Le sport et les arts reprennent leurs droits à l’école

Volte-face du gouvernement Legault. Après une manifestation à Québec et une pétition de plus de 50 000 signatures, le premier ministre annonce la reprise du sport étudiant à la mi-septembre « si tout va bien ». Une victoire pour ceux qui dénonçaient la suspension des programmes de sport-études.

« Si les consignes sont appliquées, si le nombre de cas reste à peu près au même niveau qu’actuellement à partir du 14 septembre, on pourra remettre en place toutes les activités sportives, artistiques, donc les enfants de plusieurs classes pourront jouer à plusieurs sports », a précisé le premier ministre François Legault, en point de presse vendredi après-midi.

« Hier, j’ai dit quelques semaines. Aujourd’hui, je dis deux semaines et un jour, donc ça se ressemble », s’est-il défendu.

« Ça ressemble à un gouvernement qui ne veut pas avouer qu’il avait tort », a réagi la députée péquiste Méganne Perry Mélançon en entrevue. Elle considère cette volte-face comme « un demi-pas de recul » puisque les joueurs de football perdront tout de même une portion de leur courte saison. « Je pense que la reprise doit se faire immédiatement », a-t-elle dit.

Laurie Dallaire, une étudiante en danse-études, est tout de même soulagée. Elle fait près d’une heure de transport en commun pour se rendre à l’école secondaire Édouard-Montpetit, un établissement public qui offre son programme. « C’est un bon entre-deux », dit l’adolescente de 13 ans qui étudie en deuxième secondaire. Elle ne perdra qu’une semaine de cours en danse. « Ça va nous laisser le temps de reprendre le rythme de l’école et de la rentrée. »

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Forte mobilisation

L’arrêt des programmes de sport-études, annoncé par le ministre Jean-François Roberge en pleine rentrée scolaire, a eu l’effet d’une bombe dans le milieu de l’éducation. Plus de 50 000 personnes ont signé une pétition en ligne dénonçant cette décision et réclamant « du sport pour tous à l’école ».

À Québec, au moins une centaine d’adolescents et de parents ont manifesté leur mécontentement vendredi devant l’Assemblée nationale vendredi, coups de klaxon à l’appui. Les députés libéraux Enrico Ciccone, Marwah Rizqy et la députée péquiste Méganne Perry Mélançon étaient à leurs côtés.

« Ça a fait un choc à pas mal tout le monde », a affirmé Tristan Lévesque, de l’école secondaire Roger-Comtois, l’un des deux adolescents qui a mobilisé ses pairs. « On est vraiment en colère par rapport à cette décision-là. Nous, on veut tous jouer. On veut notre saison. » D’autant plus qu’elle est déjà courte pour les joueurs de football comme lui.

« Pendant l’été, on s’est entraînés, a fait remarquer Maxime Jabin, de l’académie St-Louis, l’autre organisateur de la manifestation. Nos entraîneurs avaient des masques, on respectait le plus possible la distanciation physique, on se lavait les mains en rentrant sur le terrain, en sortant du terrain. »

L’équipe de football du collège Jean-Eudes, à Montréal, suivait aussi à la lettre les consignes sanitaires, selon Alexandre Dufresne, directeur du service aux élèves et des sports. Au cours des derniers jours, une vingtaine de parents ont contacté l’établissement privé, évoquant la possibilité de désinscrire leur enfant en raison de la suspension des programmes de sport-études.

« Il y avait un sentiment d’iniquité, ressenti très fort par les élèves et les parents », observe Alexandre Dufresne.

Pour bien des gens, les autorités faisaient preuve d’incohérence dans ce dossier : d’un côté, les élèves voyaient leurs activités sportives interdites à l’école afin de préserver la « classe-bulle » ; de l’autre, ils pouvaient faire du sport associatif, avec des jeunes de diverses classes et écoles.

