Les universités inquiètes à l’idée de campus vides

En plus d’avoir un impact sur l’apport culturel et le métissage, l’absence des étudiants étrangers se fera sentir sur le campus, alors que ce sont eux qui comblent une grande partie des emplois étudiants.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir En plus d’avoir un impact sur l’apport culturel et le métissage, l’absence des étudiants étrangers se fera sentir sur le campus, alors que ce sont eux qui comblent une grande partie des emplois étudiants.

L’absence de nouveaux étudiants étrangers dans les campus du Québec cet automne inquiète les universités. À la merci du gouvernement fédéral qui est le seul à pouvoir rouvrir les frontières, les administrations doivent rivaliser de créativité pour garder leurs étudiants et pallier les pertes.

« C’est sûr que la donne va changer », a soutenu Marie-Karlynn Laflamme, directrice des communications à l’Université du Québec à Chicoutimi. Bon an mal an, son université reçoit 1500 étudiants internationaux, soit 25 % de sa population étudiante. Cet automne, ils ne seront que 500 et devront suivre leurs cours à distance, depuis leur pays respectif. « On a fait le choix de ne pas accueillir ceux qui ne venaient que pour une session, en échange. On a misé sur ceux qui venaient pour un parcours complet ou une année », a-t-elle indiqué. À l’instar des universités que Le Devoir a interrogées, elle avance que le portrait de la situation sera plus précis fin septembre, date limite pour les abandons.

En plus d’avoir une incidence sur l’apport culturel et le métissage, l’absence des étudiants étrangers se fera sentir sur le campus puisque ce sont eux qui comblent une grande partie des emplois étudiants. « On a aussi la crainte de perdre nos liens avec nos partenaires. On ne veut pas qu’ils se désintéressent de nous, voire du Québec. C’est quand même quelque chose qui nous pend au bout du nez à moyen terme », a soutenu Mme Laflamme, dont l’université a développé ces partenariats il y a plus de 20 ans.

Reports de trimestre

L’Université de Montréal, qui anticipe pour sa part une « légère baisse » de ses nouveaux étudiants, acceptera les reports de trimestre. « Ce qui est important pour nous, ce n’est pas tant la suspension de la session que le traitement équitable et de l’offre de service qu’on va donner à l’automne », a dit Geneviève O’Meara, des relations médias de l’UdeM, où 10 % de la population étudiante vient de l’étranger.

À l’Université de Sherbrooke, des 1000 étudiants internationaux attendus pour l’automne, au moins 400 vont commencer des cours à distance. Pour Pascale Lafrance, directrice générale de l’USherbrooke international, le dossier des étudiants étrangers en contexte de pandémie est un véritable casse-tête. « Des fois, le cours peut s’offrir à distance ; parfois, c’est impossible, alors on fait des reports d’admission. Parfois, ce sont les étudiants eux-mêmes qui se désistent. […] Il y a énormément de cas de figure et la gestion de tout ça est assez complexe », constate-t-elle. Son université a dû créer des guides et des outils pour orienter tout ce beau monde en cette période complètement atypique.

Pour retenir les étudiants, les universités rivalisent d’initiatives. À l’UQAM, pour remédier à un campus plus vide qu’à l’habitude, des activités virtuelles comme des webinaires et des cafés-rencontres seront organisées pour maintenir le lien entre les élèves. Pour un cours de 2e cycle en cosmétologie à l’UQAC, très populaire auprès des étudiants internationaux, une boîte sera envoyée par la poste aux étudiants pour qu’ils puissent se familiariser avec les produits.

Le ministère de l’Enseignement supérieur donnera aussi un coup de main à la rétention et prépare une campagne de publicité qui sera lancée au cours des prochaines semaines pour inciter les étudiants déjà inscrits à poursuivre leurs études universitaires et collégiales malgré la pandémie. Il a également demandé aux cégeps et aux universités de lui fournir d’ici la fin août un plan en cas de deuxième vague.

Mentionnons toutefois que certains étudiants étrangers pourront entrer au pays. Il faut qu’ils aient obtenu un permis d’études avant le 18 mars et détiennent une attestation de l’université prouvant que leurs cours se donnent en présentiel.

Creux et pertes

L’Université du Québec à Rimouski (UQAR), qui reçoit en moyenne entre 500 et 600 étudiants internationaux, soit environ 10 % de sa population étudiante, s’attend aussi à une diminution importante. « Ça peut quand même être problématique si, par exemple, il y a moins d’étudiants étrangers nouveaux qui s’inscrivent cette année en raison de la pandémie, a reconnu le vice-recteur à la formation et à la recherche de l’UQAR, François Deschênes. Ça va peut-être […] créer un creux à venir dans les inscriptions des étudiants étrangers, creux qui pourrait nous suivre quelques années. »

Pour cette année, le gouvernement a annoncé aux établissements d’enseignement qu’il utiliserait le nombre d’étudiants enregistrés lors de l’année scolaire précédente pour calculer leur financement et ainsi pallier une éventuelle perte de revenus.

