Pour dépasser l’illusion du «Ça va bien aller» au travail

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Selon la FNEEQ, la pandémie fait en sorte que le patronat a le beau jeu en imposant des conditions de travail.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon la FNEEQ, la pandémie fait en sorte que le patronat a le beau jeu en imposant des conditions de travail.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Caroline Quesnel, la présidente de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ), rappelle d’emblée, en cette fête du Travail un peu spéciale, que, « dans des temps difficiles, des temps particuliers, le syndicalisme et la défense des travailleurs sont plus que jamais nécessaires. Le syndicalisme, c’est un mode de communication, de rassemblement, qui lutte contre l’isolement. Et ce qu’on vit actuellement, c’est cette tentation, cette dérive vers l’isolement ».

Pour les membres de la FNEEQ, il est difficile en ce moment de réellement penser à l’après-COVID « parce que, dans notre vie professionnelle et personnelle, toute notre réalité en est teintée, toutes nos décisions sont prises à partir de la COVID-19. Ça pose des contraintes avec lesquelles on doit conjuguer ».

Pour Caroline Quesnel, se rendre compte que le travail est dangereux est quelque chose de tout à fait nouveau et de plutôt perturbant. « [On se rend compte que] le travail peut être dangereux d’abord pour la santé physique. Je pense à tous ceux qui ont des conditions de santé qui les rendent vulnérables et pour qui le travail devient pratiquement inaccessible, sinon à certaines conditions. Dans un contexte moderne et contemporain, ça nous interpelle et ça nous bouscule. »

Ce travail dangereux, il l’est aussi psychologiquement. « C’est insidieux et on le validera plus tard, mais pour l’instant, on en parle peu. On parle de masques, du lavage des mains, on parle de la distanciation et des ordinateurs, mais c’est évident que le stress est grand. Le télétravail crée un épuisement important. Que notre vie soit limitée aux quatre murs de nos logements, ça va avoir des conséquences », prévoit la présidente.

De plus, la pandémie fait en sorte que le patronat a le beau jeu, croit-elle. « On impose des conditions de travail et on est menotté par une situation d’urgence sanitaire », explique Caroline Quesnel, qui croit que la clé pour se sortir de l’impasse serait l’ajout de ressources pour alléger le travail, pour le reconnaître et faire en sorte qu’on puisse véritablement vivre avec ce travail en l’envisageant sereinement.

Des négociations qui continuent malgré tout

Malgré tout cela, la vie continue et les négociations avec le secteur public se poursuivent, ainsi que dans les universités et les collèges privés. « Dans la perspective d’une pandémie, c’est un exercice essentiel, mais en même temps paradoxal, parce que quand on négocie, c’est pour quelques années », explique la syndicaliste, en ajoutant « qu’il est important de distinguer ce qui appartient à l’exceptionnel et ce qui appartient à la normalité ».

Mme Quesnel se dit très préoccupée par tout le volet de l’enseignement à distance qui, selon elle, devrait faire l’objet d’une réflexion. « Ce mode d’enseignement existait avant la pandémie, mais les conditions dans lesquelles s’exerçait cette véritable formation à distance étaient balisées », rappelle-t-elle. Aujourd’hui, alors que l’enseignement à distance est presque devenu la norme, la FNEEQ et une grande portion des enseignants se refusent à le reconnaître comme un fait accompli. « On doit travailler dans la perspective d’un retour à la normale et procéder à l’application de balises temporaires pour permettre de passer à travers la crise. On réclame en ce moment des ressources pour répondre aux besoins, mais l’enseignement ne peut pas se passer tout le temps à distance. L’humanité, la pédagogie, le travail d’accompagnement qu’on y perd sont trop importants pour penser à le généraliser », ajoute-t-elle.

Pourtant, à l’heure actuelle, Caroline Quesnel constate une réticence du côté du gouvernement à véritablement s’asseoir et réfléchir. « Il faut mener de front deux négociations : une négociation pérenne qui touche le fond des choses et qui améliore les conditions de travail, mais aussi une négociation qui devra avoir un caractère national et qui viendra établir des balises, mais de manière temporaire », affirme la présidente.