Les universités s'adaptent en vitesse supérieure

André Lavoie Collaboration spéciale
Les espaces extérieurs de l’Université de Sherbrooke sont utilisés pour accueillir les étudiants quand la température le permet.
Photo: Michel Caron, UdS Les espaces extérieurs de l’Université de Sherbrooke sont utilisés pour accueillir les étudiants quand la température le permet.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

C’est une rentrée dont on va se souvenir longtemps », admet Christine Hudon, vice-rectrice aux études de l’Université de Sherbrooke, sentiment partagé par ses collègues et ceux de toutes les maisons d’enseignement supérieur au Québec.

Après une session d’hiver interrompue par la pandémie et une session d’été très à distance, les universités québécoises ont planché sur différents scénarios pour recevoir et encadrer les étudiants à l’automne, de manière réelle et virtuelle. « Je regrette tout de même l’absence d’ambiance »,reconnaît Graham Carr, recteur et vice-chancelier de l’Université Concordia, d’autant plus que les activités d’accueil servent souvent d’ancrage aux nouveaux venus, éprouvant parfois le vertige à l’aube de leurs études collégiales ou universitaires.

Selon Louise Béliveau, vice-rectrice aux affaires étudiantes et aux études de l’Université de Montréal, « il s’agit d’une préoccupation majeure, car s’engager dans un projet d’études, c’est lié à l’enseignement que reçoivent les étudiants, mais aussi aux gens qu’ils rencontrent, aux liens qu’ils créent ». Et s’il est possible d’établir des contacts en ligne, cette pratique à grande échelle, implantée à toute vitesse et dans des espaces parfois inédits, comporte bien des exigences.

Tous en ligne pour le changement

Le portrait de l’enseignement à distance n’est pas sombre, selon Graham Carr. « Avant la pandémie, 65 % des étudiants à Concordia avaient eu au moins un cours en ligne, le nombre d’inscrits pour un cours l’été dernier n’a jamais été aussi élevé, et le taux de décrochage, parmi les plus bas. » Même si le recteur reconnaît « que l’on ne peut pas tirer des conclusions en se basant sur deux trimestres », il constate que « la curiosité est là, les gens veulent appartenir à une communauté et cherchent du nouveau ».

Du nouveau, ils peuvent aussi en trouver à l’Université de Sherbrooke, qui a multiplié les efforts pour établir des formules hybrides, jonglant entre la formation en présentiel et virtuelle. « Ce que l’on appelle la “Zoom fatigue” n’atteint pas seulement les adultes, affirme Christine Hudon. Nous devons favoriser les contacts avec les professeurs et les autres étudiants pour renforcer le sentiment d’appartenance. » D’où la nécessité de repenser la salle de classe à l’heure des mesures sanitaires imposées par la COVID-19.

Avant la pandémie, 65% des étudiants à Concordia avaient eu au moins un cours en ligne, le nombre d’inscrits pour un cours l’été dernier n’a jamais été aussi élevé, et le taux de décrochage, parmi les plus bas.

L’Université de Sherbrooke a ainsi trouvé une vocation (temporaire) à la salle de spectacle Maurice-O’Bready, occupé des espaces extérieurs quand la température le permet, de même que certaines églises des environs, dont celle du couvent des Petites Sœurs de la Sainte-Famille. « Lorsque j’ai lancé cette idée, on ne me croyait pas sérieuse, mais nos équipes ont vite embarqué », se souvient Christine Hudon, pour qui les études universitaires doivent aussi comporter une part de dépaysement.

Pour Louise Béliveau, du dépaysement, les nouveaux étudiants n’en manquent pas, même en temps normal. « Cet automne, tout en respectant les règles sanitaires, nous avons demandé aux facultés de prioriser les activités en présentiel pour ceux inscrits en première année, et pour le trimestre d’hiver, nous opterons pour le multimodal. Avec des caméras installées dans 70 salles de classe, une partie d’un groupe pourra être sur les lieux, et l’autre à distance. » Mais la vice-rectrice tient à le préciser : « L’enseignement à distance, ce n’est pas dans l’ADN de l’Université de Montréal. On le fait en ce moment, et du mieux possible, mais nous n’allons pas dans cette direction. »

Cela réjouit Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), pour qui l’enseignement à distance pose des enjeux « de qualité, mais aussi d’équité ». Ce syndicat, qui représente beaucoup de professeurs du collégial et universitaires, de même que le personnel de soutien, a constaté à quel point la COVID-19 avait aussi malmené cégeps et universités, d’où son enthousiasme devant la décision du gouvernement de François Legault de scinder le ministère de l’Éducation pour en consacrer un à l’enseignement supérieur, sous la gouverne de Danielle McCann. « Dans ce contexte particulier, on comprend que ce type d’enseignement est un passage obligé, mais certains endroits n’ont pas encore accès à l’Internet et la taille de certaines classes virtuelles a augmenté cet automne, ce qui ne favorise pas le soutien pédagogique. »

Pour combien de temps les institutions d’enseignement supérieur devront-elles composer avec cette situation inédite ? « C’est la question que tout le monde se pose », conclut Christine Hudon.