À l’heure de la technopédagogie

André Lavoie Collaboration spéciale
Avec la fermeture des cégeps en mars, les enseignants du réseau collégial ont dû vite se familiariser avec des outils et des concepts liés à la formation à distance. 
Photo: Getty Images Avec la fermeture des cégeps en mars, les enseignants du réseau collégial ont dû vite se familiariser avec des outils et des concepts liés à la formation à distance. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Apprendre à distance

Hélène Martineau, coordonnatrice à l’Association pour les applications pédagogiques de l’ordinateur au postsecondaire (APOP), n’avait jamais vu pareil engouement depuis qu’elle est en poste, et même depuis les 38 ans d’existence de l’organisation. « En six semaines, nous avons formé près de 6000 participants aux différents enjeux de la formation à distance, soit environ 1000 participants par semaine. La technopédagogie, c’est dans l’ADN de la l’APOP ! »

Cette frénésie se résume en un mot : COVID-19. Avec la fermeture des cégeps en mars, au milieu de la session d’hiver, les enseignants du réseau collégial ont dû se familiariser — très vite ! — avec des outils et des concepts liés à la formation à distance ; certains le faisaient déjà, d’autres pas. « La nécessité est mère de l’inventivité, souligne Hélène Martineau. En temps normal, beaucoup auraient résisté, pour toutes sortes de bonnes raisons, mais la COVID-19 a eu un effet d’accélérateur. »

Prendre le train (à grande vitesse) en marche

L’effet s’est aussi fait sentir au cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, comme le confirme Éric Aubin. « Le défi fut davantage pédagogique que technologique, précise le directeur des études de ce collège implanté à Rouyn-Noranda et qui comprend aussi des campus à Amos et à Val-d’Or. Depuis dix ans, nous offrons des formations à distance, nous sommes bien outillés, et produisons de l’excellent matériel. »

Mais cette infrastructure ne peut pas tout remplacer (« En soins hospitaliers d’urgence, apprendre la réanimation, à distance… ») et, selon Éric Aubin, cette fermeture brutale constituait une rupture de contrat entre l’enseignant et l’étudiant. « Quelqu’un qui s’inscrit à un cours à distance, il le fait en toute connaissance de cause, et avec les bons outils. La situation actuelle nous a montré la fragilité d’avoir un seul mode de fonctionnement, alors qu’il fallait tenir compte de la conciliation études-famille chez certains, tandis que d’autres n’avaient pas d’ordinateur. »

Il fallait aussi s’en remettre à l’autonomie des enseignants, qui connaissaient déjà leurs étudiants. « Ça nous a permis de faire la distinction entre cours à distance et cours en ligne. Tout un ensemble de moyens pédagogiques a été utilisé : de l’envoi de documents aux échanges par courriel. Chacun établissait la meilleure formule pour sa discipline. »

Mais peu importe les techniques, les enseignants devront prendre ce train, et le plus tôt sera le mieux, selon Hélène Martineau. « Faut pas faire preuve d’angélisme : tous les enseignants ont été pris par surprise, et ont dû tout revoir, du déroulement de leurs cours aux évaluations. Cette crise était imprévisible, et unilatérale, mais la société québécoise n’acceptera pas, lors de la prochaine, que l’école ne soit pas prête. Les citoyens paient des taxes et tous les ordres d’enseignement ont des obligations. » Et pour la coordonnatrice de l’APOP, l’heure ne doit plus être à la polarisation des débats. « Il faut avoir une vision mixte, hybride, de tous ces outils. Le but ultime, c’est l’atteinte des objectifs pédagogiques et la réussite scolaire. »