 700 étudiants de l’établissement, mais la COVID-19 est venue tout remettre en question : « On est déjà dans l’optique 2021-2022, on se remet en question pour tout ce qui est recrutement à l’international et, comme le réseau des cégeps connaît une hausse de fréquentation, on se dit qu’il y a là une place pour Matane », dit le directeur.