La nécessité de s’adapter pour la rentrée

Leïla Jolin-Dahel Collaboration spéciale
Le 10 août dernier, le ministre Roberge a dévoilé son plan pour la prochaine rentrée dans les écoles de la province.
Photo: Tobias Schwarz Agence France-Presse Le 10 août dernier, le ministre Roberge a dévoilé son plan pour la prochaine rentrée dans les écoles de la province.

Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée scolaire

À la suite des mesures annoncées par le gouvernement, des experts insistent sur la nécessité de s’adapter afin de faciliter la prochaine rentrée scolaire. Ils mettent également en garde contre le stress que pourrait engendrer le retour en classe.

Pour Julie Myre Bisaillon, professeure titulaire à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke, il est nécessaire de cesser d’aborder la rentrée scolaire différemment des années précédentes afin qu’elle se passe de façon harmonieuse. « [Les élèves] ne peuvent pas être en retard ; tout le monde a été arrêté », souligne-t-elle.

Mme Myre Bisaillon recommande autant aux parents qu’aux enseignants d’éviter d’accentuer la pression sur les enfants. « Je pense que ça va être important de dire où on en est et de partir de là […]. Et on devra peut-être faire avec ça et dire “allons à l’essentiel” », espère-t-elle.

Marie-France Marin, professeure au Département de psychologie à l’UQAM abonde dans ce sens. Elle appelle à l’« indulgence » pour que professeurs, élèves et parents travaillent de pair. « Tout le monde est en apprentissage : les jeunes comme les profs sont stressés et ils font de leur mieux », constate-t-elle.

Retour en classe

Les deux expertes se réjouissent cependant du retour en classe des élèves en septembre, après avoir terminé leur dernière année scolaire en étudiant à la maison.

« Nos enfants ont hâte de retourner à l’école. Il y a un besoin de socialisation pour nos ados sur les plans socioaffectif et psychologique », croit Mme Myre Bisaillon.

Même son de cloche chez Mme Marin, qui estime que la présence des élèves en classe bénéficiera également aux parents, qui ont dû conjuguer leurs tâches parentales et le télétravail au printemps dernier. « À un moment donné, ça devient extrêmement difficile de jongler avec toutes les balles en même temps sans en échapper », souligne-t-elle.

Des mesures suffisantes ?

Si Mme Myre Bisaillon salue la décision du ministre d’élargir le concept de « bulle » à une classe entière plutôt que de la restreindre à cinq ou six enfants, elle déplore le flou qui, selon elle, demeure quant au soutien aux enseignants. « Comment va-t-on faire cette rentrée-là pour soutenir nos enseignants qui ont vécu un printemps difficile ? Ça, c’est la grande question », souligne-t-elle.

« On a plus de structure que ce qu’on a vu au printemps », croit pour sa part Marie-France Marin. « Au printemps, on se rendait compte que les écoles faisaient un suivi extrêmement serré avec les jeunes alors qu’à d’autres écoles, c’était à la “va-comme-je-te-pousse” », dit-elle.

Selon elle, il est primordial que les enseignants arrivent à maîtriser leur anxiété. « Plus les profs vont être stressés, plus les enfants vont être stressés, plus tout ça va augmenter », prévient-elle.

Un équilibre entre santé et sécurité

Le 10 août dernier, le ministre Roberge a dévoilé son plan pour la prochaine rentrée dans les écoles de la province. Masques obligatoires à partir de la cinquième année et protocole en cas d’éclosion de coronavirus figurent entre autres parmi les mesures annoncées par le gouvernement.

Selon Mme Myre Bisaillon, la gestion d’un cas d’éclosion dans une école ne pourrait être « pire qu’au printemps » dernier, car la population a déjà vécu l’expérience d’un premier confinement.

Pour elle, la clé d’un retour en classe équilibré réside dans le fait de porter attention « aux insécurités de chacun ». « Il ne faut pas passer sous silence ces insécurités-là, il faut accompagner [les gens], puis je pense qu’il faut faire confiance à chacun se de dire qu’on reste en temps de pandémie, mais qu’il faut recommencer à vivre, petit à petit », plaide-t-elle.

Il ne faut pas non plus « grossir le problème », prévient Mme Marin. « La majorité des stresseurs par rapport à la COVID-19, présentement, sont dans notre tête, constate-t-elle. Il faut que la vie continue. Et j’ai l’impression qu’il y a bien des gens qui ont de la difficulté avec ça. Mais le risque zéro n’existe pas. »

La rentrée en bref

• Tous les élèves à partir de la cinquième année du primaire devront porter le masque durant leurs déplacements, dans les espaces communs à l’école et durant le transport scolaire. Ils pourront l’enlever en classe.

 

• Tout le personnel scolaire devra porter un couvre-visage, sauf en classe.

 

• Les élèves resteront dans la même classe. Ce seront les professeurs qui se déplaceront selon les matières.

 

• Les élèves ne prendront pas tous leur récréation en même temps. Le masque ne sera pas obligatoire dans la cour extérieure.

 

• Un élève qui présente des symptômes de COVID-19 sera isolé dans une pièce avec un membre du personnel scolaire, en attendant qu’un parent vienne le chercher. La pièce sera ensuite nettoyée, désinfectée et ventilée.

 

• En cas d’infection, les parents de l’élève malade et le personnel scolaire devront noter les contacts étroits que l’enfant a eus avec d’autres personnes. Ces dernières devront ensuite aller passer un test de dépistage.

 

• Les élèves en attente du résultat d’un test ou en isolement à la maison recevront une aide pédagogique à distance.

 

• La recommandation de fermer une classe ou une école en cas de foyer d’éclosion reviendra aux responsables régionaux de santé publique.

 

• En cas d’éclosion, il sera possible de fermer seulement une classe, sans fermer toute l’école, durant deux ou trois semaines. Les élèves touchés recevront un enseignement à distance durant cette période.

 

• Une réserve d’urgence de 30 000 appareils informatiques a été mise sur pied par Québec pour garantir la qualité de l’enseignement à distance, peu importe la situation.

 

• En raison de la multiplication des cours optionnels qui complique le principe de garder les élèves au sein d’un même groupe, les étudiants de quatrième et de cinquième secondaire apprendront de la maison certains jours.