Des enfants exclus des services de garde malgré un test négatif

L’Association québécoise des centres de la petite enfance dit avoir indiqué aux autorités qu’elle souhaite qu’un «protocole clair» soit instauré.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir L’Association québécoise des centres de la petite enfance dit avoir indiqué aux autorités qu’elle souhaite qu’un «protocole clair» soit instauré.

À près d’une semaine de la rentrée scolaire, des parents s’inquiètent de voir leurs enfants exclus de l’école ou du service de garde au moindre toussotement. Leurs jeunes se sont vu refuser l’accès à un CPE ou à un camp de jour dernièrement, en raison d’une toux, et ce, en dépit d’un test pour la COVID-19 négatif.

« Ça va être quoi quand l’école va ouvrir ? » se demande Joey Vitale, dont le fils de 5 ans ne peut retourner au CPE parce qu’il tousse.

Mathéo, 5 ans, souffre d’allergie saisonnière. Il est en attente d’une consultation au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, à Montréal, pour un problème d’asthme. « Il a toujours une petite toux sèche », dit son père.

À la demande du CPE, l’enfant a passé la semaine dernière un test de dépistage de la COVID-19, qui s’est révélé négatif. « Mais le CPE m’a dit que s’il tousse encore, il faut le garder à la maison », dit Joey Vitale, qui habite à Saint-Roch-de-l’Achigan, près de Mascouche.

Joey Vitale ne remet pas en cause la direction du CPE, qui prend bien soin de son fils et dit suivre les directives de la Santé publique. « J’ai une conscience sociale, dit-il. Il faut protéger les plus vulnérables. Mais si on est pour ouvrir les écoles et les CPE, ça prend des directives vraiment claires. On dirait que ça laisse trop de place à l’interprétation. »

Heidi Garand le croit aussi. Ses deux filles ont eu un rhume il y a deux semaines. L’une a eu un mal de gorge durant trois jours, l’autre, de la fièvre, de la toux et de la congestion nasale. Elles ont passé le test de dépistage. Négatif. Peu de temps après, le petit dernier, un bébé, est lui aussi tombé malade.

Photo: Adil Boukind Le Devoir Heidi Garand, mère de trois enfants, demande à la Santé publique d’établir des directives claires.

« Je ne savais pas si les filles pouvaient retourner dans leur service de garde en milieu familial [étant donné que le bébé était malade], dit Heidi Garand. L’éducatrice et moi avons appelé le 811, le ministère de la Famille, le bureau coordonnateur [des services de garde] et la Santé publique. Tout le monde nous disait des choses différentes. »

L’éducatrice a finalement statué : impossible pour les deux sœurs de retourner au CPE si le bébé présente des symptômes, même si le test de ce dernier est négatif.

Avec la saison des rhumes et de la grippe qui approche, Heidi Garand craint maintenant le pire. « Le scénario qui m’inquiète, c’est les trois enfants malades qui se succèdent cet automne, dit la mère actuellement en congé de maternité. Je ne vais jamais être capable de recommencer à travailler cet hiver. »

Des directives à éclaircir

Dans un courriel, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) indique qu’un enfant dont le test de dépistage de la COVID-19 est négatif « pourra revenir au SGÉE [services de garde éducatifs à l’enfance] 24 heures après la disparition des symptômes », comme le recommande l’Institut national de santé publique du Québec.

La Dre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine, croit que le MSSS doit « préciser » cette directive. « Si le test de COVID est négatif et qu’il a été fait 24 à 48 heures après le début des symptômes [pour éviter les faux positifs], il faut que les services de garde gèrent [la situation] comme un rhume », juge-t-elle. À condition, souligne-t-elle, que les enfants soient capables de suivre les activités du groupe et ne fassent plus de fièvre.

L’Association québécoise des centres de la petite enfance dit avoir indiqué aux autorités qu’elle souhaite qu’un « protocole clair » soit instauré. « Par exemple, le protocole doit aussi tenir compte de la réalité des tout-petits, à savoir la possibilité des maux habituels de l’enfance comme les rhumes, les poussées de dents, etc. », précise sa directrice générale, Geneviève Bélisle.

Les symptômes à surveiller

L’enfant doit demeurer à la maison s’il présente un ou plusieurs symptômes parmi ceux-ci :

• Apparition ou aggravation d’une toux

• Fièvre (température rectale de 38 °C et plus)

• Perte soudaine de l’odorat sans congestion nasale, avec ou sans perte de goût

• Difficulté respiratoire

• Un symptôme général (douleurs musculaires, mal de tête, fatigue intense ou perte importante de l’appétit)

• Mal de gorge

• Diarrhée

 

Source : Gouvernement du Québec

À Montréal, la Direction régionale de la santé publique a récemment précisé les critères d’exclusion et de réintégration en service de garde, d’après un document envoyé aux CPE, dont Le Devoir a pu prendre connaissance. Une note qualifiée d’« importante » se penche sur la question de la toux résiduelle.