« Déjà, dans les règles budgétaires qui sont sorties en juillet, la base de l’effectif étudiant utilisée est celle de 2018-2019, ce qui fait en sorte que, si jamais il y avait eu un creux, on aurait au moins eu une espèce de pont pour passer à travers, a-t-il expliqué. Ça permet de rassurer les universités et on en est très content. »

Cette mesure servira effectivement à « compenser la variation dans les effectifs étudiants et permettre une stabilité dans le fonctionnement des universités », a indiqué le directeur de cabinet de la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, Nicolas Decroix.

Pour le recteur l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), où une centaine d’étudiants internationaux ne seront pas à la rentrée comme prévu en septembre sur les 500 que l’université accueille annuellement, l’incidence se fera plus sentir dans les années à venir. « Est-ce que, effectivement, l’engouement et l’intérêt que les étudiants internationaux ont toujours eu [pour] nos différents programmes [et pour] la qualité de nos chercheurs vont se maintenir ? a demandé le recteur Denis Martel. On le souhaite évidemment. »

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3 commentaires
  • Louis - Abonné 6 août 2020 09 h 59

    Les cours en ligne pour les étudiants étrangers ça ne fonctionnera pas

    Les cours en ligne pour les étudiants étrangers ça ne fonctionnera pas pour deux raisons.
    1. Le décalage horaire: pensez vous que les étudiants en Europe ou en Asie vont se lever en plein milieu de la nuit pour leurs cours? On va demander à des gens à l'étranger de vivre selon l'heure du Québec?
    2. Dans plusieurs pays, les sites web étrangers sont bloqués par un filtre national. Utiliser un VPN y est passible de la peine de mort. Les universités québécoises veulent t'elles avoir des morts sur la conscience?

    Pour ces raisons, les cours en classes doivent revenir y compris pour les étudiants étrangers.

    • Gilles Fontaine - Abonné 7 août 2020 08 h 27

      Cours en ligne ou à distance
      Les cours en ligne ne sont pas en direct... Ces cours sont, lorsqu'il y a un volet vidéo du cours en classe, enregistrée et disponibles en TOUT temps. Et, la majorité des cours en ligne sont des cours sous la forme de documents téléchargeables (PPT, PDF) et les examens se réalisent selon l'heure du pays ou réside l'étudiant... Avant de dire n'importe quoi..., on se renseigne un peu. Un enseignant qui donnnet des cours ligne.

  • François Dionne - Inscrit 6 août 2020 18 h 54

    Pourquoi pas les étudiants avec des problèmes de santé mentale?

    Pourquoi ne pas améliorer l'accès à l'université aux personnes qui ont des problèmes de santé mentale?
    Je suis un étudiant mature en voie de quitter l'aide sociale. Je vit également avec un problème de santé mentale diagnostiqué en 1990.

    J'ai essayé de faire des études universitaires en physique autour des années 2000. Lorsque j'ai fait une demande d'aide financière, l'agente m'a répondue qu'une maladie mentale ne compte pas comme un handicap. Je me suis inscrit à une institution qui m'a accepté à temps partiel avec seulement les six crédits par sémestre permis par l'aide sociale de dernier recours (qui est très punitif). J'ai eu de bonnes notes, j'ai même été sur la liste du doyen mais quand j'ai fait le calcul, je suis arrivé à un résultat très démoralisant: avec six crédits par sémestre, il me faudrai neuf ans pour obtenir les crédits nécéssaire à un bac. J'a donc abandonné peu de temps après.

    J'étudie actuellement pour un AEC en administration de réseau que je vais bientôt compléter. Hélas, le formulaire d'aide financière aux études n'offre toujours rien pour les étudiants qui ont des problèmes de santé mentale. Heureusement que j'ai le soutient d'Emploi Québec mais je l'ai obtenu par la peau des dents après avoir affronté la bureaucratie d'Emploi Québec, passé de nombreux tests et fait face à des fonctionnaires qui ont perdu ou oublié mon dossier. J'ai même failli avoir mes bénéfices réduits à $600 par mois!

    Est-ce normal de passer par tout ces obstacles pour avoir une éducation? Pourquoi punir ceux qui veulent améliorer leur vie?
    François Dionne, membre du Groupe Citoyen de l'Ouest de l'Île