Retourner sur les bancs de… la maison

Charlotte Mercille Collaboration spéciale
Du vécu de certains, l’instruction à domicile ne demande pas autant d’heures que l’éducation en groupe. Après  quelques années d’expérience, un parent-professeur peut couvrir la matière du jour en l’espace d’une ou deux heures.
Jessica Hill Associated Press Du vécu de certains, l’instruction à domicile ne demande pas autant d’heures que l’éducation en groupe. Après quelques années d’expérience, un parent-professeur peut couvrir la matière du jour en l’espace d’une ou deux heures.

Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée scolaire

Alors que de nombreux parents ont tenu classe pour la première fois durant le confinement, d’autres ont choisi d’éduquer leurs enfants toute l’année. À quoi ressemble leur rentrée scolaire ? Quels éléments motivent leur décision ? Comment s’organisent-ils ? Rencontre.

COVID-19 ou pas, Takwa Souissi entamera sa 2e année d’enseignement à domicile avec ses 3 enfants dès septembre. « Mon calendrier est plus flexible que celui des établissements scolaires, mais j’aime toujours souligner cette “non-rentrée” par un pique-nique avec d’autres élèves à la maison ou en achetant un nouveau pyjama aux enfants », explique-t-elle, rieuse.

Son aînée commence la 2e année du primaire, la cadette, la maternelle,et le plus jeune, âgé de 2 ans, s’amusedéjà à apprendre avec ses sœurs.La jeune mère de famille partage d’ailleurs ses trucs et astuces sur sa chaîne YouTube, « Watering Souls », qui compte plus de mille abonnés.

Des horaires flexibles

Pour Paul de Tourreil, c’est la pandémie qui l’aura fait pencher vers l’école à la maison pour la première fois avec son fils de 8 ans, Merlin. Le père s’est dit inspiré par son ami Ian Rogers, un professeur de cégep qui a instruit sa fille jusqu’à la fin du cycle secondaire. Selon lui, l’instruction à domicile ne demande pas autant d’heures que l’éducation en groupe. Après quelques années d’expérience, un parent-professeur peut couvrir la matière du jour en l’espace d’une ou deux heures, entre autres parce que l’enseignement est très personnalisé.

Cette flexibilité a aussi immédiatement plu à Takwa Souissi : « On passe plus de temps en famille et je peux adapter le matériel à leur rythme d’apprentissage », affirme-t-elle. Les matières apprises s’incorporent si bien dans le quotidien qu’elle a de la difficulté à quantifier le nombre d’heures passées à enseigner. Elle estime tout de même qu’elle passe deux heures par jour, quatre fois par semaine, en « classe » avec ses enfants.

De 2000 à 8000
C’est le nombre d’enfants et adolescents qui sont scolarisés à la maison, selon le ministère de l’Éducation du Québec (40% des parents ne déclareraient pas la situation auprès des autorités scolaires, bien qu’ils soient tenus de le faire). Selon l’AQED, il y aurait même une augmentation de près de 10% du nombre de parents désireux d’enseigner à domicile par rapport à l’an passé.

Fils de professeurs, Paul a perpétué la tradition en donnant des ateliers de théâtre et en enseignant les arts martiaux aux jeunes. Il s’est doncsenti particulièrement outillé pour devenir le mentor de son fils. « À 8 ans, [la matière] n’est pas de laphysique quantique, ma responsabilité consiste surtout à lui insuffler le goût d’apprendre, à l’aider à apprendre et à lui donner le sens de l’autonomie », croit-il.

Chez les Souissi, la pandémie a somme toute peu ébranlé la routine. Or, la mère-enseignante redoute une baisse d’occasions sociales si les mesures de distanciation se prolongent jusqu’à l’hiver, quand les enfants ne pourront plus retrouver leurs amis dehors.

Cela dit, l’école au foyer ne rime pas avec rester chez soi en tout temps. Au contraire, Takwa dit avoir dû couper plusieurs activités sociales pour éviter d’épuiser le clan. Les jeunes pratiquent des sports d’équipe et participent à un club de théâtre avec d’autres élèves instruits à la maison. « C’est moins naturel que dans une classe, il faut créer ces moments de socialisation hors des heures de cours, mais c’est tout à fait possible de développer des liens forts », estime Takwa.

Paul compte de son côté inscrire Merlin aux activités de La Cabane, un organisme voué à soutenir les parents-professeurs. Entre trois et cinq jours par semaine en plein air, les enfants expriment aux moniteurs sur quelle matière ils désirent se pencher (univers social, mathématique, écologie, etc.) et entreprennent ainsi différents projets avec les superviseurs pendant que leurs parents se ressourcent ou travaillent.

Que dit la loi ?

La Loi sur l’instruction publique stipule que les parents qui désirent enseigner à la maison doivent avertir le ministère de l’Éducation et leur commission scolaire (désormais centrede services scolaire) avant le 1er juillet de chaque année. Ils doivent par la suite présenter un plan d’apprentissage et organiser plusieurs rencontres de suivi avec le ministère de l’Éducation. Les enfants sont enfin soumis à des épreuves standardisées pour s’assurer qu’ils apprennent au même rythme que leurs pairs dumême âge. Takwa travaille à cet effet avec une orthopédagogue et prépare trois bilans par année. Leur rédaction se révèle parfois prenante, mais la mère de famille s’estime bien appuyée et écoutée par le personnel ressource du ministère au moment de présenter le plan de cours, ainsi que par l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED).

Trucs et astuces pour l’école à la maison

Ajustez le modèle classique éducatif à votre réalité 

Nul besoin de créer un horaire identique à celui de l’école chez soi. Certes, Takwa Souissi préconise les cours magistraux pour les matières comme le français et les mathématiques, mais d’autres sujets comme les arts, les sciences et l’univers social sont abordés de manière plus informelle, dans le cadre de sorties au musée, de visionnement de documentaires, de cercles de discussion ou d’activités en plein air.

 

Évitez de vous comparer au voisin 

Avec les médias sociaux, il est plus facile que jamais d’envier le matériel scolaire impeccable et les enfants sages comme des images de nos pairs enseignants. Takwa conseille plutôt d’acheter graduellement le matériel nécessaire selon les besoins des élèves.
 

Documentez-vous sans relâche

Il existe de nombreuses ressources pour se familiariser avec les différents modèles existants de l’école à la maison. L’AQED, l’Association québécoise pour l’éducation à domicile, regorge d’ailleurs de pistes pour les futurs professeurs.Takwa puise aussi beaucoup de soutien et d’inspiration sur le site Web d’Alloprof.