La renaissance de la formation à distance à l'UQAM

André Lavoie Collaboration spéciale
Les bouleversements récents forcent  le milieu de l’éducation, et la société en général, à modifier ses perceptions par rapport à l’enseignement.
Getty Images Les bouleversements récents forcent le milieu de l’éducation, et la société en général, à modifier ses perceptions par rapport à l’enseignement.

Ce texte fait partie du cahier spécial Apprendre à distance

« Les plus grands changements s’opèrent lorsqu’il y a des contraintes fortes », affirme Diane Leduc. Pour cette professeure de didactique et directrice du programme court de 3e cycle en pédagogie universitaire et numérique à l’UQAM, cela se vérifie tous les jours. Elle constate la curiosité, voire l’engouement, pour la formation à distance depuis le début de la crise de la COVID-19. Et pour des centaines d’enseignants, cela représente surtout une nécessité devant une situation complètement inédite dans l’histoire récente : quand les écoles sont fermées, comment faire la classe ?

La formation à distance, « ça ne date pas d’hier », tient à préciser Diane Leduc, mais les bouleversements récents forcent le milieu de l’éducation, et la société en général, à modifier ses perceptions. « L’école fonctionne sur des modèles standardisés : on y va tous les jours, selon des horaires fixes. Et tout à coup, la pandémie vient défaire ça, tandis que la formation à distance demande un changement de posture de la part de l’enseignant. D’ailleurs, les croyances en enseignement sont très fortes, c’est difficile à défaire. »

Pour y parvenir, Diane Leduc considère que la clé réside dans… la formation. « Lorsque le professeur n’est pas formé, il a tendance à reproduire ce qu’il fait dans sa classe, déplore la spécialiste en didactique. Dans les collèges et les universités, les infrastructures technologiques sont souvent là, mais, si c’est pour faire en sorte que le professeur soit assis devant une caméra plutôt que debout devantses étudiants, ça n’apporte rien de plus à l’apprentissage. »

Formez, il en restera toujours quelque chose

Lui aussi professeur de didactique à l’UQAM et très intéressé par toutes les questions relatives à l’enseignement numérique et à distance, Stéphane Villeneuve admet volontiers que, parmi toutes les compétences qu’un enseignant doit maîtriser, le numérique figure souvent en bas de la liste. D’autant plus qu’à l’heure actuelle, dans les programmes universitaires de formation des maîtres pour le primaire et le secondaire, « la formation à distance est très peu abordée, car ça ne semble pas un milieu naturel ».

Ce père de trois enfants l’expérimente sur une base quotidienne, avec deux filles au primaire et une au secondaire, utilisant des approches, et des plateformes, différentes, certaines mieux maîtrisées que d’autres par les enseignants. C’est là un des problèmes, selon Stéphane Villeneuve. « Il faudrait davantage d’uniformité, pour que tout le monde puisse s’y retrouver. Je pense au portail Moodle, par exemple, gratuit, qui pourrait facilement être géré par les centres de services. Mais ce n’est pas une technologie précise qui fera en sorte que ce sera efficace, c’est la façon dont elle est utilisée. Même un enseignant très compétent avec le numérique peut s’en servir d’une mauvaise façon, et cela ne va rien donner sur le plan de l’apprentissage. »

Dans toute la cacophonie actuelle, celui qui propose le cours Compétences numériques du XXIe siècle voit également dans cette crise « une occasion d’apprendre ». « Les enseignants du primaire et du secondaire découvrent la nécessité d’aller chercher des outils », souligne Stéphane Villeneuve, voyant poindre les défis du déconfinement, dont celui de la gestion des classes au primaire à l’heure de la distanciation sociale.

Ce nouvel appétit de connaissances, Diane Leduc l’observe aussi, et s’en réjouit. « Notre programme intensif de 3e cycle a démarré lentement il y a quelques années, et j’ai souvent prêché dans le désert auprès de mes collègues, plusieurs disant qu’ils n’avaient pas le temps de se former. Or, l’engouement est si grand que l’on compte plus de 98 inscriptions en deux semaines et demie. »

Ce rattrapage dans le secteur postsecondaire s’explique aussi par une insécurité. « Les professeurs [de niveau universitaire] n’ont pas tous une formation de base en pédagogie. Ils ont appris sur le tas, et voilà qu’ils doivent très vite enseigner à distance, ce qui est encore plus insécurisant. Mais c’est d’abord l’occasion de saisir que rien n’oppose l’enseignement en classe et l’enseignement à distance : les deux s’enrichissent mutuellement, et se complètent. Et à tous les enseignants, je rappelle une chose importante : toute formation vous amène à une plus grande réflexion critique, et par la suite, c’est beaucoup plus facile de composer avec les imprévus. »

Or, dans les prochains mois, de la maternelle à l’université, les imprévus ne devraient pas manquer…