Plus de travail et plus de stress pour les professeurs d'université

Pour le tiers des professeurs d'université sondés, la charge de travail a augmenté «d’au moins dix heures de plus par semaine» depuis le début de la pandémie. 
Photo: Getty Images/iStockphoto Pour le tiers des professeurs d'université sondés, la charge de travail a augmenté «d’au moins dix heures de plus par semaine» depuis le début de la pandémie. 

Rapidité de la transition vers l’enseignement à distance, difficultés à mener leurs recherches, conciliation travail-famille, inquiétudes sur la qualité de l’enseignement et niveau de stress beaucoup plus élevé… À travers le pays, le travail des professeurs d’université a été chamboulé depuis le début de la pandémie alors que la charge de travail a augmenté de façon considérable, révèle un nouveau sondage.

Bombardée de questions en lien avec les « innombrables problèmes » vécus par les enseignants dans les universités canadiennes au printemps dernier, l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU) a procédé à une collecte de données participatives entre le 13 mai et le 12 juin pour connaître les effets de la pandémie sur la charge de travail, l’enseignement, la recherche et la santé mentale. Plus de 4300 membres du personnel enseignant répartis dans toutes les provinces ont pris part au sondage. Comme la collecte était participative, les résultats ne peuvent être appliqués à la totalité du personnel enseignant du Canada, mais « ils donnent une bonne idée de ce que vivent les personnes qui ont répondu », précise l’association dans son rapport.

« Le rapide passage à l’enseignement à distance a entraîné une charge de travail plus lourde pour un grand nombre de répondants », démontre le sondage. Pour le tiers d’entre eux, la charge de travail a augmenté « d’au moins dix heures de plus par semaine ». La principale raison évoquée est liée au « soutien additionnel demandé par les étudiantes et étudiants et la transition vers l’enseignement à distance ».

Ainsi, enseigner à distance a posé des difficultés à bon nombre d’enseignants. Les principaux problèmes relevés par les professeurs sont l’absence d’interactions directes avec les étudiants et les problèmes technologiques.

Dans ce contexte, il n’est donc pas étonnant de voir que 68 % des professeurs sondés s’inquiètent pour la qualité de l’enseignement.

Recherche

Il n’y a pas que l’enseignement qui préoccupe les professeurs d’université. La recherche, qui fait partie de leur contrat et sur laquelle ils sont évalués, a également « beaucoup souffert » de la situation.

« Deux membres des corps enseignant ou professoral sur trois ont ralenti ou stoppé leurs travaux de recherche. Ils évoquent notamment l’impossibilité d’assister à des conférences, les soins à des personnes à charge, l’impossibilité d’accéder aux laboratoires ou aux bureaux, l’impossibilité de rencontrer les gens en personne et la charge de travail supérieure du côté de l’enseignement. »

Le document précise que des membres du personnel enseignant se demandaient s’ils pouvaient renégocier les conditions de leurs bourses de recherche, s’ils devaient euthanasier les animaux de laboratoire ou s’il était possible de ne pas tenir compte de cette période dans les évaluations de rendement pour la permanence ou les promotions parce qu’avec les enfants à la maison et le travail supplémentaire que représente l’enseignement à distance, ils n’ont pas le temps d’avancer dans leur recherche.

Stress

Le sondage révèle également que le niveau de stress a augmenté de façon spectaculaire chez les enseignants. Ainsi, 84 % des répondants affirment avoir un niveau de stress « plus élevé ou beaucoup plus élevé ». La pandémie mondiale est en elle-même une source de stress, tout comme la conciliation travail-famille et la difficulté d’enseigner et d’avancer dans leurs recherches.

Face à tous ces défis, les enseignants aimeraient avoir davantage de soutien. Ils demandent des services de garde d’enfants, un meilleur accès à des services en santé mentale et un service de dépannage technologique.

« Plus de trois répondants sur quatre pensent qu’ils auront une plus grosse charge de travail à l’automne parce qu’ils doivent adapter leurs cours au format en ligne, peut-on lire dans le rapport. Ils sont nombreux à avoir demandé une réduction de la taille des classes et de la charge d’enseignement, le recrutement d’un plus grand nombre de professeurs adjoints et un meilleur soutien administratif. Parmi les autres besoins signalés figurent l’accès aux bibliothèques et aux archives et une meilleure communication de la part des établissements. »

Malgré tous ces défis, seul un répondant sur dix dit s’inquiéter de la capacité de son établissement à se relever des conséquences de la COVID-19. En Alberta, le niveau d’inquiétude grimpe à 27 %, alors qu’au Québec, il n’est qu’à 4 %. « C’est au Québec qu’on note le plus haut niveau de confiance dans la capacité des établissements à s’en remettre », précise le document.

Réalité terrain

Le résultat du sondage ne surprend guère Audrey Laplante, présidente du Syndicat général des professeurs et professeures de l’Université de Montréal (SGPUM). « C’est tout à fait conforme avec ce que nous ont rapporté nos membres », explique l’enseignante en sciences de l’information.

Elle note par ailleurs qu’il y avait un double discours entre le message officiel que l’on entendait partout : « faites ce que vous pouvez, prenez soin de vous » et les attentes en termes de prestation de travail qui étaient les mêmes.

C’était d’autant plus difficile pour les jeunes professeurs qui ont des enfants à charge et les femmes, qui ont beaucoup moins publié pendant cette période, ce qui risque d’avoir un impact important sur leur carrière, précise la présidente, également mère de deux enfants.

Même si le sondage a été mené au printemps dernier, Audrey Laplante estime que ses résultats sont encore valables. « On appréhende que ce qui était vrai cet été risque toujours de l’être à l’automne », conclut-elle.

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1 commentaire
  • Patrick Daganaud - Abonné 19 août 2020 00 h 52

    UN PETIT SÉJOUR DANS LA VRAIE VIE....

    Navré, mais les propriétaires autoconsacrés et sacralisés des hauts savoirs ne feront pas pleurer.

    Leurs conditions d'exercice professionnel et salariales en temps de pandémie ne fera gémir qu'eux-mêmes.

    Par ailleurs, le système incorporé de consécration par la recherche mériterait une révision en profondeur tant il provoque d'effets pervers, au-delà de la marchandisation des savoirs.

    La caste est ébranlée : tant mieux!
    Cela va la faire réfléchir...