Des classes désertes jusqu’à la fin d’août

Le milieu de l’éducation a poussé un soupir de soulagement : il n’y aura pas de retour en classe avant septembre dans le Grand Montréal, qui reste l’épicentre de la pandémie au Canada. Les écoles primaires, qui devaient rouvrir le 25 mai, resteront fermées dans l’espoir de freiner la propagation du virus.

Les comités de parents de Laval et de Montréal ont salué la décision, mais réclament que l’enseignement à distance se mette véritablement en marche, après des semaines d’hésitation. Les deux derniers mois ont été une véritable perte de temps pour les élèves sur le plan pédagogique, affirment-ils dans une déclaration commune.

Le premier ministre, François Legault, s’est engagé à soutenir les élèves de la grande région de Montréal pour éviter qu’ils prennent du retard sur leurs camarades du reste du Québec — où les écoles primaires ont rouvert lundi.

« Les conditions ne sont pas réunies pour un déconfinement dans le Grand Montréal », a dit le premier ministre, François Legault, qui s’était déplacé jeudi dans la métropole québécoise pour son point de presse quotidien. La transmission communautaire a augmenté dans l’île de Montréal au cours des derniers jours.

Devant la force de la pandémie, la confiance des parents de Montréal envers les mesures de sécurité dans les écoles s’était émoussée : à peine 30 % des parents prévoyaient d’envoyer leurs enfants en classe en vue d’une réouverture le 25 mai, selon les données préliminaires de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). Près de 50 % des parents avaient pourtant l’intention d’envoyer leurs enfants à l’école si la rentrée avait eu lieu une semaine plus tôt, comme l’avait d’abord prévu le gouvernement.

 

Dans les quartiers plus durement frappés par le coronavirus, qui sont aussi les plus défavorisés — Montréal-Nord, Saint-Michel, Hochelaga-Maisonneuve —, à peine 15 % ou 20 % des enfants seraient allés dans certaines écoles, indiquent nos sources.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a salué la décision de garder les écoles fermées. « En ce qui concerne l’annulation de l’année scolaire, je pense que ça devenait nécessaire pour limiter la propagation du virus dans la région métropolitaine », a-t-elle déclaré aux côtés de M. Legault.

Il faut maintenant « réfléchir » à des façons d’aider les enfants et les parents, a-t-elle rapidement ajouté, afin de réduire l’anxiété et d’éviter le décrochage scolaire. « On sait que cette situation peut être vécue comme un choc pour plein de familles. »

Les comités de parents de Laval et de Montréal ne cachent pas leur impatience. « Il est temps de mettre énergies et ressources pour renouveler l’offre pédagogique de nos écoles, pour l’adapter à la situation de crise sanitaire actuelle et du même coup, lui faire prendre un pas de géant vers l’avant. Ça fait maintenant des semaines que les parents de Laval et de Montréal attendent de voir que le travail commence pour préparer l’avenir. »

Les conditions ne sont pas réunies pour un déconfinement dans le Grand Montréal

Ils exigent que leurs enfants obtiennent au plus vite, et jusqu’à la fin de l’année scolaire, le suivi pédagogique qui a été promis par le ministère de l’Éducation. Il faut aussi former les enseignants aux nouvelles technologies et préparer la rentrée scolaire de l’automne, où l’enseignement à distance prendra sans doute une place importante, estiment les comités de parents.

Ils rappellent la promesse du gouvernement de distribuer 15 000 tablettes ou ordinateurs portables aux élèves qui en ont besoin. Une promesse qui tarde à devenir réalité. « Il va falloir accélérer la distribution de matériel informatique », reconnaît Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES).

Les directions d’école ont identifié environ 10 % des élèves par établissement qui ont besoin de ces tablettes munies d’un accès à Internet, explique-t-elle. Aux dernières nouvelles, la semaine dernière, le matériel se trouvait toutefois dans un entrepôt à Québec, selon Hélène Bourdages.

tIl faudra appuyer les élèves vulnérables, mais aussi les enseignants, qui doivent adapter leurs pratiques à la nouvelle réalité de la pandémie, rappelle Catherine Beauvais-Saint-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal. « On parle du risque de décrochage des élèves, mais il y a une crainte de décrochage enseignant aussi », dit-elle.

