Le recrutement d'éducatrices non qualifiées facilité dans les CPE

Les services de garde situés hors du Grand Montréal ont rouvert leurs portes lundi en accueillant un maximum de 30 % du nombre habituel de tout-petits. Craignant un manque de place, le gouvernement a recommandé aux parents d’embaucher un étudiant ou même de recourir aux grands-parents âgés de moins de 70 ans pour garder leurs enfants.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les services de garde situés hors du Grand Montréal ont rouvert leurs portes lundi en accueillant un maximum de 30 % du nombre habituel de tout-petits. Craignant un manque de place, le gouvernement a recommandé aux parents d’embaucher un étudiant ou même de recourir aux grands-parents âgés de moins de 70 ans pour garder leurs enfants.

Préoccupé par le manque de main-d’œuvre dans les services de garde, le ministère de la Famille vient de prendre une série de mesures pour faciliter le recrutement d’éducatrices non qualifiées. Cette stratégie risque d’affaiblir le programme éducatif qui se trouve au cœur de la mission des centres de la petite enfance (CPE), déplore un syndicat d’éducatrices.

En cas de besoin, des animateurs de camp de jour peuvent être appelés à remplacer des éducatrices en CPE. Des cégépiens en deuxième année de technique d’éducation à l’enfance obtiendront l’échelle salariale réservée au personnel qualifié — plus élevée de 2,23$ l’heure au premier échelon. Autre mesure exceptionnelle, le personnel de remplacement des éducatrices pourra commencer à travailler auprès des enfants avant même la vérification de ses antécédents judiciaires.

Québec diminue aussi la proportion minimale d’éducatrices formées dans chaque installation, qui passe des deux tiers à un tiers du personnel. Plus encore, six catégories d’éducatrices normalement considérées comme non qualifiées — des étudiantes, des diplômées ou des profs de niveau collégial ou universitaire — obtiennent le statut de personnel qualifié, assorti d’une bonification salariale.

Ces mesures, et bien d’autres, ont été annoncées en fin de journée mardi au réseau des services éducatifs à la petite enfance.

Les services de garde ne recourront qu’en cas de besoin à ces directives qui se veulent temporaires, insiste le cabinet du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe. Elles visent à éviter la fermeture de services de garde à cause d’un manque de personnel.

Il y a des intervenantes déjà dans le réseau qui vont gagner le même salaire que des étudiantes. Elle est où la reconnaissance pour ces intervenantes ?

« Pour la réouverture des services de garde cette semaine, aucune situation importante [de ce type] n’a été portée à notre attention », dit Antoine De La Durantaye, attaché de presse du ministre Mathieu Lacombe. Celui-ci a informé les acteurs du réseau des services à la petite enfance de ces mesures d’urgence, mardi soir.

Les services de garde situés hors du Grand Montréal ont rouvert leurs portes lundi en accueillant un maximum de 30 % du nombre habituel de tout-petits. Le gouvernement a recommandé aux parents dans le besoin d’embaucher un étudiant ou même de recourir aux grands-parents âgés de moins de 70 ans pour garder leurs enfants — un revirement majeur après deux mois de confinement.

« Vers un désastre »

La Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ) n’est pas rassurée par les solutions proposées mardi par le ministre. « On s’en va vers un désastre », dit Valérie Grenon, présidente de ce syndicat qui regroupe 13 000 éducatrices en CPE et en milieu familial.

La leader syndicale est d’accord pour appeler en renfort du personnel non formé, mais elle estime que le gouvernement dépasse les bornes. Les éducatrices déjà en poste, qui portent à bout de bras un réseau essoufflé, vont mal digérer le statut d’éducatrice qualifiée qui est accordé à des étudiantes et à des diplômées, estime Valérie Grenon.

Le salaire au premier échelon d’une éducatrice qualifiée est de 18,98 $ l’heure ; celui d’une éducatrice non qualifiée est de 16,75 $ l’heure.

« Il y a des intervenantes déjà dans le réseau qui vont gagner le même salaire que des étudiantes. Elle est où, la reconnaissance, pour ces intervenantes ? », dit-elle. Le syndicat réclame en vain des primes salariales pour les intervenantes en petite enfance, qui offrent un service essentiel en pleine pandémie.

L’attitude du gouvernement risque d’accélérer la désertion d’une profession qui était aux prises avec une « rareté » de main-d’œuvre avant la crise du coronavirus, estime Valérie Grenon. La FIPEQ estime qu’il manque entre 5000 et 6000 intervenantes dans le réseau des services de garde, à cause de leur âge, de leur état de santé ou pour d’autres raisons. « Avec les mesures annoncées par le gouvernement, il doit manquer plus de monde qu’on pense sur le terrain », dit-elle.

Un virage « garderie »

Valérie Grenon estime que l’abaissement des exigences menant à un poste d’éducatrice affaiblit le volet éducatif des services de garde. « Le programme éducatif, on oublie ça. On avait pourtant un beau réseau. Des services éducatifs, c’est pas mal plus que de jouer au ballon, au cerceau et à la tag dans la cour », dit-elle.

