Résoudre les crises, un cours à la fois

Charlotte Mercille Collaboration spéciale
Des feux de forêt ravagent la côte ouest américaine depuis la mi-août, à un point tel que des pompiers québécois et canadiens ont été appelés en renfort.
Photo: Josh Edelson Agence France-Presse Des feux de forêt ravagent la côte ouest américaine depuis la mi-août, à un point tel que des pompiers québécois et canadiens ont été appelés en renfort.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

Comment l’enseignement supérieur adapte-t-il ses formations afin que les étudiants soient en mesure de répondre aux enjeux futurs ? Ces derniers mois, les universités se sont évertuées à calquer leurs cursus sur la future réalité de leurs élèves.

On s’est levé le matin du 15 avril et on s’est dit qu’on allait créer le premier cours entièrement consacré au télétravail », se rappelle Sylvain Luc, professeur à l’Université Laval. Donné pour la première fois cet été, la formation « Enjeux du télétravail » a attiré 270 étudiants au baccalauréat. Cet automne, 70 personnes se sont inscrites à la mouture adaptée au cursus professionnel.

« Le public devait être outillé sur les enjeux du télétravail et de la transformation numérique. C’est tout un ensemble de pratiques et d’objets de communications plus pointus qui viennent s’insérer dans le milieu de travail et sur lesquels il faut se pencher », indique le directeur du Département des relations industrielles.

À la sortie du cours, les étudiants seront capables d’élaborer des politiques claires sur le télétravail en entreprise pour éviter toute une série d’écueils, voire des négociations houleuses dans un milieu syndiqué. Ils seront conscientisés sur les questions inédites du télétravail, comme la conciliation travail-famille, l’isolement et le respect de la vie privée. Un microprogramme en créativité, innovation et leadership RH cocréé avec le département du management a aussi vu le jour en juillet.

Le dynamisme de l’Université Laval a impressionné le professeur Luc : « Il y avait un enjeu de société et il fallait y répondre le plus rapidement possible. Les processus se sont accélérés pour tous les projets qui pouvaient avoir un lien avec la COVID-19. »

Former les gestionnaires de crise de demain

Du côté de l’UQAM, le nouveau programme court en résilience, risques et catastrophes, déjà en construction depuis trois ans, a redoublé de pertinence. Ce dernier forme les étudiants à la gestion d’événements perturbateurs de toutes sortes.

« C’est un contexte où il y n’existe pas de solution unique », concède Yannick Hémond, responsable du programme. Son approche est basée sur la pédagogie active et la résolution créative de problèmes : « On développe beaucoup de compétences qui ne sont pas la chasse gardée des mesures d’urgence, comme le travail d’équipe et le savoir-être. » Chaque semaine, la cohorte est confrontée àune mise en situation différente,qu’elle mette en scène un feu de forêt, une pandémie ou un attentat terroriste.

Le contenu a été adapté au contexte de la pandémie grâce à des séminaires et à des conférences hebdomadaires où l’actualité est décortiquée. Le grand public est invité à participer en ligne tous les mercredis après-midi. Le chercheur prévoit parexemple d’étudier les différents paliers du système d’alerte gouvernementale en compagnie d’experts. Une autre séance sera vouée à la santé mentale en situation de confinement.

Le plus grand ajustement par rapport à la COVID-19 a été de s’adapter à un événement qui s’échelonne sur une longue période, alors que la plupart des catastrophes « frappent » dans un court laps de temps.

Nous sommes en adaptation perpétuelle. Les événements que nous vivons actuellement, nous devons les voir comme une occasion sur le plan universitaire.

La trentaine de personnes inscrites au programme sont issues d’une panoplie de milieux. Un baccalauréat ou de l’expérience adéquate suffisent pour être admis. Policiers, ingénieurs et professionnels de communication se côtoient en salle de classe virtuelle. Les diplômés occuperont des postes clés en tant que conseillers en sécurité civile, en gestion de risques intégrés ou en mesures d’urgence. « Les possibilités sont vraiment grandes, c’est un domaine porteur dans un secteur qui n’est pas près de ralentir demain matin », résume Yannick Hémond.

Apprendre à s’adapter rapidement

Pour François Bellavance, directeur des études à HEC Montréal, le rôle principal des universités consiste précisément à préparer la relève aux enjeux de demain : « On devrait être capable de former des gestionnaires qui seront compétents d’ici quatre ou cinq ans. Il faut donc forcément demeurer en avance sur ce dont la société aura besoin. »

Au-delà de la salle de classe, grâce à un partenariat avec l’organisme Mitacs, une cinquantaine d’élèves ont d’ailleurs effectué, durant la saison estivale, des stages en entreprise traitant expressément de stratégie en temps de COVID.

HEC Montréal mise sur l’adaptation du contenu existant plutôt que sur la création de nouveaux cursus. L’université propose plusieurs formations en gestion du changement, en développement durable et en innovation sociale. Les domaines classiques, comme la finance, se sont d’ailleurs dotés de programmes en finance verte. Les autres formations qui ont explosé en popularité traitent des technologies de l’information et de cybersécurité.

Tous domaines confondus, François Bellavance indique que le plus récent cursus enseigne les soft skills (compétences générales) les plus demandés sur le marché du travail, soit la créativité, la vision, la gestion efficace des ressources autant humaines que matérielles et, par-dessus tout, la capacité à s’adapter rapidement. « Nous sommes en adaptation perpétuelle. Les événements que nous vivons actuellement, nous devons les voir comme une occasion sur le plan universitaire. »