La cheffe syndicale dit avoir des exemples d’enseignantes qui devancent leur retraite d’une ou deux années à cause des bouleversements causés par l’enseignement à distance — et en distanciation physique. « Changer toute sa façon de fonctionner pour quelques mois ou quelques années, c’est tout un défi », dit-elle.

Il s’agit d’un bien mauvais moment pour laisser partir des profs d’expérience. La pénurie d’enseignants, déjà criante avant la crise de santé publique, risque de s’aggraver.



En date de jeudi, Québec avait recensé 131 nouveaux décès liés à la COVID-19, pour un total de 3351. Il y avait 793 nouveaux cas, pour un total de 40 724. Quelque 1834 personnes étaient hospitalisées à travers la province — une baisse de 42 par rapport aux 24 dernières heures —, dont 194 (-4) aux soins intensifs.

Le ministre rassurant

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a tenté de rassurer les parents et les enseignants jeudi. Il a fait une mise au point sur sa page Facebook après avoir laissé entendre, la veille, que la rentrée de l’automne pourrait se faire à distance pour les élèves du secondaire.

« Soyons clairs : je vais tout faire pour que tous les élèves, ceux du primaire comme ceux du secondaire, puissent retourner à l’école pour la rentrée de septembre prochain. La possibilité que les cours se poursuivent exclusivement à distance pour les élèves du secondaire à l’automne n’est qu’un scénario parmi plusieurs autres. Ce n’est pas du tout le plan A, et aucune décision n’est prise encore. » Le gouvernement compte continuer de suivre les directives de la Santé publique. 

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7 commentaires
  • Samuel Prévert - Inscrit 15 mai 2020 06 h 43

    La difficulté d'être prof en ces temps de pandémie

    J'aimerais pourvoir dire à quel point il est difficile d'enseigner à distance, même si je préfère ce procédé à un risque de contamination dans le métro à l'heure de pointe.

    Pour les profs, cet enseignement constitue des heures de formations en ligne, de réunions (pas toujours pertinentes mais nombreuses), de tâtonnements, de numérisation de documents. De plus, l'enseignant n'est pas toujours seul chez lui. Certains ont à partager un ordinateur avec le reste de la famille. Il y a des bruits, des va-et-vient, la crainte d'un bris de matériel, les yeux irrités (et une consommation excessive d'électricité).

    Bref, on essaie de nous faire croire que tout est comme avant. Les profs doivent se montrer performants, imaginatifs. Ils n'ont pas de problème, pas de queue à faire devant le supermarché, de produits et d'aliments à désinfecter? Pas de stress à gérer? d'enfants à occuper? de voisins?

  • Réal Gingras - Inscrit 15 mai 2020 08 h 14

    Une nouvelle pédagogie?

    Avant propos: J'ai envoyé cette lettre au ministre hier 14 mai .

    Monsieur ministre,

    Je tiens à vous exprimer ma profonde déception en ce qui a trait à la fermeture définitive des écoles jusqu’en septembre.

    Depuis maintenant deux mois , les différents gouvernements, (fédéral, provinciaux et municipaux) entretiennent la peur, l’angoisse et la panique dans la tête des parents qui à leur tour transmettent la même chose à leurs enfants. Est-ce une nouvelle forme de pédagogie adaptée? Comment seront les enfants à leur retour en classe en septembre?

    À l’automne dernier, des chercheurs et des scientifiques dans différents colloques dénonçaient les dangers qu’il y avait à passer trop de temps devant les écrans. On pouvait lire dans un des résumés du colloque:
    ”Les séquelles qui résultent d’une surexposition aux écrans sont trop importantes chez les enfants qui en font les frais pour que nous les ignorions.”

