Des orthopédagogues comme enseignants titulaires

Le centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) envisage de recourir aux orthopédagogues pour enseigner à temps plein dans les classes.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) envisage de recourir aux orthopédagogues pour enseigner à temps plein dans les classes.

Aux prises avec une sévère pénurie d’enseignants, le centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) envisage de recourir aux orthopédagogues pour enseigner à temps plein dans les classes, privant ainsi les enfants ayant des difficultés d’apprentissage du soutien individuel qu’on leur avait promis.

« Le CSSDM nous a expliqué mardi qu’il ne voyait pas d’autre solution que d’affecter les orthopédagogues qui donnent des services aux élèves en difficulté à des tâches enseignantes. On comprend qu’ils sont mal pris en raison de la pénurie d’enseignants, mais ça ne peut pas être la solution », déplore Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeurs de Montréal, qui représente les orthopédagogues du CSSDM.

« Si le CSSDM va de l’avant avec cette solution, ça veut dire qu’on aura des centaines d’enfants qui ne recevront aucun soutien en orthopédagogie cette année. Ça veut dire que les enfants vulnérables, les enfants en difficulté, ceux qui sont en échec dans plusieurs matières, qui sont en dyslexie, en dysorthographie ou peu importe leur problème d’apprentissage, vont se retrouver laissés à eux-mêmes avec leur enseignant dans leur classe régulière au lieu d’avoir du soutien cette année. Ils vont être privés d’un service qui est absolument essentiel, surtout en cette année post-confinement, affirme Mme Beauvais St-Pierre. « On pénalise directement les élèves, c’est scandaleux ! » ajoute-t-elle.

La présidente de l’Alliance est d’autant plus outrée que le CSSDM utilise l’arrêté ministériel du printemps dernier qui permet de réaffecter n’importe quel membre du personnel vers un autre travail où il serait nécessaire pour faire face à la pandémie. Or, le problème de pénurie de personnel enseignant n’est pas nouveau et n’est pas dû à la pandémie, même s’il est exacerbé par la crise de la COVID, dit-elle.

« On trouve ça assez particulier d’utiliser [l’arrêté ministériel] pour répondre à un problème que nous décrions depuis des années et de faire payer les enfants pour un problème qui est systémique. »

Parents choqués

Au comité de parents du CSSDM, on est également choqué par cette solution qui est mise sur la table. « J’ai parlé avec le directeur général mercredi et je lui ai dit que c’était une mauvaise priorisation des solutions, car ça se fait au détriment des élèves vulnérables », affirme le président, Marc-Étienne Deslauriers, en entrevue au Devoir.

« On vient anéantir les efforts que le ministre a voulu mettre en place en août pour aider les enfants ayant des difficultés d’apprentissage », déplore-t-il, faisant référence aux 20 millions de dollars qui ont été débloqués par Québec pour assurer un rattrapage et augmenter les suivis individuels auprès des élèves en difficulté.

« Non seulement les enfants de Montréal n’auront pas de services supplémentaires, mais on va leur enlever les services qu’ils avaient déjà », illustre Catherine Beauvais-St-Pierre, de l’Alliance des professeurs.

Selon l’Alliance et le regroupement des comités de parents, il existe des solutions. « On leur a proposé d’envisager de prendre des gens dans l’administration et de réduire la paperasse plutôt que d’enlever les orthopédagogues et de pénaliser les élèves », explique Mme Beauvais-St-Pierre.

Selon elle, les orthopédagogues n’ont pas encore reçu d’avis officiel les informant de leur réaffectation, mais « la machine est en branle ».

Classes spécialisées

Au centre de services scolaire de Montréal, on explique cette décision par le fait qu’il reste encore 84 postes à pourvoir en adaptation scolaire. « Il est important de préciser que 60 % de ces postes sont dans des classes en adaptation scolaire réservées aux élèves qui ont des besoins particuliers, comme les élèves ayant des troubles de langage, des troubles d’adaptation ou des troubles graves d’apprentissage, écrit le responsable des communications, Alain Perron. Les enseignants non légalement qualifiés ou la majorité des conseillers pédagogiques n’ont pas les connaissances et les capacités pour enseigner à ces élèves. »

Il ajoute que 42 classes ordinaires au primaire sont toujours sans titulaires.

Mais qu’adviendra-t-il des enfants qui ont des troubles d’apprentissage et qui nécessitent des suivis réguliers avec un orthopédagogue ? « Nous devons, dans la mesure du possible, poursuivre le soutien à nos élèves HDAA [handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage], mais au bout du processus, nous devons prendre des décisions qui s’imposent afin de nous assurer, prioritairement, que chaque classe, incluant nos classes spécialisées, a minimalement un enseignant titulaire devant elle. »

Et il n’y a pas que les orthopédagogues qui sont visés, confirme Alain Perron, du CSSDM. « Nous envisageons également d’affecter nos conseillers pédagogiques des services centraux, éventuellement. »

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2 commentaires
  • Sylvie Demers - Abonnée 10 septembre 2020 15 h 46

    Orthopédagogues...

    ...devenant titulaires de classes ...il me semble que cette décision est adéquate puisque ces spécialistes ont toute la formation voulue pour prendre en charge une classe,surtout une classe en adaptation scolaire...plutôt que de rendre service à quelques élèves ils pourront aider un plus grand bassin d'enfants nécessitant leur expertise...

    S.Demers
    Orthopédagogue retraitée

  • Loyola Leroux - Abonné 10 septembre 2020 17 h 23

    Qu’en est-il des compétences transversales et de l’imputabilité ?

    Les savoirs appris par compétences transversales et par reconnaissances des acquis, sont des nouveautés sortie de la cuisse de nos spécialistes vers 1990, grâce aux recherches des experts en ‘’sciences’’ de l’éducation. Les orthopédagogues et conseillers pédagogiques, qui travaillent avec les mêmes écoliers, en 1ere année du primaire par exemple, en sont-ils dépourvus, avec leur bac en pédagogie de 4 années ?
    Les enfants « vulnérable et autres (infirmes), vont etre privés d’un service qui est absolument essentiels», mais ces emplois d’orthopédagogue et autres pédagogues, experts, spécialistes auto-proclamés, ne font-ils pas partie des «emplois non-essentiels» , comme vient de le démontrer la Covid ?
    Le ministre a dépensé «20 millions pour le rattrapage», mais un bilan a-t-il été fait ? Qu’en est-il de l’imputabilité, un nouveau mot qui apparait actuellement ?
    L’expression «enseignant non légalement qualifié» est irrespectueuse. Avec un DEC en sciences avec maths, un maitre en mathématique ou en chimie n’est-il pas plus «qualifié» pour enseigner la matière, qu’un détenteur d’un DEC en humaines sciences, sans maths, bachelier en ‘’sciences’’ de l’éducation qui a suivi 4 cours de niveau baccalauréat en maths et 4 cours en chimie ?
    «S’improviser professeur», je rappelle que le grand philosophe et chroniquer Normand Baillargeon, dans son livre Enseigner au Québec, note à la page 7 : «Au Québec, c’est exclusivement celles et ceux qui travaillent à ces niveaux de scolarité (primaire, secondaire) que l’on désigne comme des enseignants ; aux niveaux collégial et à l’université, on parlera plutôt de professeurs. »