La sélection des élèves doit s’adapter à la pandémie

«Certaines questions n’auront pas de bonne ou de mauvaise réponse. Les écoles veulent connaître les enfants, avoir un bon portrait de chaque élève, et non plus juste l’aspect académique», explique Genevieve Gosselin.
Photo: Adil Boukind Le Devoir «Certaines questions n’auront pas de bonne ou de mauvaise réponse. Les écoles veulent connaître les enfants, avoir un bon portrait de chaque élève, et non plus juste l’aspect académique», explique Genevieve Gosselin.

Chaque automne, ça recommence. Des milliers d’élèves de sixième année du primaire font des nuits blanches en prévision des examens d’admission des écoles secondaires — privées et publiques — qui sélectionnent les élèves sur la base de leurs résultats. La crise du coronavirus vient chambouler ce processus normalement réglé au quart de tour, ce qui crée de l’anxiété chez des parents et leurs enfants.

Les examens d’admission des écoles privées (et certaines écoles publiques) se feront majoritairement en ligne et n’évalueront pas les mêmes aptitudes qu’en temps normal, à cause de la crise sanitaire. D’autres critères guideront aussi les écoles, comme la motivation et le potentiel des élèves, a constaté Le Devoir.

« C’est un peu déstabilisant pour les élèves et leurs parents, parce qu’on sort un peu de la préparation habituelle. On a eu beaucoup d’appels de parents inquiets. Ils se demandent comment préparer leurs enfants, mais on veut les rassurer », dit Geneviève Gosselin, directrice du service aux écoles chez la firme BrissonLegris.

Cette entreprise montréalaise gère la majorité des examens d’admission dans les écoles privées et publiques du Québec. Après discussion avec les établissements, la firme a eu le mandat d’organiser un examen plus court — d’une durée d’environ 75 minutes plutôt que trois heures — et qui se fera à distance, en raison des règles de distanciation physique.

Les élèves qui tentent leur chance dans plusieurs écoles n’auront qu’un seul examen à passer — il aura lieu le samedi 3 octobre pour les établissements de Montréal. Les examens seront à une date différente dans chaque région, selon Geneviève Gosselin, de la firme BrissonLegris. D’autres écoles organisent leur propre examen, ou ont mis en place un processus d’admission sans examen.

Ces formules d’admission répondent aux bouleversements provoqués par la pandémie. La cinquième année des élèves du Grand Montréal a été amputée de trois mois à cause du confinement au printemps dernier, rappelle Mme Gosselin. À cause de ce trou dans le cheminement scolaire des élèves, il devenait hasardeux d’établir une liste d’acquis à évaluer, explique-t-elle.

« On est conscients que ce n’est pas le contexte idéal [pour un examen d’admission]. On ne mesure pas des acquis de cinquième année, puisque tout le monde n’est pas au même niveau. On vise davantage à mieux connaître les élèves, à connaître leur potentiel et leur motivation par rapport aux études », explique Geneviève Gosselin.

C’est tout un changement par rapport aux années précédentes : les examens d’admission des écoles prestigieuses donnent lieu à une véritable industrie de la préparation des élèves. Tuteurs privés, camps d’été, cahiers d’exercices préparatoires, les parents ne reculent devant rien pour que leurs enfants fréquentent les établissements les mieux cotés.

Cette année, les parents sont pris au dépourvu. Les anxieux peuvent se rassurer, selon Geneviève Gosselin : « Certaines questions n’auront pas de bonne ou de mauvaise réponse. Les écoles veulent connaître les enfants, avoir un bon portrait de chaque élève, et non plus juste l’aspect académique. »

Examen plus léger

Dominic Blanchette, directeur général du collège Jean-Eudes de Montréal, confirme que l’examen d’admission de cet automne « aura une valeur moins importante que d’habitude dans la sélection des élèves ».

L’établissement fait partie d’un groupe d’une demi-douzaine de collèges privés de la métropole qui feront passer à leurs aspirants élèves l’examen d’admission en ligne organisé par la firme BrissonLegris. En plus de cet examen, Jean-Eudes tiendra compte des résultats scolaires de quatrième et cinquième année des élèves. Le collège tentera aussi d’évaluer « l’attitude et la motivation » des élèves.

La demande est forte : l’an dernier, le collège Jean-Eudes a eu 1400 demandes d’admission pour 360 places offertes, selon Dominic Blanchette.

L’examen se fera de façon « rigoureuse » même s’il prendra place à distance, assurent les responsables. Les élèves auront accès à l’examen sur la plateforme numérique de BrissonLegris et seront surveillés via l’application Zoom, explique Geneviève Gosselin. Il y aura un surveillant par groupe de 16 enfants, ce qui permettra « d’observer les comportements suspects », précise-t-elle.

Un système inégalitaire

Toute cette anxiété autour des examens d’admission est révélatrice d’un système scolaire inégalitaire, souligne Marc-Étienne Deslauriers, président du Comité de parents du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM). Il rappelle que les collèges privés et les écoles publiques à projet particulier — qui sélectionnent leurs élèves selon leurs résultats scolaires — affaiblissent les écoles de quartier en drainant les élèves les plus « performants ».

Environ quatre élèves du secondaire sur dix fréquentent une école privée à Montréal et à Québec, a souligné le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) dans un avis de 2016. Il faut ajouter à cela les écoles publiques ayant des programmes international, sports-études ou arts-études, offerts en réponse à la concurrence du privé : les écoles dites ordinaires se retrouvent avec les élèves ayant le plus de difficultés, souvent en milieu défavorisé, dans un système « à trois vitesses », a résumé le CSE.

Le Regroupement des comités de parents autonomes du Québec, formé de parents de Montréal et de Laval, lance un vaste chantier de réflexion sur ce phénomène des écoles à projet particulier. Difficile d’être contre ces programmes stimulants, puisque parents et élèves s’arrachent les places offertes.

« Ce sont de beaux projets, mais il faut s’assurer que tous les enfants puissent en bénéficier. Toutes les écoles, y compris les écoles de quartier, peuvent proposer des projets éducatifs intéressants », dit Marc-Étienne Deslauriers. Les programmes dont le nombre de places est limité pourraient sélectionner les élèves par tirage au sort, selon lui.

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1 commentaire
  • Patrick Daganaud - Abonné 2 septembre 2020 08 h 14

    FAIRE-SEMBLANT

    La réduction du temps de passation ne corrigera en rien la sélection qu'opère le réseau privé, non plus que celle que réalisent les écoles publiquesà projet particulier, « en drainant les élèves les plus « performants ».

    Ce serait plus honnête de le reconnaître que de la camoufler.