    Depuis le début du confinement, nos jeunes sans école passent encore plus de temps devant les écrans et avec la fermeture des écoles jusqu’en septembre que va-t-il se passer pensez-vous? Je suis préoccupé par cette situation et je ne suis pas d’accord avec la décision de fermer les écoles. Que disent maintenant ces chercheurs et ces scientifiques?
    Ne croyez-vous pas, monsieur le ministre, que l’activité du virus des écrans est plus néfaste et entraînera plus de séquelles que l’inactivité prouvée du virus de la Covid chez les enfants? Les pédiatres avaient aussi beaucoup d’autres raisons pour demander la réouverture des écoles.

    Je peux vous assurer, monsieur le ministre, que j’habite Montréal et que je ne me sens absolument pas menacé par quelque virus que ce soit. Pourquoi est-ce que le modèle suédois n’a-t-il pas été pris en compte?

    Veuillez agréer, monsieur le ministre, mes salutations les plus distinguées.

    P.S: Quelle triste situation... et est-ce à cela qu'on aboutit lorsque la peur au ventre gère la cité plutôt que la raison?

    • Jean Richard - Abonné 15 mai 2020 11 h 08

      « Ne croyez-vous pas, monsieur le ministre, que l’activité du virus des écrans est plus néfaste et entraînera plus de séquelles que l’inactivité prouvée du virus de la Covid chez les enfants? »

      Lorsqu'on veut diaboliser les écrans, on pense immédiatement aux petits écrans sur lesquels les jeunes se font aller les pouces et on oublie cet écran, beaucoup plus grand, qui règne dans les foyers depuis les années 50.

      Une première question à se poser : y a-t-il eu des séquelles à un usage abusif de cet écran qu'est la télévision ? Oui. Depuis les années 50, la télé n'a cessé de voir son écran devenir de plus en plus grand, et les forfaits de distribution ont vu le nombre de chaînes se multiplier. Le nombre de canaux disponibles est de l'ordre des centaines, et avec la mutation de la télé autonome vers la télé par internet, le choix n'a cessé de grandir (en apparence du moins).

      Alors, les parents, les grands-parents et même les arrières-grands-parents passent finalement au moins autant de temps que les enfants devant des écrans beaucoup plus grands et surtout, un contenu beaucoup plus passif. Et les séquelles ? Le fléau de l'obésité et la paresse intellectuelle. Je connais nombre de gens de tous âges pour qui réfléchir est une perte de temps. Et je connais des diplômés qui sont devenus analphabètes, au point d'être incapables de lire un feuillet de deux pages contenant des instructions pour faire fonctionner un bidule. Ces mêmes analphabètes trouvent que 140 caractères pour écrire un message, c'est bien suffisant.

      Cette phobie des petits écrans des enfants mise à part, on pourrait partager vos craintes à propos des conséquences de la fermeture des écoles. Des milliers d'enfants auront été laissés à eux-mêmes pendant plusieurs mois et on fait comme si de rien n'était : ces enfants vont faire face soit à un programme modifié, soit un retard que moins de la moitié d'entre eux seront capables de récupérer. Pire, le problème restera le même, sinon pire, en septemb

  • Jacques Bordeleau - Abonné 15 mai 2020 12 h 01

    Services scolaires

    Où sont les Services, anciennement Commissions scolaires de Laval et surtout de Montréal si prompte à affronter le ministère et le gouvernement? Vont-ils démarrer, prendre des initiatives pédagogiques , offrir d,eux-mêmes des services aux élèves, rapidement et efficacement, de façon volontaire et autonome, en évitant de se mettre à la remorque du Ministère de l'Education.
    Pas sûr! On entend déjà qu'il faudra beaucoup de formation, de préparation, de réunions, de précautions... Après deux mois d,attentisme, ça se comprend! Mais, dans la région de Montréal, il faudra surtout, surtout, surtout que Québec prévoit ci, fournisse ça, assure ci, assume ça. C'est déjà commencé. Ce sera la faute de Québec, n'en doutez pas un instant!
    Pourtant, quel contraste dans nos régions. Quelle volonté et quelle créativité de la part de nos enseignantes et enseignants, de nos directions et des autres membres du personnel. Quel plaisir et quelle fierté de retrouver les élèves en ayant mis en place les meilleures conditions possibles dans les circonstances, avec toute la bonne volonté du monde. Il fallait voir les reportages en région, au terme d'une première semaine. Attendons cependant la revanche des pisse-vinaigres et soyons certains quelle viendra.
    Mais il y a peut-être de l'espoir pour Montréal. Hier nous entendions comme une douce musique les propos de Sylvain Mallette, président de la FAE, qui énumérait tout ce qui allait se faire auprès des élèves du grand Montréal maintenant que la menace d'un retour en classe est écarté jusqu'en septembre, au moins, insiste-t-il, et qu'il était proprement impossible d'envisager sérieusement sil avait déjà fallu retourner au travail. Savoureux!

