Des écrans de plexiglas dans les classes

Un peu partout dans le monde, l’utilisation d’écrans barrières s’impose en classe.
Photo: Oli Scarff Agemce France-Presse Un peu partout dans le monde, l’utilisation d’écrans barrières s’impose en classe.

À une semaine de la rentrée scolaire, les enseignants prennent la pleine mesure des défis qui les attendent. Maintenir la distanciation de deux mètres avec les élèves en classe sera difficile. Pour y arriver, certains installent des barrières de plexiglas à leur bureau ou rivalisent d’imagination pour fabriquer des écrans avec les moyens du bord.

Un rideau de douche transparent et des boyaux : c’est à partir de ces matériaux que Nathalie (prénom fictif) « patentera » l’écran barrière qui la séparera d’un élève au moment de la correction d’un exercice à son bureau. « Le plexiglas coûte une centaine de dollars et il n’est pas donné par l’école », explique l’enseignante d’une école primaire de Montréal, qui veut garder l’anonymat par crainte de représailles.

Pas question, pour Nathalie, de grever son budget de classe, d’environ 250 $, pour acheter du plastique de protection. « Mais il faut bien se protéger pour être là pour les élèves, dit Nathalie. Que va-t-il se passer si les enseignants tombent comme des mouches ? On est en pénurie. »

Ses élèves de 5e et de 6e année devront porter le couvre-visage dans les aires communes de l’école et dans le transport scolaire. Mais pas dans la classe, ce qui est « compréhensible », selon l’enseignante. Ils demeurent de potentiels vecteurs de la COVID-19, au même titre que les adultes, rappelle Nathalie.

Un écran barrière lui apparaît donc essentiel. « Les élèves vulnérables, qui ne comprennent pas [la matière], ont vraiment besoin de ces moments un à un, avec moi à mon bureau », estime-t-elle. Ils n’osent pas signifier leur incompréhension devant toute la classe.

Maintenir la distance

Selon les directives gouvernementales, les enseignants doivent maintenir, en tout temps, une distance de deux mètres avec les élèves, sauf au préscolaire (maternelle 4 et 5 ans). Lorsque c’est impossible, ils ont l’obligation de porter un couvre-visage (notamment lors des déplacements dans l’école).

« Objectivement, c’est facile de dire que les profs seront à deux mètres, il n’y aura pas de problème, dit Mélanie Hubert, présidente du Syndicat de l’enseignement de l’Ouest de Montréal. Mais je suis très sceptique au fait que dans une classe de 32 élèves au secondaire, le prof ait sa bulle de deux mètres et soit capable d’enseigner correctement et d’assurer une gestion de classe. »

C’est aussi l’avis de Chantal (prénom fictif), qui enseigne dans une école secondaire privée. « D’habitude, on circule entre les pupitres pour voir si les élèves travaillent bien », dit-elle.

Selon elle, le masque devra être imposé lors des cours de science en laboratoire. « Les gens ont constamment besoin d’aide, dit-elle. Je pense que tout le monde va avoir son masque [chez nous]. »

Il faut bien se protéger pour être là pour les élèves. Que va-t-il se passer si les enseignants tombent comme des mouches ?

 

Le ministère de l’Éducation ne l’exige toutefois pas. Au secondaire, les élèves seront tenus de porter un couvre-visage lors des déplacements hors des salles de classe, dans les espaces communs et en présence d’élèves n’appartenant pas à leur groupe-classe.

Quoi qu’il arrive, Chantal va prendre les grands moyens pour se protéger. Elle s’est procuré, à ses frais, des masques N95. « J’ai perdu mon père cet été et je représente l’unique vie sociale de ma mère », explique-t-elle. Elle ne veut pas l’exposer à la COVID-19, tout comme son conjoint, qui fait de l’embonpoint.

Bien des enseignants sont inquiets quant à leur sécurité, selon Éric Gingras, président du Syndicat de Champlain. Le sujet est au cœur des discussions avec les trois centres de services scolaire des membres qu’ils représentent, en Montérégie. « Pour le moment, deux centres de services nous ont dit qu’ils vont offrir des plexiglas aux enseignants qui le demandent », dit Éric Gingras.

Bien des questions demeurent néanmoins sans réponse. « Si un enseignant entre dans la bulle de deux mètres pour intervenir lors d’une bataille entre deux élèves, par exemple, est-ce que le masque de procédure va être offert ? » demande Éric Gingras, qui souligne que le couvre-visage en tissu, offert par l’employeur, est moins protecteur que celui-ci.

