Vers le port du masque à l’école secondaire?

Alors que le port du masque est obligatoire dans tout lieu public fermé, des intervenants du milieu scolaire s’inquiètent qu’il ne le soit pas dans les écoles et demandent des directives claires. Pour l’instant, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, dit s’appuyer sur les directives de la Santé publique. Toutefois, elle pourrait revoir sa position.

« On a plein d’enseignants qui doivent porter le masque même s’ils sont 5-6 dans une petite épicerie et on va leur dire qu’à 200 enseignants dans une école, ce ne sera pas nécessaire ? », s’étonne la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), Josée Scalabrini.

Comme d’autres écoles privées, le collège Jean-Eudes n’écarte pas la possibilité d’obliger le couvre-visage s’il n’est pas possible de bien respecter les mesures de distanciation. « On n’a pas encore statué sur la chose à notre école, mais on pense que ce serait plus responsable », a dit au Devoir le directeur, Dominic Blanchette. Selon lui, cette option est d’ailleurs la « tendance lourde » dans de nombreuses écoles du réseau privé.

Selon la présidente de la FSE-CSQ, les ministères de la Santé et de l’Éducation doivent « apprendre à se parler ». « Le message qu’on avait jusqu’à hier [lundi] était que le plan de match annoncé en juin par le ministre Roberge était toujours à jour. Mais [lundi] midi dans le point de presse, ils ont dit qu’ils allaient revoir le plan », a-t-elle déploré. « On a besoin de sécuriser les gens et, ce qui les sécurise, ce sont des informations claires. »

Un nouveau plan de match

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a indiqué que son gouvernement reverrait son plan de match pour le retour en classe, qu’il promet de présenter la semaine prochaine. Le scénario annoncé en juin dernier par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, « a besoin d’être actualisé », a-t-il concédé lundi. « Entre juin et aujourd’hui, il s’est passé des choses », a-t-il ajouté.

Conscient que la rentrée soulève son lot de questions au sein de la population, le ministre Dubé a soutenu avoir eu « beaucoup de conversations » avec M. Roberge à ce sujet au cours des derniers jours. Un « plan gouvernemental » est donc en préparation, lequel réunit la Santé publique et les ministères de la Santé et de l’Éducation, mais également ceux de l’Enseignement supérieur (Danielle McCann) et de la Famille (Mathieu Lacombe).

« La question du masque au secondaire va être réévaluée », a également indiqué de son côté le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, lors du même point de presse. « Il faut comprendre que les contextes contrôlés en classe sont différents d’un contexte quand vous allez dans un supermarché [par exemple]. Il y a un professeur qui peut gérer certains éléments de distanciation. Mais [le port du masque obligatoire chez les adolescents] va être revu. »

Le défi du secondaire

Le scénario dévoilé en juin prévoyait aussi un retour physique en classe pour les élèves du préscolaire, du primaire et pour les plus jeunes du secondaire (1re, 2e et 3e secondaire). Pour permettre le retour à des groupes de taille normale, le gouvernement misait sur la création de « bulles » à l’intérieur des classes. Un système qui semble avoir bien fonctionné au primaire là où les activités avaient repris au Québec, mais qui risque d’être plus « compliqué » au secondaire, croit Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES). « Là encore, l’équipe école devra trouver des solutions. Est-ce que ça va être de faire 2-3-4 heures de dîner différentes ? De demander aux jeunes d’apporter leur lunch ? »

Pour les élèves de 4e et 5e secondaire, l’enseignement à distance une journée sur deux est aussi envisagé. Au collège Jean-Eudes, tous les scénarios sont étudiés, même celui des élèves présents en classe mais avec un professeur qui, lui, n’est pas là et donne le cours à distance. « Mais on veut favoriser les groupes 100 % en présentiel, dans la mesure du possible, même pour les 4e et 5e secondaire », a dit M. Blanchette.

Hélène Bourdages se dit néanmoins certaine que tout se passera bien mieux, puisque des leçons ont été apprises. « On n’est plus en mars ! », a-t-elle fait remarquer. D’autant plus que les écoles montréalaises, n’ayant pas repris les cours comme ailleurs au Québec, ont eu le temps de bien se préparer. « Les expériences faites ailleurs en zone froide nous ont servi de balise, et les centres de services scolaires se sont échangé les bonnes recettes. »

Une vague « d’improvisation »

Malgré le fait qu’un plan actualisé de la rentrée des classes sera présenté la semaine prochaine, plusieurs autres inconnues demeurent, selon les partis d’opposition. « Qu’est-ce qu’on fait si on a, par exemple, un élève qui a des symptômes, a demandé la députée libérale Marwah Rizqy. C’est quoi maintenant l’approche ? Parce que rien, dans la Loi sur l’instruction publique, ne prévoit le dépistage obligatoire. »

La députée péquiste Véronique Hivon se dit aussi inquiète. « Je ne pense pas qu’on puisse se permettre une deuxième vague d’improvisation, en éducation », a-t-elle affirmé en entrevue. « Il n’y a absolument aucune excuse pour ne pas être prêts pour la rentrée. »

Il y a également la question du transport scolaire et celle du rattrapage des élèves qui étaient déjà en difficulté avant le début de la pandémie. « C’est extrêmement préoccupant de n’entendre rien là-dessus parce que ce sont des choses qui se préparent s’il devait y avoir des ressources supplémentaires, payer des heures supplémentaires à des enseignants, à des professionnels, à des spécialistes », a ajouté la députée péquiste.

« Ça va être de toute évidence la rentrée la plus compliquée dans les écoles du Québec depuis très longtemps et, pourtant, on cherche le ministre de l’Éducation », a fait remarquer pour sa part le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, en accusant le ministre Roberge d’être « invisible ». « C’est un manque de leadership, et c’est une passivité qui est inexcusable et qui est incompréhensible. »

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