Une journée dans la vie d’un écolier

Les nouvelles normes à  respecter pour les élèves comprendront des récréations de 20 minutes  tenues par des petits groupes  à intervalles  réguliers, mais les modules de jeux resteront inaccessibles.
Ryan Remiorz La Presse canadienne Les nouvelles normes à respecter pour les élèves comprendront des récréations de 20 minutes tenues par des petits groupes à intervalles réguliers, mais les modules de jeux resteront inaccessibles.

Les enfants qui retourneront en classe à compter de lundi entreront dans un monde fait de flèches au sol, de barrières de plexiglas et de règles strictes, où il y a peu de place pour l’insouciance. Chacun devra garder ses distances. Et se laver les mains, bien sûr.

Le Devoir a pu établir de quoi sera fait le quotidien des élèves et du personnel en consultant les directives du retour à l’école dans une série d’établissements de trois commissions scolaires, à Québec (où la rentrée aura lieu le 11 mai), ainsi qu’à Montréal et sur la Rive-Sud (la réouverture y a été reportée d’une semaine, au 25 mai).

Chaque école a ses propres procédures, mais on peut dégager des façons de faire communes, toujours axées sur une priorité : la sécurité. Un incontournable, en pleine pandémie de coronavirus. L’heure est néanmoins à l’anxiété, tant chez les parents que chez le personnel scolaire.

Les tout-petits auront peut-être un mouvement de recul s’ils sont accueillis par des enseignants arborant masque, visière, gants et sarrau, comme le suggèrent des écoles. Pour limiter les contacts, les élèves n’arriveront pas tous en même temps à l’école. Ils n’entreront pas tous par la même porte. À l’intérieur, des espaces seront protégés par un mur de plexiglas.

Les enfants et les membres du personnel seront heureux de se revoir après deux mois de confinement, mais la consigne est claire : pas de câlins. On reste à deux mètres de distance. En suivant les flèches ou les pastilles de couleur sur le plancher.

Les directions d’école ont aussi prévenu les parents : pour limiter le nombre d’élèves à un maximum de 15 par classe (dans certains locaux plus exigus, ce sera même huit ou dix élèves), il est possible que certains se retrouvent dans un autre local, avec un autre enseignant. Peut-être pas avec leurs amis habituels. Certains, sans doute des grands de sixième année, iront dans une école secondaire si leur école déborde.

Par exemple, la Commission scolaire de la Capitale, à Québec, prévoit de loger une dizaine de groupes du primaire (environ 100 élèves) dans deux écoles secondaires, confirme la porte-parole Véronique Gingras.

Les élèves ne seront pas en confiance s’ils sentent que leur enseignant est inquiet

Une nouvelle routine

Une fois en classe, que se passera-t-il ? Attention : d’abord, on se lave les mains. Avec du savon désinfectant à l’entrée de chaque local, comme à l’école Saint-Romain de Longueuil, que Le Devoir a visitée, ou encore au lavabo des toilettes. On fait la file. Deux mètres de distance. Puis on peut aller s’asseoir en classe.

Les pupitres seront placés à deux mètres l’un de l’autre. Plusieurs meubles ont été entreposés dans le gymnase ou au sous-sol. Les « matières de base » seront enseignées en priorité, a décrété le ministère de l’Éducation : français, maths. Dans certaines écoles, il y a des variations, en fonction des niveaux aussi. Mais en général, il faut s’attendre à faire peu ou pas de musique, d’arts plastiques ou d’éducation physique.

Envie de pipi ? Il y aura des périodes pour ça. Envie de te lever ? Attends la récréation de 20 minutes, qui se fera par petits groupes, à intervalles réguliers. Tu ne pourras pas jouer au ballon. Ni à la tag, bien sûr. Tu resteras bien sagement dans le périmètre qui t’est assigné dans la cour de récréation. Et les modules de jeux ? Ils sont interdits, évidemment !

Le repas du midi se prendra dans le local de classe. Le service de garde du matin et de l’après-midi, c’est dans le local de classe aussi. Les enfants passeront beaucoup, beaucoup de temps assis à leur pupitre.

Des parents méfiants

Les parents commencent à comprendre les conditions plutôt particulières du retour à l’école. Ils sont déchirés. Ils savent que leurs enfants ont besoin d’aller à l’école. Des parents n’auront pas le choix d’envoyer leurs enfants en classe, car ils doivent travailler. Mais ceux qui peuvent se permettre de garder leurs enfants à la maison y réfléchissent sérieusement.

Les données préliminaires des commissions scolaires font état d’environ 60 % des élèves qui iront à l’école à compter de lundi, dans tout le Québec excluant le Grand Montréal.

« J’ai l’impression que ça ne va pas se passer tout en douceur partout. Si le prof est stressé, s’il a peur, il ne peut pas faire appel à ses réflexes de pédagogue. Les élèves ne seront pas en confiance s’ils sentent que leur enseignant est inquiet », dit Sara Dion, mère d’un garçon de première année dans une école du Plateau Mont-Royal.