La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) partage les mêmes préoccupations. Dès vendredi, elle sondera l’ensemble de ses 49 000 membres au sujet des mesures sanitaires et de sécurité prévues dans les écoles pour la rentrée. « On veut permettre aux profs de réagir rapidement », dit le président Sylvain Mallette.

La FAE fera aussi appel à un expert pour déterminer si les directives gouvernementales respectent les règles de santé et sécurité au travail. « Québec s’est appuyé sur l’expérience printanière [pour mettre en place ces mesures], dit Sylvain Mallette. Or, le taux de fréquentation était de 40 % à 60 % dans les écoles ouvertes au printemps. »

Caroline a fait de l’enseignement à distance durant cette période. Elle sera forcée de retourner en classe la semaine prochaine, malgré son diabète non contrôlé. Sa demande d’exemption a été refusée. Une décision que conteste son syndicat. « Ça m’inquiète énormément, dit l’enseignante en maternelle. Avec les petits qui commencent l’école, il n’y a pas de distanciation possible. »

Au Centre de services scolaire de Montréal (autrefois la Commission scolaire de Montréal), 991 enseignants ont fait une demande d’exemption en raison d’une condition médicale. Sur ce nombre, 420 l’ont obtenue. Ceux qui ont essuyé un refus ne répondaient pas aux critères de l’Institut national de santé publique du Québec, indique le centre de services.

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8 commentaires
  • Benoit Samson - Abonné 20 août 2020 03 h 34

    Illogisme du ministère de la Santé

    Comment comprendre la logique du ministère de la santé du Québec qui d’une part reconnait à juste titre le risque de transmission du virus entre les professeurs et les élèves en leur demandant de porter un masque quand ils sont en groupe, mais qui ne l’exige pas dans les salles de classes dans lesquelles jusqu’à 30 d’entre eux pourraient être confinés à longueur de journée. Il relève de la pensée magique de croire qu’il n’y aura pas de contamination entre les élèves et leurs professeurs si les précautions efficaces que l’on reconnait devoir prendre quand on est en groupe ne sont plus respectées dans ces locaux.
    Les inquiétudes des enseignants sont justifiées et il est embarrassant qu’ils soient laissés à eux-mêmes pour confectionner des mesures pour se protéger.
    En n’obligeant pas le port du masque dans les salles de classe, le Québec risque la santé des enfants, des enseignants et des membres de leur entourage. Mais on se tire dans le pied en même temps puisqu’il est certain qu’à courte échéance on devra refermer les écoles dans lesquelles la contagion repartira à cause de la promiscuité des élèves sans masques et repartir à zéro une rentrée graduelle dans les écoles. C’est exactement ce qui est en train de se produire dans les lieux d’enseignements aux États-Unis où le port du masque n’est pas obligatoire quelques jours seulement après la réouverture

  • Alix Perrault - Abonnée 20 août 2020 10 h 39

    Les plexiglas sont une excellente idée. Ce serait bien aussi si chaque élève pouvait en avoir un écran de plexiglas comme l'a fait la Taïwan. Ce serait peut-être trop dispendieux.

    Il manquera probablement de professeurs dans les classes cet automne comme ça été à l'automne 2019. Les écoles devront utiliser des suppléants qui passeront d'une classe ou d'une école à l'autre. Les suppléants transporteront le virus de la covid-19 à divers endroits comme cela c'est produit dans nos CHSLD.

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 20 août 2020 10 h 56

    Enfin les enseignants mettent la main à la pâte et arrêtent d'attendre " des consignes claires", surtout dans la configuration et l'organisation de la classe et des lieux scolaires, il faut évidemment être surplace pour que ce soit efficace, c'est une sorte de cas par cas.

    Pour ce qui est du manque de logique à savoir pourquoi les élèves ne portent pas de masque en classe, et le risque de contagion sur le professeur.
    Et bien de tout évidence apprendre l'algèbre masqué pourrait en démotiver plusieurs, et le risque de contagion n'est pas plus éléver que bien des professions présentement.
    Le prof peut toujours porter le masque et la visière, demander au élèves de nettoyer 2 fois par jour les surfaces de la classe, mettre du purel obligatoire en classe plus le lavage de main, et il peut maintenir une distance.
    Il a été démontré que les jeunes manipulent et disposent de leur masque de facon inefficace alors le prof ne serait pas plus protégé, au contraire, d'autre mesure s'impose et elles ne doivent pas affecter la concentration des étudiants, c'est ça le plus important, la motivation de l'élève pas la paranoia de l'enseignant.
    On a des centaines de moniteurs de camp de jour qui viennent de passer 2 mois avec des groupes de 5iem et 6iem année sans distance avec des jeunes sans masque, dans la joie, sans bronché et sans cas de covid, pareil dans les garderies.
    Les enseignants me rendent dingue, ca sent le règlement de compte plus que la peur du covid.

