Rentrée scolaire hors de l’ordinaire

À l’école des Berges, à Québec, les enfants devaient passer par la station de désinfection des mains avant d’entrer dans l’école.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir À l’école des Berges, à Québec, les enfants devaient passer par la station de désinfection des mains avant d’entrer dans l’école.

Bien qu’étrange et un peu tristounette, la rentrée que beaucoup redoutaient s’est plutôt bien déroulée, lundi.

Joint en fin de journée, le directeur de l’école des Berges, Kino Métivier, était plutôt satisfait de la journée. « Notre système fonctionnait assez bien », a-t-il dit. Le matin, il n’a fallu que 10 minutes pour faire entrer tous les enfants et leur désinfecter les mains.

« Le plus gros défi », ajoute-t-il, c’est la distanciation au préscolaire. « À cinq ans, les enfants ont besoin d’un lien maternel. Jouer à deux mètres, ce n’est pas simple. » Pour compenser, les enseignantes ont créé un signe non verbal qui veut dire câlin, raconte-t-il.

D’ailleurs, à certains endroits, des enseignantes qui avaient décidé de ne pas porter le masque ont changé d’idée lundi, rapporte Josée Scalabrini, de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ). « Elles se sont rendu compte qu’avec les tout-petits, il n’est pas réaliste de penser qu’on sera toujours capables de respecter la distance de deux mètres. »

À l’école des Berges, 43 % des élèves étaient attendus lundi matin, soit 178 sur les 410 qu’accueille normalement l’établissement. À la grandeur du Québec, environ 55 % des élèves étaient présents en classe lundi, selon les estimations de Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement. « Il y aura des ajustements à faire, mais les équipes-écoles et les enfants étaient prêts. Il faudra rester très vigilants pour ne pas que ça se relâche dans une semaine ou deux », souligne-t-il toutefois.

Chacun son taille-crayon

À l’école l’Arc-en-ciel aussi, le bilan était positif en fin de journée. « Ça a été un beau retour », a expliqué Marie-Claude Tardif, professeure de troisième année. « Le personnel se sentait prêt. » Vendredi dernier, elle était déjà très enthousiaste. On attendait peu d’enfants, le tout dans une école moderne avec beaucoup d’espace et une vaste cour, idéale pour assurer la distanciation lors de la récréation.

Malgré tout, l’expérience a pu être un peu décevante pour les jeunes, remarque-t-elle. « Les enfants étaient souriants quand ils sont arrivés. On voyait qu’ils étaient prêts à revenir. Mais quand ils ont mis les pieds dans l’école, ils ont vu l’ampleur des changements : le marquage dans les corridors, la réorganisation… Pour certains, les sourires ont disparu à ce moment-là. »

En classe, elle a passé beaucoup de temps à répondre aux questions de ses élèves. Les enfants se sont bien adaptés aux règles, en restant à leurs pupitres et en évitant de se déplacer, mais non sans peine, raconte-t-elle. « Les enfants ont besoin de bouger. Il faut leur faire faire des pauses “bougeotte”. »

Il faut aussi malheureusement corriger de belles habitudes, note l’enseignante. Comme celle de prêter spontanément son taille-crayon à la voisine de pupitre parce qu’elle a oublié le sien.

« C’est ce qu’on leur montrait à faire, mais maintenant, il faut mettre sa générosité de côté et faire autre chose. »

Ça n’a vraiment rien à voir avec l’école comme on la connaît. Ils marchent, se parlent à distance, bottent le ballon. Ils vont prendre l’air 20 minutes. Ce n’est pas de l’activité physique.

 

Professeur d’anglais à l’école Cap-Soleil, Yves Villeneuve a quant à lui passé une partie de la journée à surveiller les déplacements dans l’établissement, lundi. En raison de la rentrée progressive, ses élèves n’arriveront que mercredi.

Les défis sont plus grands qu’ailleurs à Cap-Soleil, qui attend cette semaine plus de 550 élèves et où la distanciation promet d’être un casse-tête. « Somme toute, ça s’est plutôt bien passé », résumait M. Villeneuve en fin de journée, avant d’ajouter qu’on prendra la pleine mesure des défis quand tous les élèves seront rentrés, mercredi.

