Des toilettes hors d’usage à l'école Laurier ajoutent au stress des parents

Pour pallier l’absence de ses toilettes en rénovation, l’école Laurier a amputé une partie de sa cour de récréation pour y installer deux roulottes de toilettes mobiles, une solution déplorée par certains parents d’élèves.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Pour pallier l’absence de ses toilettes en rénovation, l’école Laurier a amputé une partie de sa cour de récréation pour y installer deux roulottes de toilettes mobiles, une solution déplorée par certains parents d’élèves.

En rénovation depuis plus de trois mois, les deux salles de bain principales de l’école Laurier, à Montréal, sont toujours hors d’usage. Des toilettes mobiles ont été installées à l’extérieur, une solution de rechange communiquée à la dernière minute qui ajoute un stress supplémentaire pour les parents, déjà fébriles.

« Ça n’a pas d’allure, surtout si ça reste comme ça jusqu’en novembre », lance Jacinthe Harnois, dont le fils est sur le point d’entamer sa deuxième année dans cette école du Plateau–Mont-Royal.

Elle a été surprise d’apprendre que la réfection des deux salles de bain au rez-de-chaussée de l’édifice n’était toujours pas terminée. La direction a informé les parents mercredi, moins de 24 heures avant la rentrée, sans avancer de date précise quant à la fin des travaux. « C’est tout le temps comme ça. On est toujours avisés à la dernière minute », laisse tomber Mme Harnois.

« On nous avait dit au dernier conseil d’établissement que ça allait être terminé pour la rentrée », renchérit Isabelle (nom fictif), mère de deux élèves, sous le couvert de l’anonymat par crainte de représailles.

Dans son message, daté du 19 août, la directrice de l’école, Isabelle Périard, indique que « les travaux devraient être complétés d’ici la fin de l’automne ». « C’est loin, très loin », réagit Jacinthe Harnois, qui s’explique mal pourquoi la période estivale n’a pas été suffisante pour achever les travaux.

Le chantier, d’abord mis sur pause en raison de la pandémie, a pu reprendre le 11 mai avec plusieurs contraintes pour éviter la propagation de la COVID-19, indique le Centre de services scolaire de Montréal (autrefois la Commission scolaire de Montréal).

« Nous profitons effectivement de l’été pour effectuer des travaux dans nos écoles, mais cette seule période ne suffit pas pour compléter tous les travaux à temps pour la rentrée », soutient le porte-parole du CSSDM, Alain Perron, dont l’organisation recensait cet été 176 chantiers touchant 137 écoles.

Toilettes mobiles

Pour pallier l’absence de ses toilettes en rénovation, l’école Laurier a amputé une partie de sa cour de récréation pour y installer deux roulottes de toilettes mobiles. Dans sa lettre envoyée aux parents, la direction assure que ces « blocs sanitaires » sont « pleinement fonctionnels », équipés de toilettes, d’urinoirs et de lavabos. Ils seront « surveillés », « régulièrement désinfectés » et les mesures de distanciation physique seront respectées. « Des fontaines d’eau temporaires seront aussi mises à la disposition des élèves », ajoute-t-on.

L’école promet « un corridor piéton couvert en cas de pluie ». Or, il n’y avait aucune trace de ce type d’installation lors du passage du Devoir en fin d’après-midi mercredi. Deux ouvriers s’activaient autour des roulottes, fixant notamment deux panneaux de bois au sol.

« L’école nous dit que quelqu’un va accompagner notre enfant à la toilette, mais ils vont les prendre où, ces gens-là ? Il n’y a déjà pas assez d’enseignants et d’éducateurs », note Jacinthe Harnois.

« Est-ce qu’ils vont laisser les enfants y aller tout seuls ? On n’a pas beaucoup d’information sur la façon dont ça va se passer. L’école nous a juste dit de prévoir plus d’eau que d’habitude », constate une mère de trois enfants, tous inscrits à l’école Laurier. Elle a préféré taire son nom pour éviter les ennuis.

« Sur les questions sanitaires, il n’y a pas de lien de confiance entre les parents et la direction », avance Isabelle, qui souligne que l’école a déjà connu par le passé des pénuries de savon et de papier dans ses classes.

« L’utilisation complémentaire de blocs sanitaires extérieurs a fait ses preuves dans le passé pour d’autres de nos chantiers », relève Alain Perron, du CSSDM, ajoutant que l’école Laurier compte des toilettes fonctionnelles sur ses étages.

Cour de récréation amputée

L’état de la cour de récréation inquiète aussi les parents contactés, alors que l’école déborde, avec plus de 550 élèves. Déjà « minuscule », sa superficie a été réduite, d’abord pour les besoins des travaux de rénovation — un conteneur ceinturé de clôtures a été installé —, et maintenant par les toilettes mobiles.

Pour respecter les mesures sanitaires, l’école a balisé les moments de récréation du matin et de l’après-midi. Les élèves d’un même groupe doivent s’amuser dans une zone spécifique de la cour.

« Toutes les classes ne rentrent pas dans la cour. J’imagine qu’il va y avoir une rotation d’horaire de récréation, mais on n’a pas eu d’information là-dessus », raconte Isabelle.

« Est-ce qu’on pourrait au moins avoir une date de quand tout ça va finir ? Il n’y aurait pas moyen de mettre les roulottes ailleurs que dans la cour ? », s’interroge la mère de trois enfants. Ses deux garçons ont besoin de lâcher leur fou, dit-elle, d’autant qu’ils seront tenus de rester assis à leur pupitre toute la journée.

À voir en vidéo