 

Elle et son conjoint ont décidé de garder leur enfant à la maison. Marc-Étienne Deslauriers, président du Comité de parents de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), a pris la même décision pour sa fille de quatrième année. Son poste de consultant en communication lui permet de travailler de la maison.

Il dit souhaiter que les quelques semaines de réouverture des écoles servent de répétition pour la rentrée de l’automne. Et qu’on prévoie des périodes de rattrapage au début de la prochaine année. « L’année 2019-2020 est à oublier du point de vue pédagogique », déplore-t-il.

Olivier Lemieux, professeur en administration scolaire à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), est déçu lui aussi par le peu d’importance accordé à l’enseignement en vue du retour en classe. L’attention a porté davantage sur la sécurité. Il souhaite que le ministère de l’Éducation profite des prochaines semaines pour peaufiner la pédagogie à l’ère de la pandémie.

Après tout, les élèves auront pris l’habitude de suivre les flèches par terre. On peut même penser qu’ils ont déjà le réflexe de laver leurs mains. Peut-être qu’ils pourront recommencer à aller à l’école pour apprendre.

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10 commentaires
  • François Réal Gosselin - Abonné 8 mai 2020 07 h 16

    Inhumain, infanticide

    L'image de la peur et du rejet de l'autre va être proposée, imposée et imprégnée dans l'esprit et l'imaginaire de l'enfant.
    Encore une fois, la "norme', la sacrée et imbécile NORME, conçue par des technocrates sans âme, insensible à la réalité de l'autre, aura le dessus sur l'esprit et l'âme des tout-petits... Il suffit de voir la réaction et le comportement des adultes face à une invasion de gens masqués, dans un environnement barricadé, pour comprendre le désarroi de l'enfant qui, lui, sera incapable de comprendre cette antithèse de la vie.
    Ceux et celles qui favorisent ou soutiennent cette état de fait font partie des consciences endormies. La stupidité, cette incapacité à comprendre et accepter les contingences du réel, qui ne connaît aucune frontière d'intelligence et de diplomation, est et demeure la norme des dirigeants en quête de pouvoir.
    Sachez, pour paraphraser Darwin, que la peur aura raison des plus faibles, peut importe l'âge, mais que les plus forts briseront les frontières.

  • Jean Thibaudeau - Abonné 8 mai 2020 08 h 27

    Pour le moment, en tout cas, le gouvernement et les écoles doivent faire face au fait que plus de parents (60%) que prévu (50%) ont choisi d'envoyer leurs enfants à l'école. Il y a de l'anxiété dans l'air, c'est sûr, mais peut-être pas autant que l'article le laisse entendre.

  • Jacques Bordeleau - Abonné 8 mai 2020 08 h 51

    Environnement

    Mais ils seront dans un environnement scolaire, avec des apprentissages à revoir dans les matières de base, et éventuellement à poursuivre. Ils retrouveront leur enseignante, ou une autre, mais une personne de confiance à tout égard, de même que les autres visages de confiance et d'autorité qui les encadrent et les rassurent.
    Ils retrouveront leurs amis, des enfants de leur âge dont ils pourront revoir le visage, entendre la voix, avec qui ils pourront parler, se raconter, rire, grandir et aimer.
    Ils auront un programme d'activités scolaires, des routines aussi, presque des rituels, et ils seront accompagnés pour les réaliser par une présence à nulle autre égale, celle de Mme Catherine, ou Isabelle, ou... celle qui fait la différence pour un enfant, tant il est vrai que leur affection réciproque et mesurée est garante des progrès scolaires et humains de la fillette ou du petit garçon. Pour eux, l'école, son environnement, son encadrement et sa formation sont essentiels.
    Et que dire des innombrables enfants pour qui, malheureusement, l'école est préférable au milieu familial, pour qui elle est un refuge et un rempart, pour qui elle représente leur seule chance peut-être d'évoluer vers une vie meilleure?

    Jacques Bordeleau

    • François Réal Gosselin - Abonné 8 mai 2020 11 h 10

      Oui, mais pas l'école à tout pris, une école "chose", une école où l'enfant sera hors de son univers. Oui, il y a des parents qui ont une conscience endormie, des parents qui se débarrassent de leur progéniture. Mais au delà de cela il y a l'enfant et ses besoins et son niveau de compréhension; à ce sujet je vous suggère fortement de lire l'excellent article " Le toucher, ce besoin à redéfinir" de Caroline Montpetit, paru dans Le Devoir du 7 mai 2020. Une véritable histoire d'humanisme...

    • Gilbert Talbot - Abonné 8 mai 2020 13 h 16

      Votre portrait de l'école est idéalisé, mais ne correspond pas à la réalité décrite dans cet article. La distanciation, le plexiglas, les contraintes pour aller faire pipi, pour changer de locaux, pour réduire le nombre d'élèves, ivont ruiner complètement l'atmosphère que vous voulez maintenir et je vous comprends, mais il y'a loin de la coupe aux lèvres n'est-ce pas? Et le liquide à y boire est vinaigré.

