4000 enfants de plus sur la liste d’attente

Entre 2018 et 2019, plus de 4000 nouveaux enfants se sont ajoutés à la liste d’attente de La Place 0-5, l’unique porte d’entrée pour obtenir une place en CPE ou en garderie privée au Québec.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Entre 2018 et 2019, plus de 4000 nouveaux enfants se sont ajoutés à la liste d’attente de La Place 0-5, l’unique porte d’entrée pour obtenir une place en CPE ou en garderie privée au Québec.

La liste d’attente du guichet d’accès aux services de garde ne cesse de s’allonger, et pourtant. Face aux difficultés d’utilisation de La Place 0-5, un Centre de la petite enfance (CPE) de Montréal s’est tourné vers Facebook cette semaine pour combler ses places vacantes.

Entre 2018 et 2019, plus de 4000 nouveaux enfants se sont ajoutés à la liste d’attente de La Place 0-5, l’unique porte d’entrée pour obtenir une place en CPE ou en garderie privée au Québec.

Au total, 46 236 enfants — dont 32 000 ont moins de deux ans — étaient en attente d’une place au 31 décembre 2019, révèlent les documents de l’étude des crédits budgétaires du ministère de la Famille. Un an plus tôt, quelque 42 000 noms s’y trouvaient.

Or La Place 0-5 ne répond pas aux besoins du CPE Autour du monde de Parc-Extension, se désole sa directrice, Rose Franco. Jeudi, ses équipes se sont tournées vers Facebook. « [Nous] voulons vous demander votre aide pour trouver des enfants. Si possible, parlez à votre entourage et dites-leur que nous avons de la place pour accueillir leurs enfants », ont-elles écrit.

L’appel a été formulé une nouvelle fois vendredi. « Places toujours disponibles !! », lisait-on dans une publication détaillant les services du CPE.

En entrevue au Devoir, la directrice a assuré avoir épuisé les listes de La Place 0-5 pour la catégorie d’âge correspondant aux places qu’elle souhaite combler. Or sur le guichet unique, elle a « principalement » trouvé des enfants en attente de place en pouponnière (moins de 18 mois).

46 236
C’est le nombre d’enfants inscrits sur la liste d’attente de La Place 0-5.

Mme Franco demeure néanmoins convaincue que des parents d’enfants de plus de 18 mois sont bel et bien à la recherche de places en CPE. « Il y a un manque flagrant de places en CPE dans Parc-Extension », a-t-elle affirmé.

Or la directrice croit que les parents sont nombreux à ne pas savoir comment naviguer à travers La Place 0-5. « Nous sommes dans un quartier défavorisé et souvent, cette information-là, ils [les parents] ne la comprennent pas, ne la connaissent pas », a-t-elle déclaré. La langue est aussi un enjeu, « absolument », a constaté Mme Franco.

Des clientèles vulnérables

Parc-Extension est un quartier multiethnique, sis dans un arrondissement (Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension) où 69 % des habitants sont nés à l’étranger ou ont au moins un parent qui est né à l’extérieur du Canada, selon le recensement de 2016.

La problématique que Rose Franco y observe est connue de La Place 0-5. La coopérative qui la gère dit avoir mis sur pied, en 2019, un projet-pilote « pour aider les intervenants d’organismes communautaires dans leur prise en charge de certains dossiers d’enfants ». L’initiative est toujours en cours, a confirmé la conseillère aux communications Marine Schmitgen.

« Pour nos familles immigrantes, plus vulnérables […] on le sait qu’il y a des barrières d’accès », a aussi constaté Geneviève Bélisle, directrice de l’Association québécoise des CPE. « Tout ce maillage-là, avec le milieu communautaire, il faudrait qu’il soit mieux soutenu. Et la pandémie n’a pas aidé. »

Les difficultés de recrutement du CPE Autour du monde peuvent aussi s’expliquer par le branle-bas de combat qu’ont créé les mesures de confinement et l’avènement du télétravail. « Au centre-ville [de Montréal], il y a des places qui sont disponibles, ça devient un enjeu, parce que de grandes tours à bureaux [sont vides] et des parents ont eu des places en banlieue », a remarqué Mme Bélisle. À son avis, le taux d’occupation des CPE se rétablira néanmoins, pour atteindre l’habituel 98 %.

Des places prévues à créer

La Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ) s’inquiète de voir la liste d’attente s’allonger sur La Place 0-5. Elle calcule que 13 000 places régies et subventionnées, en milieu familial, n’attendent qu’une responsable pour enfin fonctionner.

C’est fou! On a 2500 emplois à donner, et personne ne les veut, 

 

Les places ont été octroyées à des bureaux coordonnateurs par le ministère de la Famille, mais ces bureaux ne trouvent pas de responsables — ils pourraient en recruter jusqu’à 2500 — souhaitant ouvrir les milieux de garde.

Le problème ? Un enjeu de main-d’œuvre, répond l’attaché de presse du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe. Plutôt de mauvaises conditions de travail et un salaire de 12,42 $ l’heure, réplique la FIPEQ, en pleines négociations avec le gouvernement. « C’est fou ! on a 2500 emplois à donner, et personne ne les veut », a déclaré la présidente de la FIPEQ, Valérie Grenon, au Devoir. 

« J’invite le ministre à appeler les 46 000 familles en attente [sur La Place 0-5] pour leur offrir des places en milieu familial, des places régies et subventionnées, donc encadrées et à contribution réduite. […] Il va les combler tout de suite, tout de suite », a-t-elle ajouté.

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