    Jacques Bordeleau

  • Bernard Morin - Abonné 15 mai 2020 19 h 52

    Juillet août?

    Si nous sommes vraiment sérieux quant à l'importance primordiale à accordée à l'éducation, pourquoi ne pas prolongée jusqu'à la mi-juillet la formation à distance pour les élèves du primaire qui ne sont pas retournés en classe en région et à Montréal et sa région métropolitaine, de même que pour tous les élèves du secondaire. Pourquoi ne pas planifier la rentrée scolaire 2020-2021 entre le début du mois et le 15 adoût au plus tard de manière à assurer au mieux la couverture du programme de l'année précédente et d'étaler ainsi dans le temps le calendrier scolaire 20-21 de manière à favoriser au maximun la réalisation du programme de la prochainene année pour toutes les cohortes d'élèves qui se réalisera nécessairement dans un cadre organisationnel différent et exigeant?

  • Mathé-Manuel Daigneault - Inscrit 15 mai 2020 23 h 02

    Le CMM versu les régions : deux réalités fort différentes

    Lorsque j'entends des gens dire que les professionnel.le.s de l'enseignement du Grand Montréal sont de mauvaise foi en comparaison à celleux du reste du Québec, je ne peux m'empêcher de sourciller. Les réalités des différents milieux étaient déjà fort différentes avant la pandémie. Dans le Grand Montréal, on a affaire à des classes surpeuplées, des écoles qui tombent en ruines, à pleine capacité, avec une pénurie de personnel.

    Difficile, effectivement, d'envisager mettre en place la distanciation sociale quand il n'y a aucun local de libre dans une école, au point où le spécialiste de musique, d'anglais ou d'arts ne peut même pas avoir un local attitré et doit errer de classe en classe (notamment dans les fameuses roulottes!) en traînant son matériel sur un chariot, et que le service de garde doit se faire en classe.

    Difficile de se dire qu'on va limiter une classe de 28 élèves à seulement 15 jeunes et qu'on va confier les 13 autres à un.e collègue parce qu'on n'a pas suffisamment de profs en temps normal, avant même de considérer les enseignant.e.s qui ne peuvent revenir au travail puisqu'illes sont à risque. Et comme le personnel du secondaire doit assurer l'enseignement à distance, il peut difficilement être mobilisé pour les plus jeunes.

    Comme c'est le cas dans les CHSLD, on demande à un système qui réclame de l'aide depuis des années de faire encore plus avec moins, et à un certain point c'est simplement impossible.

    En tant qu'enseignant du secondaire, je vois des collègues travailler de 21h à minuit tous les soirs depuis 2 mois parce qu'illes doivent s'occuper de leurs enfants de jour. Je vois des profs se démener pour maîtriser des plateformes électroniques et s'adapter à des directives qui changent d'heure en heure. Et on reçoit tout de même des commentaires de parents comme quoi "ils doivent enseigner" parce que c'est à eux de s'assurer que leurs ados fassent leurs travaux ou se connectent aux vidéoconférences...

    Ne blâmez pas les profs

    • Jacques Bordeleau - Abonné 16 mai 2020 09 h 47

      C'est la première fois que je lis un texte qui s'adresse à celleux du reste du Québec. Je dois être confiné depuis trop longtemps.

      Jacques Bordeleau