Des classes en plein air et à l’église

L’Université de Sherbrooke (UdeS) prend les grands moyens pour offrir un enseignement en présence lors de la rentrée scolaire de l’automne : l’établissement a réquisitionné un couvent, trois églises et une salle de spectacle pour donner des cours, en plus de planifier une douzaine de classes en plein air pouvant accueillir 500 personnes.

Selon ce que Le Devoir a appris, entre 40 % et 100 % de l’enseignement se fera en présence dans une vingtaine de disciplines lors de la prochaine session à l’UdeS, malgré la distanciation et les autres mesures sanitaires dues à la pandémie. Cette proportion considérable de cours en présence — sans doute une des plus élevées parmi les universités québécoises — sera possible si la courbe des infections au coronavirus reste maîtrisée, précisent nos sources.

La direction et le personnel de l’établissement sherbrookois ont tout mis en œuvre pour trouver des locaux dans le but de garder les étudiants sur les bancs d’école. La session d’hiver, qui s’est achevée à distance, a démontré les possibilités, mais aussi les limites de l’enseignement en ligne. Peu emballés par les cours à distance, près du tiers des étudiants ont même envisagé d’abandonner leurs études postsecondaires, a révélé un sondage national dévoilé au mois de mai.

En raison de la crise sanitaire, la présence d’étudiants et de membres du personnel sera limitée dans les cégeps et les universités lors de la session d’automne. Un maximum de 50 personnes à la fois pourront se trouver dans un local, à 1,5 mètre de distance.

Les cégeps et les universités se préparent ainsi à un semestre de style hybride, avec un enseignement à la fois en présence et à distance. Le ministre Jean-François Roberge a toutefois demandé aux établissements, du temps où il était encore responsable de l'Enseignement supérieur, d’offrir le plus d’activités possible en présence — surtout pour les étudiants de première année, qui auront besoin de trouver leurs repères.

« On veut s’assurer que les étudiants puissent avoir le plus d’activités possible en présence pour que ce soit une rentrée mémorable », dit Jean-Philippe Ayotte-Beaudet, professeur à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke.

Pour respecter la distance de 1,5 mètre entre chaque étudiant, il faut ajouter des lieux pour donner les cours. C’est pour cela que les établissements cherchent des solutions de rechange pour loger des classes.

Des cours dehors ou à l’église

Le professeur Ayotte-Beaudet siège à un comité ayant eu pour mission de proposer des lieux susceptibles d’accueillir des classes en plein air à l’UdeS. Douze sites extérieurs pouvant héberger entre 16 et 100 étudiants chacun, pour un total de 500 places, ont été repérés sur le campus.

Deux des classes seront abritées sous des chapiteaux d’une capacité de 45 personnes chacun. Il était question de chauffer les chapiteaux pour qu’ils puissent accueillir des groupes toute l’année, même en hiver, mais l’idée a été abandonnée à cause des coûts et des émissions de gaz à effet de serre, explique le professeur.

L’Université de Sherbrooke aménagera aussi six salles de classe temporaires dans le Centre culturel situé sur le campus. Elles seront situées dans la salle Maurice-O’Bready ainsi que dans des zones à l’extérieur de la salle de spectacle, des deux côtés, au parterre et au balcon.

L’établissement a aussi réquisitionné quatre bâtiments religieux situés hors du campus pour accueillir des salles de cours. Le couvent des Petites Sœurs de la Sainte-Famille logera quatre classes. L’église Marie-Médiatrice, l’église Saint-Boniface et la cathédrale Saint-Michel hébergeront une classe chacune.

Une série d’autres lieux situés sur le campus, mais qui n’ont pas été conçus pour loger des classes, seront transformés en salles de cours.

Rendez-vous sur le campus

Ces efforts sans précédent pour trouver des lieux d’enseignement portent leurs fruits : entre 90 % et 100 % de l’enseignement se fera en présence en musique, en géomatique appliquée à l’environnement et en ergothérapie.

La proportion d’enseignement en présence variera entre 75 % et 89 % dans les disciplines suivantes : chimie, écologie, biochimie de la santé, biologie, microbiologie, informatique, sciences du multimédia et du jeu vidéo, études de l’environnement, travail social.

En administration des affaires et en économie, 70 % des cours seront en présence. En mathématiques, en physique, en psychologie, en philosophie, en études politiques appliquées, en études littéraires et culturelles, cette proportion variera entre 50 % et 65 %. En histoire, en communication appliquée et en droit, ce sera 40 % en présence — les étudiants de première année en droit auront des activités intensives à 100 % en présentiel au cours des deux premières semaines du trimestre.

Si tout va comme prévu, et tant que la météo le permettra, les classes en plein air seront offertes durant les mois de septembre et octobre. Peut-être aussi lors du printemps 2021, selon l’évolution de la courbe des infections au coronavirus, et même au-delà.

« On souhaite que les classes extérieures soient un legs de la pandémie », dit Jean-Philippe Ayotte-Beaudet. L’enseignement dehors, dans un environnement inhabituel et stimulant, peut favoriser le travail d’équipe et la concentration, explique le spécialiste de la pédagogie en plein air.

Les classes extérieures seront aménagées dans des espaces gazonnés, dans des lieux de rassemblement en béton, au théâtre en plein air du campus avec sièges en pente, près d’une fontaine, ainsi qu’en bordure de pavillons, notamment près de la Faculté de musique.

Sans aller aussi loin que l’Université de Sherbrooke, d’autres établissements planifient des activités à l’extérieur. À l’UQAM, le Département de danse déploiera des séances in situ dans la ville, dans des lieux comme les parcs. L’École de design prévoit des cours dehors, par exemple le dessin à travers l’observation de l’environnement (architecture, parc). « Il s’agit d’accentuer et de renforcer, en raison de la pandémie, les projets in situ qui sont menés de manière habituelle », explique Caroline Tessier, porte-parole de l’UQAM.

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