L’essentielle présence à l’école

« Les effets  délétères d’un tête-à-tête  continu avec l’écran n’ont plus à être  expliqués »,  remarque  l’Association des pédiatres du Québec, qui  juge « inacceptable » du point de vue de la santé mentale de  considérer que les élèves du  secondaire poursuivent leur  scolarisation  à distance pendant l’automne.
Fayez Nureldine Agence France-Presse « Les effets délétères d’un tête-à-tête continu avec l’écran n’ont plus à être expliqués », remarque l’Association des pédiatres du Québec, qui juge « inacceptable » du point de vue de la santé mentale de considérer que les élèves du secondaire poursuivent leur scolarisation à distance pendant l’automne.

« Les ados, sortez-les de la maison ! » Le psychologue Égide Royer n’en revient pas qu’on puisse envisager la rentrée scolaire de l’automne entièrement à distance pour les élèves du secondaire. Ce spécialiste de l’éducation est convaincu qu’il faut tout mettre en œuvre pour que les jeunes rencontrent leurs profs, leurs amis. En personne. Même en pleine pandémie.

Les écoles secondaires sont mal conçues pour maintenir une distance de deux mètres entre chaque élève ? Sortons certaines classes des écoles, affirme Égide Royer : « Il faut utiliser tous les espaces disponibles près des écoles pour accueillir les élèves. »

Il imagine des classes de niveau secondaire dans les églises, les centres communautaires, les cinémas, les salles de spectacle, les espaces de bureau délaissés par les entreprises en télétravail.

Pour limiter le nombre d’élèves qui se trouvent dans un même lieu — et faciliter la distanciation physique —, il suffirait d’en placer la moitié à l’école et l’autre moitié dans les espaces de débordement comme l’église, le cinéma, le centre communautaire ou ailleurs, explique Égide Royer. On peut penser à l’école en alternance, une journée sur deux, ou à des groupes différents l’avant-midi et l’après-midi.

Tandis que le gouvernement Legault vient d’annuler la réouverture des écoles primaires à Montréal — où la pandémie continue de frapper fort —, tous les regards se tournent vers la rentrée scolaire de l’automne. Il semble probable que les élèves du primaire rentreront en classe, d’une façon ou d’une autre. C’est déjà le cas au Québec, hors du Grand Montréal, depuis lundi.

La rentrée scolaire au secondaire reste en suspens. Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a indiqué cette semaine que tous les scénarios sont sur la table, y compris celui d’un enseignement à distance. Il envisage aussi la livraison des cours en mode hybride — en présence et en ligne.

« Comme ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, je suis le premier à souhaiter un retour à l’école de nos adolescents. L’école à distance, c’est intéressant, mais ça ne remplace pas le contact (même en gardant ses distances !), avec son prof, avec les professionnels, avec ses amis », a-t-il indiqué sur sa page Facebook.

Prendre un ado par la main

Égide Royer et d’autres intervenants du milieu de l’éducation sont d’accord avec la nécessité de mettre en avant la santé publique. Ils jugent toutefois primordial que les élèves du secondaire sortent de chez eux pour aller à l’école. D’ici à l’automne, c’est même l’école qui doit venir à la rencontre des jeunes, selon lui : « Les directions d’école devraient charger des gens de l’équipe-école d’appeler les élèves les plus vulnérables pour leur dire : “On pense à toi, on a hâte de te revoir à l’école”. Ils pourraient même aller rencontrer les élèves sur le trottoir devant chez eux. »

La relation avec l’enseignant est un des plus grands facteurs de réussite des élèves, rappelle Égide Royer. Sans des efforts personnalisés comme celui-là, il craint une hausse de cinq à dix points de pourcentage du taux de décrochage, déjà préoccupant au secondaire.

Delphine Collin-Vézina, professeure associée à l’École de service social de l’Université McGill, estime que la balle est dans le camp du ministre Roberge. « J’accepte l’idée qu’il y ait eu de l’improvisation jusqu’à maintenant. On est en crise. En septembre, par contre, c’est vraiment un plan réel qu’on doit avoir. Le ministre est le chef de ce train-là, il doit donner une direction, faire avancer les élèves », dit-elle.

Contrairement aux hésitations des neuf dernières semaines, l’enseignement sera obligatoire au moment de la rentrée scolaire de l’automne, rappelle la professeure. C’est la loi. Le ministère de l’Éducation doit prévoir un enseignement en classe dans la mesure du possible et équiper les écoles, les profs et les familles pour l’enseignement à distance.

« La réussite scolaire n’est pas juste une affaire personnelle. Ça résulte de choix de société. Il ne faut pas que ça repose uniquement sur les épaules des parents », dit-elle.

Vivement le retour en classe

Au-delà de l’enseignement, il en va de la santé mentale des adolescents, rappelle l’Association des pédiatres du Québec. « Il est inacceptable de considérer une poursuite de scolarisation à distance pour eux à l’automne. D’abord, les effets délétères d’un tête-à-tête continu avec l’écran n’ont plus à être expliqués. Nos jeunes ont besoin d’être stimulés et interpellés pour devenir des adultes confiants », indique une lettre signée par six pédiatres, envoyée vendredi aux médias.

« Ensuite, les priver de la présence de leurs pairs, des apprentissages sociaux inestimables et nécessaires qui en découlent, est injustifiable. […] Ici encore, les pistes de solutions sont nombreuses : classes réduites, à temps partiel, horaires alternés… »

Sans école, des retards de développement ?

Au lendemain de la décision du gouvernement d’annuler le retour en classe dans le Grand Montréal, l’Association des pédiatres du Québec réclame des engagements rapides pour limiter les dommages sur le développement des enfants. « Le retard de certains jalons développementaux sera minimalement de 6 à 9 mois », s’inquiète le regroupement dans une lettre transmise à François Legault, aux ministères de la Santé et de l’Éducation et à la mairesse de Montréal. Au-delà de la santé publique, des enseignants, psychologues et ergothérapeutes devraient être consultés pour réfléchir à des solutions comme des camps de jour gratuits, une forme de scolarisation estivale, la relance des sports d’équipe et une réouverture des bibliothèques, piscines et maisons des jeunes, souligne-t-on. La Presse canadienne