Le test de la réalité

Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Une enseignante de l'école primaire montréalaise Philippe-Labarre, portant masque et visière de protection, accueillait son groupe d'élèves.

Après plus de cinq mois loin des bancs d’école, plus de 200 000 jeunes Québécois ont retrouvé leurs camarades de classe jeudi. Une rentrée scolaire chaotique ou bien organisée, selon l’établissement. La fébrilité était à son comble, la COVID-19 ajoutant au stress du retour en classe.

À l’école secondaire Georges-Vanier, à Montréal, des groupes d’une dizaine d’élèves chacun étaient dispersés dans la cour d’école. Des adolescents, non masqués, se faisaient des embrassades et se serraient la main, en attendant de récupérer leur carte étudiante et leur horaire de cours. Ils ne s’étaient pas vus depuis des mois.

« Ils ne peuvent pas s’empêcher de se faire des câlins », dit la mère d’une élève de deuxième secondaire, en observant la scène. Puis, les yeux brillants et le sourire aux lèvres, elle ajoute : « C’est toujours touchant, la première journée. »

Dans le quartier Saint-Michel, c’était la cohue à l’école primaire Marie-Rivier. Voitures stationnées en double file sur la 7e Avenue, parents agglutinés devant la clôture de la cour : une distanciation de deux mètres était impossible à maintenir sur le trottoir étroit. L’établissement accueille 660 élèves.

Voyez la rentrée scolaire à l’école primaire Marie-Rivier:

 

« C’est mal organisé ! dit Rocky Morales, accompagné de sa fille, en deuxième année. Beaucoup de parents n’ont pas de masque. Ça n’a pas de bon sens. »

Bien des parents semblaient ignorer vers quelle entrée leur enfant devait se diriger. À travers le grillage de la clôture de la cour d’école, une employée du service de garde et une orthopédagogue — dont on devinait le sourire derrière leur masque — les aidaient à s’y retrouver. Les familles avaient pourtant reçu un coup de fil de l’école à ce sujet, selon des parents rencontrés.

« L’enseignante de mon fils nous a appelés et nous a demandé de porter un masque aujourd’hui », dit Joyce Labelle. Son fils est en troisième année — le port du couvre-visage est exigé à partir de la cinquième pour les élèves. « C’est parce qu’ils vont tous être dans la cour », poursuit-elle. Ses lunettes posées sur son masque, son garçon était nerveux ce matin. « Mais il le porte déjà quand il va dans la rue », précise-t-elle.

Photo: Adil Boukind Le Devoir À l’école secondaire Georges-Vanier, à Montréal, des groupes d’une dizaine d’élèves chacun étaient dispersés dans la cour d’école jeudi matin. Lors du passage du «Devoir», certains adolescents, non masqués, se faisaient des embrassades et se serraient la main.

À quelques coins de rue de là, à l’école Lucien-Guilbault, spécialisée en adaptation scolaire, la rentrée semblait réglée au quart de tour. Les enfants faisaient la file dans des cerceaux de couleur, posés à deux mètres de distance les uns des autres.

Stationné aux abords de l’école, le chauffeur d’autobus Gilles Repts attendait qu’on lui donne des consignes. « C’est un peu mélangeant. On ne sait pas les procédures. Mais je ne suis pas inquiet. » Il était « bien content » de retrouver son volant. « J’ai travaillé dans un dépanneur lorsque l’école a cessé », dit-il.

Marie-Andrée Lambert, elle, n’avait que de bons mots pour l’organisation de l’école Saint-Marc, dans l’arrondissement Rosemont–La Petite-Patrie, à Montréal. Son garçon y a fait son entrée à la maternelle, en compagnie de son père — un seul parent pouvait l’accompagner. « Il aurait aimé rester à l’école toute la journée ! » dit-elle.

Les lunettes et le masque de son enseignante ne l’ont pas effrayé. « L’enseignante leur a expliqué que lorsqu’elle est à deux mètres d’eux, elle n’en a pas besoin », raconte Marie-Andrée Lambert.

À Sherbrooke, l’heure était à la grande première après la répétition générale du printemps. En Estrie, les élèves sont retournés en classe enmai pour terminer leur année. « On avait fini l’année passée avec nos masques et les lunettes, alors ce n’est pas nouveau », dit Daniel Thibault, un brigadier scolaire posté devant l’école primaire Jean-XXIII.

Une éclosion de COVID-19 a toutefois obscurci cette rentrée sherbrookoise. Près de 30 personnes ont été déclarées positives au coronavirus dans le quartier Ascot, où est située l’école Jean-XXIII. Une clinique mobile de dépistage sera d’ailleurs installée prochainement à un jet de pierre de l’établissement, ont indiqué les autorités de la santé publique de l’Estrie.

