Québec garde le cap sur la maternelle 4 ans

Marco Fortier Collaboration spéciale
Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, son bureau de Montréal
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, son bureau de Montréal

Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée scolaire

Le retour en classe accapare « les journées et une partie des nuits » du ministre de l’Éducation et de son équipe depuis plusieurs semaines,mais d’autres chantiers continuent deprogresser. Quelque 350 nouvelles classes de maternelle 4 ans ouvriront ainsi comme prévu cet automne malgré la pandémie.

Près de 12 000 élèves fréquenteront un des 1010 groupes de maternelle 4 ans à compter de la semaine prochaine, confirme le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, dans une entrevue avec Le Devoir à son bureau de Montréal.

Sans faire de bruit, Québec s’apprête aussi à dévoiler le programme amélioré du cycle préscolaire, qui met à jour la formation offerte en maternelles 4 ans et 5 ans. La mise en place des conseils d’administration des nouveaux centres de services — qui remplacent les défuntes commissions scolaires — se fera aussi d’ici le 15 octobre.

« On m’a demandé récemment : “Est-ce que tout est sur pause, vous faites juste gérer la COVID ?” C’est sûr que nos journées et une partie de nos nuits, c’est pour gérer la rentrée, s’assurer que ça se passe bien, de façon sécuritaire […] mais il reste qu’on a mis des jalons dans les 18 premiers mois, on a lancé des changements importants qui ont ralenti, mais qui n’ont pas arrêté », dit Jean-François Roberge.

Garder le cap

Malgré tous les obstacles que l’on connaît, le gouvernement Legault garde ainsi le cap sur sa promesse phare d’offrir la maternelle 4 ans de façon universelle, et non plus uniquement dans les milieux défavorisés.

La pénurie de personnel et de locaux n’empêche pas le déploiement du programme : « On part des demandes des centres de services [qui ont les enseignants et les espaces nécessaires]. Je ne peux qu’accepter les demandes qui me sont formulées », dit le ministre Roberge.

Selon les données préliminaires du ministère, en février, 28 classes de maternelle 4 ans seraient créées dans l’île de Montréal. Une augmentation par rapport à l’an dernier : une demi-douzaine de classes-groupes avaient été créées dans les écoles francophones de la métropole, faute de personnel et de locaux.

Le nombre de groupes est appelé à augmenter dans l’île au cours des prochaines années, car les projets de construction ou d’agrandissement d’école sont conçus en fonction de l’offre de maternelles 4 ans, rappelle le ministre de l’Éducation. À Montréal et ailleurs, toutes les classes de maternelle 4 ans offertes à ce jour sont situées dans des locaux existants.

Fait à noter, le réseau scolaire anglophone, qui a généralement un surplus de locaux, notamment à Montréal, obtient cet automne 60 nouvelles classes de maternelle 4 ans.

Le ministre Roberge reconnaît que les projets de rénovation, d’agrandissement et de construction d’école ont été ralentis à cause de la pandémie. L’été est normalement la haute saison des travaux, en l’absence des élèves. Au moment de notre entrevue, il ne pouvait faire le bilan des travaux effectués ou retardés depuis le déconfinement des activités de construction, au mois de mai.

Une école à réhabiliter

Le ralentissement des chantiers dû à la COVID n’a rien à voir avec la fermeture partielle de l’école secondaire Sophie-Barat, rappelle le ministre. Une partie du pavillon principal de cette école secondaire du nord de Montréal a été fermée de toute urgence, la semaine dernière : la structure risque de s’effondrer à cause de la présence de failles dans des murs porteurs.

Québec étudie un projet de réfection de 106 millions de dollars du bâtiment patrimonial, qui date de 1858. La demande du Centre de services scolaire de Montréal ne fait cependant pas mention des failles dans des murs porteurs, qui n’ont été découvertes qu’au cours de l’été.

Jean-François Roberge assure que le projet de rénovation est « une priorité » pour son ministère. « Le dossier va être sur le dessus de la pile. L’argent est là. Il faut juste que le centre de services dépose un projet qui tient compte des nouvelles informations [sur l’état de la structure] », dit-il.

 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Une partie du pavillon principal de l’école secondaire Sophie-Barat a été fermée d’urgence à la mi-août parce que le bâtiment risque de s'effondrer. 

Des retards dans un autre dossier, celui de l’agrandissement de la même école, sont toutefois dus à l’ancienne Commission scolaire de Montréal (devenue un centre de services en juin), selon lui.

Québec avait accordé 30 millions en 2018 pour remettre à niveau un bâtiment en ruine situé sur le terrain de l’école Sophie-Barat. La CSDM atoutefois « perdu beaucoup de temps », notamment en lançant un concours d’architecture pour le projet, souligne le ministre. Le concours d’architecture a finalement été abandonné et l’appel d’offres est en préparation, selon le centre de services.

« Là-dessus, la CSDM a été dure à suivre, il faut que je le dise. Je pense que cette décision-là [de retarder le projet, notamment pour le concours d’architecture], c’était une mauvaise décision. On manque de locaux sur l’île de Montréal, alors quand tu te fais donner 30 millions pour agrandir et que tu as le terrain, bien tu prends les 30 millions et tu agrandis ! » lance le ministre de l’Éducation. Il dit être encouragé par les décisions récentes du centre de services dans la gestion des chantiers scolaires.