Pénurie d'enseignants: une situation «loin d’être idéale» au CSSDM

Les banques d’enseignants et de remplaçants sont vides au centre de services de Montréal, et ce, depuis longtemps.
Photo: Annik MH de Carurel Archives Le Devoir Les banques d’enseignants et de remplaçants sont vides au centre de services de Montréal, et ce, depuis longtemps.

La situation qui prévaut au centre de service scolaire de Montréal est « loin d’être idéale » reconnaît le cabinet du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Ainsi, l’idée d’utiliser des orthopédagogues en remplacement des enseignants qui manquent toujours à l’appel « doit être utilisée en dernier recours absolu », précise le cabinet.

Réagissant à l’article du Devoir, dans lequel on apprenait qu’en raison de la pénurie d’enseignants, le centre de service scolaire de Montréal (CSSDM) envisageait d’avoir recours aux orthopédagogues pour enseigner dans des classes spécialisées, plutôt que d’offrir du soutien individualisé aux enfants les plus vulnérables, le cabinet de M. Roberge affirme être intervenu auprès du CSSDM et avoir « obtenu la garantie que ces affectations seront temporaires, le temps que les postes en question soient comblés ».

Or, les banques d’enseignants et de remplaçants sont vides au centre de services de Montréal, et ce, depuis longtemps. Mercredi, le CSSDM affirmait au Devoir qu’il restait encore 84 postes en adaptation scolaires à combler et 42 classes régulières sans titulaire au primaire.

Mais le cabinet du ministre tente de se faire rassurant. « Notre équipe dédiée au ministère va par ailleurs accentuer son soutien au CSSDM, qui est le centre de service qui connaît le plus de difficultés en termes de recrutement de personnel, afin d’aider à combler rapidement ces postes, écrit l’attaché de presse du ministre dans un courriel au Devoir. Nous travaillons également sur de nouvelles mesures afin de faciliter davantage le recrutement d’enseignants ».

Oppositions indignées

À Québec, les oppositions sont furieuses contre le ministre. « Ça me choque profondément parce que s’il y a bien un moment où l’on doit pouvoir compter sur les orthopédagogues — et même en nombre accru — c’est bien maintenant, alors que les besoins sont encore plus criants au lendemain des mois de confinement vécus par les élèves, s’indigne la députée péquiste Véronique Hivon. C’est l’inverse du bon sens ! »

La députée libérale Marwah Rizqy trouve la situation « complètement inacceptable » elle aussi. « Au mois d’août, le ministre annonçait en grande pompe plus de services pour les enfants vulnérables, donc plus d’heures avec les orthopédagogues, et aujourd’hui on apprend que les orthopédagogues du CSSDM vont être déployées dans des classes, ce qui veut dire moins de service ou peut-être pas de services pour les enfants plus vulnérables. »

Christine Labrie, député de Québec Solidaire, trouve elle aussi « alarmant » que le problème n’ait pas été pris en charge plus tôt. « Ce que je trouve le plus frustrant, dit-elle, c’est qu’à quelques jours de la rentrée, le ministre banalisait la pénurie, il disait que c’était sur le point d’être réglé, et on se retrouve encore aujourd’hui avec des centaines d’enfants sans titulaire, au point où on est obligé d’utiliser des ressources professionnelles en classe et priver plein d’autres élèves de services. »

Toutes trois proposent d’autres solutions, comme de se tourner vers les conseillers pédagogiques ou les finissants au baccalauréat en éducation et adaptation scolaire ou faire une grande corvée comme ce fut le cas en santé avec la campagne je contribue.

Premier cycle du primaire

De son côté, l’Association des orthopédagogues du Québec se dit également inquiète de ces réaffectations et affirme qu’elle va surveiller la situation de très près.

« Nous avons demandé au ministère à ce qu’il y ait une surveillance des affectations, pour que ce soit bien temporaire », explique la présidente Isabelle Gadbois. Elle espère également que Québec imposera une limite. « On a demandé que les orthopédagogues qui sont en soutien au premier cycle ne soient pas réaffectés ou, s’ils le sont, que le poste ne reste pas libre, parce qu’on sait que le développement de la littératie, c’est critique à cet âge-là. Il faut absolument qu’il y ait du soutien pour le premier cycle du primaire. »

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