Manque de cohérence

C’est justement « pour être en cohérence avec ce qui se passe dans la communauté » que la directive a été modifiée, selon le directeur national de santé publique, Dr Horacio Arruda, lors d’une conférence de presse depuis l’Abitibi. Le concept de bulle demeurera, mais il sera élargi. « Ce qui va être important, c’est que chaque fois qu’on va avoir un cas, on puisse déterminer, par exemple, si un jeune a des symptômes et qu’il y a un cas en mathématique dans une bulle et dans une activité sportive dans une autre bulle, a-t-il expliqué. Au lieu de traiter une seule bulle en matière d’investigation de cas et de contacts, on va le faire dans deux bulles. »

« Je ne vois pas comment ça va s’appliquer, a réagi la députée de Québec solidaire, Christine Labrie, qui a pratiqué plusieurs sports lorsqu’elle était au secondaire. Est-ce qu’il va falloir que l’élève choisisse une seule activité ? »

Le message du gouvernement demeure incohérent, selon le député libéral Enrico Ciccone, un ex-hockeyeur professionnel. « Il faut respecter les consignes émises par la Santé publique, mais pour le bien de toute la population, le message doit être cohérent, a-t-il souligné. Trop de messages contradictoires subsistent, les gens n’y comprennent plus rien. »

Patrick Kearney, responsable du programme sport-études en judo à l’école secondaire Saint-Gabriel, à Sainte-Thérèse, se dit « content que le gouvernement ait reculé ».

Dans son établissement, environ 800 jeunes sont inscrits à l’un des nombreux programmes de sport-études. « On avait appris lundi après-midi, en lisant une foire aux questions, que les bulles-classes devaient être respectées en sport-études et en sport scolaire, dit Patrick Kearney, qui est aussi président de la Fédération de judo du Québec. On n’avait jamais reçu de mémo du ministère de l’Éducation ! »

Son sport n’étant pas déconfiné, Patrick Kearney prévoyait offrir des séances de musculation aux élèves cet automne. Il pourra finalement aller de l’avant.

Mais des problèmes demeureront jusqu’au 14 septembre, rappelle-t-il. « Actuellement, en quatrième période, les jeunes ont un remplaçant, dit-il. Ils ne font aucune matière. L’école n’est pas “gearée” pour garder 800 jeunes de plus dans ses murs. »

Le Centre de services scolaire des Appalaches doit revoir son plan de match. Peu de temps avant le point de presse du premier ministre Legault, il a annoncé qu’il repoussait la rentrée scolaire du 31 août au 3 septembre afin de respecter « les nouvelles précisions du principe des groupes-classes (bulles) ». Il n’a pas publié de nouveau communiqué depuis.

Le Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) croit que ce délai de deux semaines permettra aux établissements scolaires « d’assurer une rentrée sécuritaire.

« Mais c’est sûr que ça aura un impact sur la saison de football », dit son président-directeur général Gustave Roel. Les équipes perdront deux semaines d’entraînement.

Le RSEQ profitera des deux prochaines semaines pour rappeler aux établissements et aux entraîneurs l’importance de sensibiliser les jeunes à « l’éthique sportive en contexte de COVID-19 ». « Les joueurs ont la responsabilité de protéger leurs collègues, dit Gustave Roel. Un jeune qui ne fait pas attention à sa santé, ne se lave pas les mains, met à risque son équipe. » Le RSEQ croit qu’il peut « contaminer positivement » les quelque 220 000 étudiants de son réseau et en faire des ambassadeurs auprès des autres jeunes.

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1 commentaire
  • Marie-Hélène Gagnon - Abonnée 29 août 2020 09 h 25

    Football

    Au niveau scolaire, le premier match de football était prévu pour le 19 septembre (déjà 2 semaines plus tard qu'à l'habituel). Comment voulez-vous que les élèves soient prêt à jouer en toute sécurité ?

    Le football est un des plus beau sport d'équipe qui existe. De part ses valeurs de persévérance, d'entraide, de collaboration, de respect de ses coéquipiers, entraîneurs et de l'adversaire, ce sport prépare les adultes de demain. Dans le réseaux scolaire, une très grande place est accordée à l'éthique sportive.

    La plus grande qualité du football scolaire est de garder les jeunes à l'école! Présentement, la saison de football scolaire est en péril mais celle du football civil suit son cours...