La rentrée scolaire s’annonce éprouvante pour certains écoliers

L’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec croit que le gouvernement Legault doit mettre en place diverses mesures dans le réseau scolaire pour venir en aide à ces enfants laissés pour compte.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec croit que le gouvernement Legault doit mettre en place diverses mesures dans le réseau scolaire pour venir en aide à ces enfants laissés pour compte.

Le gouvernement Legault doit se préparer à faire face à une autre vague à la rentrée scolaire : celle d’enfants avec des troubles de langage, qui n’auront pas reçu les services de réadaptation nécessaires en raison de la pandémie. C’est la mise en garde que fait l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec, qui propose de lancer un « Je contribue » scolaire pour aider ces élèves.

L’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec se dit préoccupé par la diminution de services en réadaptation dans la région montréalaise et sa périphérie. « Dans certains cas, jusqu’à 70 % des enfants qui auraient dû être vus ne l’ont pas été », dit son président, Paul-André Gallant.

À l’Institut de réadaptation Raymond-Dewar, à Montréal, des enfants ont vu leur série de séances de réadaptation interrompue durant le confinement. Les services n’ont pas repris depuis.

Dans une lettre envoyée aux parents, le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal indique que, « pour le moment et d’ici septembre prochain », le centre de réadaptation Raymond-Dewar ne sera « pas en mesure de reprendre l’ensemble des services de réadaptation ». « Plusieurs employés » ont été « relocalisés dans d’autres services essentiels de notre CIUSSS et le sont toujours à l’heure actuelle », explique-t-on dans la lettre, dont Le Devoir a pris connaissance.

Résultat : de « courts blocs » d’intervention seront offerts aux enfants ayant une déficience du langage, qui n’ont « toujours pas reçu d’intervention depuis leur demande de services », écrit le CIUSSS.

Des thérapeutes de ce CIUSSS, qui souhaitent garder l’anonymat par crainte de représailles de leur employeur, dénoncent la situation. « On a 250 enfants qui vont rentrer à la maternelle et qui n’auront pas reçu tout l’accompagnement nécessaire », dit l’une de ces thérapeutes.

« On le sait que plus l’enfant attend, plus cela a un impact sur son développement et sur sa capacité de socialisation à la maternelle », ajoute une autre.

L’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec croit que le gouvernement Legault doit mettre en place diverses mesures dans le réseau scolaire pour venir en aide à ces enfants laissés pour compte.

Paul-André Gallant rappelle que les centres de réadaptation, qui relèvent du ministère de la Santé et des Services sociaux, « pellettent le problème du langage dans la cour du système d’éducation » dès qu’un enfant a cinq ans.

« On pourrait créer un “Je contribue” scolaire, avance Paul-André Gallant. Des orthophonistes du secteur privé pourraient s’y inscrire et aller dans le milieu scolaire. Des orthophonistes et audiologistes privés ont prêté main-forte en CHSLD. » Selon lui, les commissions scolaires ont des budgets discrétionnaires qui leur permettraient de payer ces volontaires.

De plus, l’Ordre souhaite que les orthophonistes travaillant dans les écoles n’aient pas à faire d’« évaluations administratives » cette année. Paul-André Gallant explique que ceux-ci doivent déterminer, à la rentrée, si les enfants obtiennent une « cote » suffisamment élevée pour que l’école obtienne du financement, destiné à des services professionnels.

On pourrait créer un “Je contribue” scolaire. Des orthophonistes du secteur privé pourraient s’y inscrire et aller dans le milieu scolaire.

 

« Les orthophonistes perdent tout le premier trimestre scolaire à faire de la validation de codes, déplore Paul-André Gallant. Pendant ce temps-là, ils n’interviennent pas auprès des enfants. » Le ministère de l’Éducation devrait, estime-t-il, bonifier le financement accordé aux établissements en fonction de celui de l’an dernier.

Le ministère de l’Éducation assure que le « financement sera au rendez-vous » pour mieux soutenir les élèves en difficulté à la rentrée. « Les ébauches de règles budgétaires prévoient des investissements additionnels », qui permettront aux équipes-écoles d’embaucher « plus de professionnels », écrit-on dans un courriel.

Au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, les thérapeutes interviewées plaident pour que les professionnels réaffectés dans des CHSLD et des hôpitaux durant la pandémie puissent retrouver leurs fonctions. Une orthophoniste souligne que, jusqu’à tout récemment, elle était attitrée à la surveillance de l’entrée d’un hôpital montréalais. « J’ai aussi fait un peu de désinfection, dit-elle. Ça ne prend pas une maîtrise en orthophonie pour faire ça. J’ai des collègues à la buanderie. »

Il y a un mois, huit ordres professionnels, représentant notamment des ergothérapeutes, des orthophonistes et des psychoéducateurs, pressaient le gouvernement Legault de rapatrier dans leur poste habituel les professionnels affectés en CHSLD ou au dépistage de la COVID-19. Une rencontre avec le cabinet du ministre de la Santé, Christian Dubé, est prévue à ce sujet prochainement.

Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal évalue pour sa part des stratégies « qu’il serait possible de déployer pour les enfants d’âge scolaire qui étaient en service avant la COVID et qui n’ont pas pu terminer l’ensemble des séances prévues ». Dans un courriel, il souligne que les enfants non scolarisés pourront reprendre les sessions de réadaptation interrompues dès l’automne.

Bilan du jour

Le nombre de nouveaux cas de coronavirus annoncés chaque jour au Québec refuse de passer sous la barre de la centaine. Mercredi, ce sont 129 infections qui se sont ajoutées au bilan, pour un total de 56 859. On déplore trois nouveaux décès, dont deux survenus avant le 7 juillet, pour un cumul de 5636. Le nombre d’hospitalisations a diminué de dix, à 285. Vingt personnes se trouvaient aux soins intensifs, de payer ces volontaires. une de moins que la veille.

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