Pour le reste, bonjour l’ambiance… « Ça n’a vraiment rien à voir avec l’école comme on la connaît. Ils marchent, se parlent à distance, bottent le ballon. Ils vont prendre l’air 20 minutes.Ce n’est pas de l’activité physique. C’est d’une tristesse inouïe. Je n’ai pas vu de jeunes hyper enthousiastes. Ils déchantent assez vite. Je pense qu’il y en a plusieurs qui viennent pour voir leurs amis. Ils vont se rendre compte qu’on est très, très contrôlés au niveau des contacts. »

Des vidéos très utiles

Malgré tout, les travailleurs de l’éducation ont rivalisé d’imagination pour rendre cette rentrée agréable. À l’école anglophone Everest de Québec, on avait même invité des clowns pour animer le stationnement à l’arrivée des enfants.

Photo: Renaud Philippe

Plusieurs écoles avaient produit des vidéos permettant aux élèves de visualiser leur rentrée. Des explications simples et claires : on ne boit plus dansles abreuvoirs, il faut apporter sa gourde ; pas question non plus d’apporter de lunchs chauds, puisqu’il ne sera pas permis d’utiliser les micro-ondes… Et ainsi de suite.

Des parents rencontrés lundi matin dans la cour de l’école des Berges ont souligné à quel point ces vidéos avaient facilité les choses. « Ça a beaucoup aidé à les rassurer », faisait remarquer le père d’Alice, 10 ans, croisé dans la cour. « Il y a eu aussi beaucoup d’échanges avec les professeurs, qui ont envoyé la photo de la classe pour montrer à quoi ça ressemblerait », soulignait Julien Dutel. « On voit que les professeurs ont travaillé fort pour préparer quelque chose d’agréable tout en respectant les consignes. »

Les syndicats d’enseignants et les directions d’écoles estiment que la réouverture s’est bien passée, dans ces circonstances hors de l’ordinaire.

« Les enseignants ont mené ça de main de maître », a dit Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement.

Certaines écoles manquaient de savon désinfectant pour les mains ou de masques de protection, ont rapporté la FSE et la Fédération autonome de l’enseignement. Un petit nombre de groupes n’avaient pas d’enseignant titulaire, comme ça se produit lors de chaque rentrée.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a confirmé au Devoir que « quelques situations spécifiques » avaient été portées à son attention, « notamment en ce qui concerne la marge de manœuvre pour les banques de suppléance dans certains milieux, qui est assez limitée ». « Mais nous allons travailler avec nos partenaires pour nous ajuster rapidement », a-t-il soutenu par courriel. 

À voir en vidéo

4 commentaires
  • Samuel Prévert - Inscrit 12 mai 2020 07 h 19

    Des abreuvoirs pour les enfants?

    on ne boit plus dans les abreuvoirs... !

    Je crois qu'il faut dire à la fontaine.

    • Raymonde Proulx - Abonnée 12 mai 2020 16 h 55

      Oui, abreuvoir fait un peu "animaux". C'est devant de telles utilisations de mots que l'on s'aperçoit que les générations s'éloignent de plus en plus du passé rural.

  • Patrick Daganaud - Abonné 12 mai 2020 10 h 01

    DISTANCE, NUMÉRIQUE, DISTANCIATION : FAIRE DU VRAI AVEC DU FAUX...


    Aux jeunes, il faut proposer que la vie, comme l'école, est autre chose que sa canalisation mortifère par la fiction de la distanciation, du virtuel et du numérique et qu'il y a un corps et ses sens, un esprit et son âme, un coeur et ses émotions à offrir en partage, au-delà des claviers et de la distance câblée ou mesurée qui mécanisent tout ce que l'humain a de plus grand dans son meilleur devenir.

  • Patrick Daganaud - Abonné 12 mai 2020 10 h 03

    TÉMOIGNAGES : CONFINEMENT SCOLAIRE 2.0

    CELA DIT TOUT :

    Marie-Claude Tardif, profeseure, 3e année du primaire.
    Malgré tout, l’expérience a pu être un peu décevante pour les jeunes, remarque-t-elle. « Les enfants étaient souriants quand ils sont arrivés. On voyait qu’ils étaient prêts à revenir. Mais quand ils ont mis les pieds dans l’école, ils ont vu l’ampleur des changements : le marquage dans les corridors, la réorganisation… Pour certains, les sourires ont disparu à ce moment-là. »

    Yves Villeneuve, spécialiste d'anglais
    Pour le reste, bonjour l’ambiance… « Ça n’a vraiment rien à voir avec l’école comme on la connaît. Ils marchent, se parlent à distance, bottent le ballon. Ils vont prendre l’air 20 minutes.Ce n’est pas de l’activité physique. C’est d’une tristesse inouïe. Je n’ai pas vu de jeunes hyper enthousiastes. Ils déchantent assez vite. Je pense qu’il y en a plusieurs qui viennent pour voir leurs amis. Ils vont se rendre compte qu’on est très, très contrôlés au niveau des contacts. »

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