Les délais de dépistage, «le nerf de la guerre»

Alors qu’un cas soupçonné peut être confirmé en moins de 24 heures dans Lanaudière, ce délai peut atteindre trois jours en Outaouais, voire sept sur la Côte-Nord.
Photo: Catherine Legault Archives Le Devoir Alors qu’un cas soupçonné peut être confirmé en moins de 24 heures dans Lanaudière, ce délai peut atteindre trois jours en Outaouais, voire sept sur la Côte-Nord.

La rentrée scolaire se déroulera à armes inégales face à la COVID-19 dans certaines régions du Québec où le délai pour obtenir le résultat d’un test de dépistage de la COVID-19 est plus long qu’ailleurs. Alors qu’un cas soupçonné peut être confirmé en moins de 24 heures dans Lanaudière, ce délai peut atteindre trois jours en Outaouais, voire sept sur la Côte-Nord.

« Plus le délai pour avoir un résultat positif est long, moins on a de chance d’être capables de contrôler une éclosion, a affirmé en entrevue la pédiatre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine. Mettons que ça prend quatre jours, pendant ce temps-là, les autres qui sont encore asymptomatiques dans leur phase d’incubation risquent davantage de devenir présymptomatiques et de commencer à transmettre [la COVID-19]. Donc, on risque d’avoir une deuxième, une troisième chaîne de transmission avant de juguler l’éclosion. »

Sur la Côte-Nord, un rendez-vous pour passer un test de dépistage peut être donné le jour même ou le lendemain. Certains résultats sont transmis dans un délai de 24 à 72 heures lorsqu’il s’agit de tests urgents. Ceux qui le sont moins sont envoyés dans un laboratoire de Chicoutimi, ce qui peut allonger le temps d’attente jusqu’à cinq, voire sept jours pour obtenir le résultat. « Dans ce cas, le délai moyen d’obtention des résultats est plus long selon la date du prélèvement, la durée et les conditions du transport, a indiqué le porte-parole du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Côte-Nord, Pascal Paradis. Évidemment, dans certains secteurs comme à Fermont ou en Basse-Côte-Nord, les délais sont plus longs. »

« En même temps, je vous dirais qu’il n’y a à peu près pas de cas sur la Côte-Nord, donc présentement, les chances qu’un enfant qui a le nez qui coule ait la COVID sont à peu près de zéro, a nuancé la Dre Quach-Thanh. Si jamais il y avait une éclosion dans la communauté, c’est là où on aurait des problèmes. Présentement, si la probabilité pré-test est à zéro, même si on attendait huit jours, ça ne changerait rien parce que ce n’est pas [la COVID]. Si jamais on voit de la transmission communautaire, c’est à ce moment-là qu’il faut absolument qu’ils soient capables de tester rapidement sur place. »

En Outaouais, le délai pour passer un test de dépistage est de 24 à 48 heures et il faut compter 72 heures en moyenne avant de pouvoir connaître le résultat. Cette région compte 769 cas confirmés de COVID-19 depuis le début de la pandémie, ce qui est peu si l’on compare ce nombre avec les 29 622 cas recensés dans la région de Montréal ou même les 2127 cas en Mauricie-et-Centre-du-Québec. Reste que la possibilité qu’une école devienne un foyer d’éclosion lors d’une deuxième vague préoccupe des centres de services scolaires en Outaouais.

« C’est un facteur de vulnérabilité », a reconnu la directrice générale du Centre de services scolaire des Draveurs, Manon Dufour, en entrevue. « Mais le facteur de protection qu’on y a associé, c’est à l’intérieur des classes où il y a toutes les mesures sanitaires qui sont rigoureusement appliquées, et on l’a vécu lors de la première journée au printemps. »

Un élève qui s’était présenté à l’école lors de la reprise des classes en mai avait dû quitter les lieux quelques heures après son arrivée parce qu’un membre de sa famille venait d’apprendre qu’il avait été infecté par le coronavirus. L’élève a par la suite développé des symptômes, mais n’a pas transmis la maladie aux autres élèves ou aux enseignants étant donné qu’il s’était isolé à la maison.

Outre la distanciation physique, le port du masque dans certaines situations, la création d’une « bulle-classe » et le lavage des mains fréquent, le centre de services scolaire mise sur ses rencontres hebdomadaires avec la Santé publique de l’Outaouais pour garder la maîtrise de la situation. Le CISSS de l’Outaouais attend d’ailleurs l’arrivée d’un nouvel appareil de dépistage en septembre, qui fera passer sa capacité de 220 tests par jour à 1100 tests quotidiens.

C’est un facteur de vulnérabilité

 

L’Institut national de santé publique du Québec a récemment mis à jour son guide pour la gestion des cas de COVID-19 dans les services de garde et les écoles pour la rentrée. Il recommande entre autres aux enfants, aux parents et au personnel de ne pas se rendre sur les lieux s’ils pensent avoir été en contact avec un cas de COVID-19 et d’effectuer un isolement préventif de 14 jours lorsque les mesures de distanciation n’ont pas été appliquées à l’intérieur d’une classe.

« Le problème, c’est l’espèce d’équilibre entre si j’ai un cas soupçonné, est-ce que je le soupçonne vraiment, vraiment, vraiment fort ? Si oui, bien il faut juste retirer tout le monde en attendant le résultat. Mais si c’est juste un rhume, on va retirer plein de gens sans arrêt, a fait remarquer la Dre Quach-Thanh. La scolarisation va être très difficile à poursuivre. Donc, le nerf de la guerre, ça va être d’avoir des résultats rapides pour la Santé publique. »

Et, selon Manon Dufour du Centre de services scolaire des Draveurs, la capacité de basculer rapidement vers l’enseignement à distance lorsque des élèves devront demeurer à la maison.

À voir en vidéo