    • wisner Joselyn - Abonné 20 août 2020 15 h 12

      "On a des centaines de moniteurs de camp de jour qui viennent de passer 2 mois avec des groupes de 5iem et 6iem année sans distance avec des jeunes sans masque, dans la joie, sans bronché et sans cas de covid, pareil dans les garderies". Désolé, Je suis dans la région de Gatineau et les médias locaux ont rapporté des cas de Covid-19 dans les camps de jour. Je suis d'accord avec l'idée de primer la concentration des élèves mais si les profs tombent malades ou doivent prendre soin de quelqu'un qu'ils ont rendu malade, on ne sera pas plus avancé. Il faut donc encourager les intitiatives des profs qui veulent se protéger au nom même de l'intérêt des élèves.

    • Benoit Samson - Abonné 20 août 2020 15 h 44

      Une récente étude aux États-Unis a montré que les enfants de deux ans et plus peuvent rapidement s'habituer à porter un masque et fonctionner avec cette protection. On en voit d'ailleurs par centaines de tous âges récemment dans les endroits publics, les épiceries et ailleurs. Des millions d'adultes le font depuis des décennies dans les salles d'opération et urgences de tous les hôpitaux du monde.
      Il faut espérer que les jeunes feront preuve de plus de responsabilité sociale et éthique que les bonzes des ministères du gouvernement du Québec en portant des masques en classe même quand cela n'est pas requis par soucis altruiste de protection de leurs collègues et professeurs. Belle leçon de responsabiltè sociale à infliger aux adultes imprudents qui ignorent les faits scientifiques sur les mécanismes de propagation de ce virus.
      Comme en Ontario le port du masque sera requis en classe, on pourra avant la fin de septembre comparer les deux groupes de ce laboratoire pour confirmer ce que l'on sait déjà, que le port du masque protégeait effectivement les élèves et leurs enseignants. Tristement les cobayes involontaires de ce groupe de contrôle seront les enfants québécois qui devront recommencer à zéro le retour en classe avec des mesures de protection plus sérieuses que celle annoncée pour ce premier essaie. Ne peut-on pas apprendre de l'exemple des autres ? C'est ce qui est en train de se passer aux États-Unis dans les institutionis d'enseignement trop timides ou simplement stupides pour refuser d'imposer le port du masque en classe.

  • Patrick Daganaud - Abonné 20 août 2020 12 h 01

    CONSTANCE DANS L'IMPROVISATION

    La problématique de la distanciation est sanitairement et pédagogiquement sérieuse.

    Enseigner à distance de deux mètres en présentiel est sans doute une mesure sanitaire essentielle.

    Par contre, sa mise en pratique tient de la pensée magique : il sera impossible pour les enseignants de ne pas assurer un soutien proximal pour aider leurs élèves à cheminer ou opérer leur évaluation formative.

    C'est ahurissant que l'on ne comprenne pas cela au ministère et que les enseignants aient à bricoler leurs mesures de protection!

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 20 août 2020 14 h 56

      Et quel est la solution d'après vous?
      Et pourquoi les enseignants ne seraient ils pas capable et content de disposer de leur système par eux même dans leur classe?

      Comme les restaurants, les cliniques, les salles d'attentes, chacun créer son système en fonction de l'espace, il faut être surplace, non?

  • Patrick Daganaud - Abonné 21 août 2020 03 h 22

    @ Daphnee Geoffrion

    Il n'y a strictement aucune raison pour que les employés de l'État en Éducation aient à défrayer les coûts des installations sanitaires requises, pas plus que les intervenants en santé n'ont à le faire.

    Ni à taponner dans la confection de leur protection-maison : ils ont d'autres tâches essentielles à accomplir.
    Ce ne sont pas des travailleurs autonomes gérant, chacun, sa petite entreprise.

    Trois motifs président à cette incurie ministérielle et gouvernementale :
    1-Même si le matériel informatique existe, la formation des enseignants en formation à distance en est encore à ses balbutiements;

    2-Les écoles sont devenus des garderies tant pour les jeunes du primaire que pour ceux du secondaire dont les deux parents travaillent : les parents ne veulent pas que les premiers se gardent seuls à la maison et les parents des seconds ne veulent pas les voir traîner dans les rues....

    3-Les mesures sanitaires ne sont assouplies que pour retourner les travailleurs sur le marché.

    Les solutions préventives n'ont pas été mises en place.
    Les enseignants n'ont pas été écoutés et ne le sont pas plus...