« La direction de la Cellule des milieux de garde de la Direction générale de la santé publique de Montréal a pris position à l’effet qu’une personne qui a présenté de la toux (+ /- d’autres symptômes) et qui a eu un test négatif et qui n’a plus aucun autre symptôme qu’une légère toux résiduelle depuis au moins 24 heures pourrait alors réintégrer le service de garde », est-il écrit.

Catherine Mathys, elle, a bien hâte de voir comment se déroulera la rentrée dans les écoles. Ses triplés de 7 ans ont dû passer un test de dépistage récemment, en raison d’une toux. « J’ai trois petits prématurés, qui ont eu des soucis respiratoires à la naissance, dit-elle. Les rhumes chez moi, ça s’accompagne toujours d’une petite toux et ça dure des semaines, parce qu’ils ont cette condition asthmatique. »

Malgré un test négatif, la fratrie n’a pu regagner son camp de jour, situé à Longueuil. « J’ai trouvé ça dommage, et inquiétant à la lumière de la rentrée qui approche, parce que je me dis : mon Dieu, au moindre symptôme, je vais devoir retirer mes enfants de l’école, et qu’est-ce qu’ils vont pouvoir apprendre durant l’année ? » dit Catherine Mathys.

Dans un pense-bête sur la COVID-19 diffusé sur le site des centres de services scolaires (autrefois les commissions scolaires), on signale que les enfants présentant des symptômes d’allure grippale, mais n’ayant pas le coronavirus pourront réintégrer leur classe 48 heures après la fin de la fièvre (sans la prise de médicaments) et 24 heures après une « amélioration significative des autres symptômes ».

Reste à voir comment les établissements interpréteront l’expression « amélioration significative des autres symptômes ».

Bilan du jour

Le nombre de nouveaux cas de COVID-19 signalés au Québec était en baisse, lundi, avec 55 cas rapportés. Il s’agit donc d’une quatrième journée d’affilée avec moins de 100 cas sont rapportés par le ministère de la Santé. Le total des cas s’élève maintenant à 61 206. Aucun nouveau décès n’est survenu dans les 24 dernières heures, mais on ajoute un décès survenu entre le 10 et le 15 août, pour un total de 5721. Le nombre d’hospitalisations a diminué de quatre comparativement à la veille, pour un total de 145. Le nombre de patients se trouvant aux soins intensifs est quant à lui demeuré stable, à 25. Pour l’ensemble du Canada, on rapporte 122 241 cas confirmés de COVID-19. La Presse canadienne
 

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4 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 18 août 2020 05 h 55

    La santé publique....

    Est en train de rendre le monde complètement fou. À force de vouloir protéger les enfants vulnérables vous allez vider les classes, les garderies et il ne restera que les vulnérables pour aller à l'école

  • Denise Bouchard - Abonné 18 août 2020 08 h 20

    Le COVID et ses dérives.......

    Récemment, une jeune maman de mon entourage a voulu consulter le médecin de son enfant de 14 mois à l'Unite de médecine familiale d'un hôpital universitaire de Montréal pour de la fièvre, des douleurs aux oreilles.
    La consultation lui fut refusée et elle fut orientée pour que son enfant passe un test COVID........
    Démarches faites, test négatif et bienveillance d'un médecin qui reçu l'enfant à son bureau, et tel qu'évident il lui offrit les bons soins pour une otite, mais 2 jours plus tard et anxiété en prime pour une jeune maman qui prend soin de son premier enfant. Elle eut la sagesse de répondre aux premiers " soignants" consultés: " Si vous refusez mon enfant, vous pourriez d'emblée annoncer que vous ne recevez plus de jeunes enfants,"
    Et j'ajouterais, quel bel exemple à donner à de futurs soignants de discrimination clinique et de bienveillance.....Ah, le COVID et ses dérives.......

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 18 août 2020 11 h 36

    Dawn if you do, dawn if you don't...
    Psyco rigidité et attente individuelle irréaliste..beaucoup de parents manquent de jugement dernièrement.
    Le Covid est une réalité qui nous dépasse tous, une contagion invisible qui tue, mais la population semble penser qu'il y a une façon simple et efficace de l'éviter et que c'est le gouvernement qui s'y prend mal.
    Mais non, pour encore un bon 2 ans, le cas par cas est impossible car nous sommes dans une situation exceptionnelle et le risque est toujours proche, le personnel ne peut se permettre d'erreur.

  • André Nickell - Inscrit 18 août 2020 12 h 03

    Cette attitude paranoiaque apporte de l'eau au moulin des complotistes

    De tels comportements paranoiaques apportent de l'eau au moulin des complotistes.