L'école en plein air gagne en popularité

COVID-19 ou pas, l’apprentissage dans la nature a des effets positifs sur les élèves, selon la Dre Marie-Ève Langelier, professeure à l’unité d’enseignement en intervention plein air de l’Université du Québec à Chicoutimi.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir COVID-19 ou pas, l’apprentissage dans la nature a des effets positifs sur les élèves, selon la Dre Marie-Ève Langelier, professeure à l’unité d’enseignement en intervention plein air de l’Université du Québec à Chicoutimi.

De plus en plus d’écoles au Québec aménagent une classe extérieure dans leur cour ou sur leur terrain. Depuis le printemps, une dizaine d’appels d’offres ont été lancés pour réaliser de tels projets. L’apprentissage en plein air est une nouvelle tendance, qui prend un autre sens depuis la pandémie de COVID-19.

À Gatineau, les élèves de l’école primaire anglophone Pierre Elliott Trudeau suivent une partie de leurs cours sous un chapiteau blanc. Le directeur de l’établissement, David McFall, a commandé cet été trois tentes — au coût total de 3000 $ — pour la rentrée scolaire.

« Nous voulions qu’il y ait le plus de classe extérieure possible pour tenter de réduire le risque de transmission de la COVID-19 », explique-t-il.

Assis sur des billots de bois, les élèves prennent des notes ou font des exercices sur leur écritoire à pince, qui fait office de pupitre. L’enseignant donne les leçons, sans tableau. Le cours dure 50 minutes. « La tente peut s’ouvrir des deux côtés, précise David McFall. Il y a une bonne ventilation. On utilisera les tentes jusqu’aux premières neiges. »

 
Photo: Pierre Godson Dieudonné Au collège Ahuntsic, à Montréal, une centaine d’étudiants suivront cet automne des cours de sociologie, d’anthropologie et de biologie dans le boisé derrière l’établissement.

L’école Pierre Elliott Trudeau — l’un des projets sélectionnés du Lab-École — a entrepris il y a trois ans un virage de pédagogie dans la nature. La pandémie a accéléré le processus. « La COVID-19 nous force à penser différemment », dit David McFall.

Au collège Ahuntsic, à Montréal, une centaine d’étudiants suivront cet automne des cours de sociologie, d’anthropologie et de biologie dans le boisé derrière l’établissement. Ils écouteront leur enseignant, assis par terre ou sur des chaises pliantes, à deux mètres de distance les uns des autres. Un projet-pilote, organisé sur les chapeaux de roues, en pleine pandémie.

« La COVID-19 a surtout été un argument facilitant, dit François Delwaide, technicien en environnement et développement durable. Cela a permis d’avoir une bonne réception du projet. » Le nouveau plan stratégique du Collège fait une large place à l’environnement.

La Dre Marie-France Raynault, spécialiste en santé publique, plaide depuis plusieurs mois en faveur de cours à l’extérieur ou dans des espaces semi-couverts. « Mais j’ai l’impression de prêcher dans le désert, dit-elle. On a une résistance au Québec à explorer cette avenue. Les gens se disent que ça ne donne rien, qu’il fait trop froid, qu’avec l’hiver, ça ne durera pas assez longtemps. »

 
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C’est le nombre de nouveaux cas de personnes infectées par la COVID-19 au Québec, ce qui porte le nombre total de cas à 65 262 depuis le début de la pandémie. 

La Dre Marie-France Raynault souligne que d’autres pays, comme la Suisse et la Belgique, encouragent les classes extérieures depuis le déconfinement. Selon elle, tous les cours d’éducation physique devraient être offerts dehors au Québec.

« La transmission de la COVID-19 est nettement moindre à l’extérieur qu’à l’intérieur, dit la Dre Marie-France Raynault. On a regardé des éclosions en Chine et en Corée, et l’immense majorité des éclosions étaient à l’intérieur. »

COVID-19 ou pas, l’apprentissage dans la nature a des effets positifs sur les élèves, selon la Dre Marie-Ève Langelier, professeure à l’unité d’enseignement en intervention plein air de l’Université du Québec à Chicoutimi. « De plus en plus d’études démontrent que le niveau de cortisol [hormone du stress] est plus bas lorsqu’on est en contact avec la nature. Voir des fleurs, entendre le bruit des chutes, tout ça réduit le niveau du stress. »

Et en contexte urbain ? L’air frais procure aussi des bienfaits, d’après la Dre Marie-Ève Langelier. « Entendre le bruit des feuilles des arbres, voir des oiseaux voler, cela a pour effet de restaurer notre attention », précise-t-elle.

La directrice de l’école primaire Saint-Cœur-de-Marie, à Baie-Comeau, travaille depuis trois ans sur un projet de classe extérieure. Un appel d’offres a été lancé dernièrement. « Pour apprendre, ça prend un esprit sain dans un corps sain, dit Nancy Tremblay. Et le fait de pouvoir avoir différents endroits pour travailler une même notion, ça peut être motivant. »

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Toutefois, la gestion d’une classe extérieure, en temps de pandémie, n’est pas si simple, selon elle. « Les structures de jeux, on les désinfecte, dit Nancy Tremblay. Ça va nous amener un surcroît de préoccupations à cet égard. Il n’y a pas plus de mélange d’élèves. »

« C’est beaucoup de logistique », confirme Alain Pagé, directeur de l’école primaire Sainte-Thérèse, à Trois-Rivières. Son établissement possède une classe extérieure, avec un tableau blanc, des tables rondes et une pergola pour faire du yoga. Le lieu a été peu utilisé par les enseignants depuis le début de l’année scolaire.

« J’ai dû inclure la classe extérieure dans la zone de récréation », explique le directeur Alain Pagé.

Son école est petite, tout comme la cour. Pour éviter que les « bulles-classes » ne se croisent, Alain Pagé a ajouté deux périodes de récréation aux deux déjà existantes. Il a fallu réquisitionner l’espace de la classe extérieure pour accueillir des groupes durant la récréation. Le service de garde y a aussi recours. « Les enfants de la maternelle 4 ans et 5 ans l’utilisent aussi pour faire du yoga », ajoute-t-il.

Alain Pagé comprend toutefois que des enseignants puissent préférer rester dans leur classe à l’intérieur en cette rentrée scolaire. « Il y a tellement de règles sanitaires à respecter, dit-il. Les enseignants sont en train de se les approprier. Ils les mettent en place dans leur classe et ils se sentent en sécurité. »

 

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