  • Patrick Daganaud - Abonné 8 mai 2020 17 h 32

    RÉOUVERTURE ET CONFINEMENT 2.0

    Il faudra bien que les parents comprennent que la réouverture des écoles n'a RIEN À VOIR AVEC LE DÉCONFINEMENT.

    Ils vont l'apprendre à travers leur chair, par le vécu de leur enfant, malgré tous les efforts déployés par les enseignants.

    Car les règles de sécurité et de santé ont toute prévalence et elles correspondent à des PRESCRIPTIONS STRICTES DE CONFINEMENT.

    De fait, c'est vraiment comme si les écoliers entraient à l'hôpital : la santé publique a défiguré l'école !

    Il eût mieux valu prendre le temps de planifier un retour humain et véritablement éducatif en septembre et, pour ce, consulter et former les intervenants du terrain. (Et je ne parle pas de celles des nombreuses directions qui ne sont que des gestionnaires bien dociles devenues...)

    Patrick JJ Daganaud, doctorant, 49e année dans le système scolaire du Québec

  • Michel Petiteau - Abonné 8 mai 2020 20 h 02

    Mais où sont les écoliers?

    Hier soir j’ai remis la main sur le livre de R. F. Mager, " Pour éveiller le désir d’apprendre ", ma bible, pendant des décennies, pour la préparation des objectifs de mes cours. Objectifs définis comme ce qu’un étudiant qui a suivi le cours avec succès doit être capable de faire. Faire, verbe d’action. Ce qui exclut, par exemple, le verbe " comprendre ". En exergue du chapitre 6, p. 39 : "L’exhortation est l’outil le plus utilisé et le moins efficace de tous ceux connus et employés pour changer un comportement. "
    Alors pourquoi le Devoir ne donne-t-il pas la parole aux étudiants, aux écoliers? Ne sont-ils bons qu’à subir les diktats des politiciens et les exhortations des adultes, au nombre desquels les journalistes?
    D’aucuns diront que les jeunes ne possèdent pas le savoir et la sagesse des grands. Vraiment?
    Sur les chaînes américaines abondent les émissions où un journaliste, tel Jay Leno, accostent dans la rue des passants pour leur poser des questions de culture générale. Les réponses révèlent l’ignorance crasse des américains; par exemple l’incapacité de la moitié d’entre eux à situer leur pays sur le globe terrestre.
    En revanche il y a des enfants qui non seulement possèdent, sur un sujet donné, des connaissances encyclopédiques, mais qui s’expriment avec une parfaite aisance. Voir, par exemple, la page https://www.youtube.com/watch?v=8hPr54eFpKA. Jimmy Kimmel reçoit Arden Hayes, un gamin de six ans. Brillant, prodigieusement brillant.
    Pendant des années j’ai fait du bénévolat dans les écoles que fréquentait ma fille. J’y ai rencontré des enfants, y compris de tout jeunes, d’une intelligence et d’une vivacité extraordinaires.
    Il y a plus à apprendre des enfants que des grandes personnes. C’est la leçon du livre Le petit prince, de Saint-Exupéry.
    Et c’est la leçon que je veux retenir. Ce sont les enfants, eux qui héritent d’une planète saccagée par les grandes personnes, sur qui repose la survie de l’humanité.
    Eux méritent mon respect!

    • Patrick Daganaud - Abonné 9 mai 2020 13 h 22

      Je crains fort, Monsieur Petiteau, que les écoliers soient instruits dans la docilité et l'obéissance et aient, par la force de la pensée convergente et des barreaux et sens uniques, À FAIRE TAIRE, malgré les efforts de leurs enseignants, tout l'humain en eux...

    • François Réal Gosselin - Abonné 10 mai 2020 07 h 19

      La connaissance encyclopédique est un leurre, une aberration du système éducatif. Apprendre c'est être, être soi, devenir soi-même. Notre société est centrée sur le "faire" et "l'avoir", sur la vision superficielle du paraître au détriment de l'être.
      Il n'y a pas d'écolier parce qu'ils ne sont pas encore rendu ( le seront-ils un jour? ) à articuler une pensée cohérente, unifiée, organisée avec une vision d"eux-mêmes et du monde structurée. L'élève ne devrait pas être contraint à acquérir (posséder) afin de pouvoir "faire" des choses, mais apprendre à apprendre, à se mettre en état d'apprendre. Dans ce sens, il y a autant de méthodes et d'intelligence qu'il y a d'élève.
      L'élève, le jeune élève, est un être de relation, un être d'apprentissage intérieur, et les "choses sans relation avec lui sont étrangères, hors de l'essentiel de son vécu.
      Sa première valeur est lui-même en relation avec les autres.
      L'école aseptisée n'est rien d'autre que la proposition actuelle sans son fard d'illusion, c'est une école décrochée de SON réel, une école toute dévouée à le maintenir dans l'échec.
      Réal