« Je sens les parents fébriles, mais positifs quand même », dit Hélène Pelletier, une intervenante de l’école primaire des Quatre-Vents, aussi située dans le quartier Ascot. Selon elle, la réunion de parents, tenue la veille, a sans doute contribué à apaiser les craintes.

Après sa première journée en classe, Amélie Neveu était elle-même soulagée. Elle enseigne en troisième année à l’école primaire Gareau, à Montréal. « C’est bien parti », dit-elle. Au moment de l’entrevue, elle venait de lire le « journal de la journée » rédigé par chacun de ses élèves. « La plupart m’ont écrit qu’ils avaient aimé leur journée et qu’ils avaient aimé retrouver leurs amis, dit-elle. Un élève m’a dit : “j’ai aimé ma journée, j’aime pas la COVID-19”. »

Manifestation devant une école

Des élèves de l’école Sophie-Barat, dans Ahuntsic à Montréal, avaient moins le cœur à la fête. Une trentaine de parents et de jeunes ont d’ailleurs manifesté jeudi matin pour dénoncer le transfert des élèves de première et de deuxième secondaire du secteur ordinaire vers l’école primaire St. Dorothy, dans le quartier Saint-Michel.

À deux semaines de la rentrée, le Centre de services scolaire de Montréal a annoncé ce déménagement en raison d’installations trop dangereuses à Sophie-Barat.

Photo: Adil Boukind Le Devoir Une trentaine de parents et de jeunes manifestaient devant l'école St. Dorothy.

Mohammed Amine Abdelaziz, qui étudie en deuxième secondaire dans cet établissement, tenait à manifester son mécontentement. L’adolescent marche une vingtaine de minutes pour se rendre à son école de quartier, située dans Ahuntsic. « Cela prend maintenant 1 h 15 en autobus, dit-il. Tout le monde est collé dans l’autobus. » Un achalandage d’autant plus préoccupant en cette période de COVID-19, souligne-t-il.

Le directeur de l’école, Jean-François Gagnon, reconnaît les « défis » qu’entraîne un tel déménagement pour les parents et les élèves. La rentrée n’a pas été de tout repos pour l’équipe-école non plus. « Ç’a été difficile, mais on y est arrivés », dit-il.

Mathieu Bédard, responsable de la mobilisation des parents, réclame que le Centre de services scolaire trouve une autre solution. « On a rencontré des responsables du Centre de services hier et on nous a dit qu’on essayait d’en trouver, dit-il. Mais il n’y a pas eu d’engagement de leur part. »

Mathieu Bédard croit que des unités modulaires pourraient être installées à l’école Sophie-Barat. Une navette pourrait aussi être offerte pour transporter les élèves vers l’école St. Dorothy.

« Les élèves de secondaire 1 et 2, du secteur régulier, sont les plus vulnérables, dit-il. Il n’y a rien qui se passe. On demande au ministre Roberge de mettre de la pression pour que des solutions soient mises sur la table. »

 

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3 commentaires
  • Maurice Lachance - Abonné 28 août 2020 08 h 23

    Comparer les écoles?

    Quel mauvais choix de la part du Devoir de comparer la manière dont les entrées se sont vécues dans certaines écoles de Montréal. Des exemples simplistes et réducteurs. Votre ti-vidéo est loin d'être très professionnel.

  • Benoit Samson - Abonné 28 août 2020 08 h 40

    Les enfants québécois et la bulle-classe aux allures de ‘’balloune’’ du ministre Roberge.

    Les enfants québécois commencent leur participation dans le laboratoire vivant du ministre Roberge cette semaine. Comparativement à ceux des autres provinces qui respecteront les données de la science en portant le masque en classe, les enfants québécois ne le porteront pas dans leur bulle-classe d’une trentaine d’élèves. Alors qu’il reconnait comme tous l'efficacité du port du masque pour prévenir la contagion dans les écoles en l’obligeant, monsieur Roberge laisse tomber cette précaution quand les élèves entrent dans les salles de classe. Avant la fin de septembre, on verra le résultat de ce laboratoire en comparant les taux d’infection des cobayes involontaires des écoles du Québec avec celui enregistré dans les écoles des autres provinces dont les enfants porteront le masque en classe.

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 28 août 2020 11 h 37

    Un peu de positif

    Bravo au ministère et au personnel scolaire, excellente rentrée chez nous, 2 enfants excités par le retour à l'école, le plus vieux et ses amis amusés par leur masque au motif de pizza et de stangerthings, le plus jeune qui rigole et fait un highfive à sa prof à visière!
    Plus de cadenas sur les portes, de la vie dans la cour, des parents soulagés, enfin un semblant de normalité....
    Merci merci à tout les intervenants de tout les palliés!