La porte ouverte aux animateurs de camp de jour — des élèves du secondaire ou du collégial généralement âgés entre 16 et 18 ans — pour s’occuper des tout-petits confirme le virage « garderie » des services à la petite enfance, selon la FIPEQ. Tout étudiant âgé de 16 ans et plus pourra aussi travailler dans l’entretien ou la désinfection des installations, indique la directive du ministère de la Famille.

Pour « accroître [le] bassin de personnel éducateur » non qualifié, le MFA ouvre la possibilité de recruter des étudiants ou des enseignants en techniques d’éducation à l’enfance, en éducation spécialisée ou en travail social ; des étudiants universitaires ou des chargés de cours en éducation préscolaire et enseignement au primaire, en petite enfance, en psychoéducation, en psychologie, en adaptation scolaire et sociale, en psychologie et en enseignement au secondaire ; ainsi que des éducateurs spécialisés ou des techniciens en travail social.

Les candidats issus de six catégories normalement non qualifiées auront désormais le statut de personnel formé, qui leur accordera un meilleur salaire. Il s’agit des étudiants de deuxième année au diplôme d’études collégiales (DEC) en techniques d’éducation à l’enfance ; ainsi que d’étudiants, de diplômés ou d’enseignants, de niveau collégial ou universitaire, dans des disciplines liées à l’éducation préscolaire, à l’adaptation scolaire et sociale, à la petite enfance, à l’orthopédagogie, à la psychoéducation ou à la psychologie, notamment.

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3 commentaires
  • Marie-Hélène Gagnon - Abonnée 13 mai 2020 06 h 47

    Pas le choix!

    Un des gros problème présentement, c'est le nombre de travailleurs en arrêt de travail autant dans les services de garde que chez les profs et que dans le réseau de la santé. Il manque tellement de personnel que le choix d'abaisser les critères n'est plus une option.

    Ici, je ne parlerai que des CPE et des responsables de garde en milieu familial (RSG) car je travaille dans ce domaine. Une bonne partie du problème vient de fait que pour une grande partie des RSG, elles ont reçu 100% de leur rétribution (pour 6 enfants, c'est 1093.00$ par semaine) en ayant le choix de rester fermées. Les éducatrices ont, elles aussi reçu 100% de leur salaire depuis le 16 mars et beaucoup d'entre-elles ont travaillé beaucoup moins d'heures. Alors depuis le 16 mars, il n'y a eu motivation à travailler. Comme le retour est obligatoire maintenant, plusieurs évoquent la peur et comme la peur n'est pas "une bonne raison" pour ne pas travailler, elles obtiennent des billets médicaux pour "troubles d'adaptation et de l'humeur"!
    Je crois que la majorité d'entre-elles ont été chanceuses d'avoir reçu, depuis 8 semaines, 100% de leur revenu, le problème c'est que celles qui n'ont pas cessé de travailler ont reçu le même salaire que celles qui n'ont pas travaillé. Je crois seulement que l'état à été trop généreux avec celles qui ne travaillaient pas.
    Pour ce qui est des primes, je ne les donnerais qu'aux travailleurs du réseaux de la santé car ce sont eux qui sont au front et qui ont perdu tous leurs droits et conditions de travail. Ce sont eux les vrais "Anges Gardiens"!

  • Bernard LEIFFET - Abonné 13 mai 2020 08 h 00

    Le gouvernement de la CAQ ne peut pas fabriquer des éducatrices comme par magie!

    Le « filtrage » du nombre d'immigrants pour le Québec a produit ce que nous voyons maintenant! C'est la faillite généralisée d'un gouvernement égocentrique dont une première bourde fut pourtant retentissante! Il manque de bras partout car la natalité québécoise n'est pas là! Dans les restaurants, dans les PME, mais aussi dans les services comme l'éducation, le manque de main d'oeuvre (qualifiée ou à former) rend le Québec moins productif et va bientôt tirer de la patte!
    Seule la construction ne peut suffire à faire vivre le Québec! En espérant rapidement un vaccin contre le virus, il faudra bien remettre le Québec sur pied et pas seulement avec de belles paroles que les politiciens nous livrent sans arrêt! Pourtant ça va mal et « nourrir » les jeunes enfants, et les plus âgés, par du personnel non qualifié n'est que le prélude d'un avenir sombre!

  • François Réal Gosselin - Abonné 13 mai 2020 10 h 37

    Nivellement par le bas

    C'est la formule des technocrates, des incapables d'envisager la vie en dehors d'un système de chaîne de montage. Le tout-petit est un un humain, un HUMAIN, un être vivant en développement et non une machine démontable et malléable.
    On dénature une profession, on en fait un "bouche trou", un métier d'assembleur d'objets sans égard à la personne...
    La Covid continue à révéler les grandes faiblesses des dirigeants et à montrer au grand jour le peu d'estime et de profondeur qu'ils ont de la nature humaine.
    Niveler par le bas c'est valoriser la médiocrité au profit d'un illusoire rendement, dans des cadres illusoires et technocrates loin de la vie.
    Mieux vaut rien que cette illusion de richesse.