Des enseignants polyvalents

Rose Carine Henriquez Collaboration spéciale
À défaut de pouvoir poursuivre leur trimestre dans les salles de classe, les étudiants peuvent réfléchir aux notions associées aux différentes étapes de fabrication de prothèses dentaires grâce à des vidéos pédagogiques, explique la professeure Émilie Brûlé.
Photo: Émilie Brûlé À défaut de pouvoir poursuivre leur trimestre dans les salles de classe, les étudiants peuvent réfléchir aux notions associées aux différentes étapes de fabrication de prothèses dentaires grâce à des vidéos pédagogiques, explique la professeure Émilie Brûlé.

Ce texte fait partie du cahier spécial Apprendre à distance

Au cégep Édouard-Montpetit, comme dans la plupart des établissements scolaires du Québec, les activités d’enseignement se donnent désormais à distance. Cette transition a nécessité un immense effort collectif d’adaptation, nous confient quatre enseignants.

Pascal Murray enseigne en éducation physique. Depuisle début de la crise, ce n’est plusd’un gymnase qu’il s’adresse à ses étudiants, mais plutôt de chez lui, tout en s’occupant de ses trois enfants, sa conjointe travaillant à l’hôpital Sainte-Justine. « Un peu comme tout le monde, l’annonce nous a pris de court, et l’éducation physique et la distance, c’était difficile à faire rimer dans notre tête, avoue-t-il. On se posait beaucoup de questions sur la façon d’enseigner aux jeunes comment bouger à distance. »

Les membres de son département ont mis en commun leurs idées avec l’objectif de terminer le trimestre. Le casse-tête était plus simple à résoudre pour certains cours que d’autres. Par exemple, pour la plongée sous-marine, il restait principalement de la théorie. Quant au cours de course à pied, il devenait logique de demander aux étudiants de courir dans leur quartier en respectant les consignes sanitaires. Ils sont évalués essentiellement par la vidéo.

D’abord inquiet que les étudiants ne répondent pas à l’appel, le professeur a admis avoir été ensuite surpris de leur engagement. « On avait déjà un contact établi, une relation professionnelle et amicale, on avait un bout de fait, on avait quelque chose de construit et on s’est appuyés sur cette base pour continuer. »

La qualité avant tout

Pour l’entrevue, Jonathan Gordon,qui enseigne en soins infirmiers, profite de la sieste de ses enfants. Il est responsable de deux groupes d’étudiants qui alternent entre la médecine chirurgicale et la gériatrie. Le défi a été de trouver des solutions pour le second groupe, qui n’avait pas encore commencé ses apprentissages au moment de la fermeture.

« Il était important d’amener les étudiants à développer un jugement sans l’aspect clinique, sans qu’ils voient le patient, sans qu’ils soient capables d’interagir. Ce n’est pas seulement théorique les soins infirmiers, il y a un aspect technique et un aspect humain aussi. »

L’enseignement se fait selon un horaire asynchrone, et les futurs infirmiers ont accès à des documents guides, à des enregistrements et à des activités, dont des vignettes dont vous êtes le héros. « Vous avez une situation, un patient et, selon les décisions que vous prenez, la situation évolue, explique Jonathan Gordon. Si vous faites une erreur, le patient aura des complications et il faudra soigner ces complications. »

La situation ne présente pas que des inconvénients selon le professeur. En accord avec sa philosophie, les étudiants ont plus de pouvoir sur leur manière d’apprendre et sont plus autonomes. De quoi s’inspirer pour l’avenir.

« Garder ça simple et faire des deuils »

« Quand on a eu l’information que les cours se poursuivaient, on se disait que, pour le volet théorique, c’était réalisable, mais pour les cours en laboratoire, c’était impensable », lance Marc Lalonde, professeur de matière organique à l’École nationale d’aérotechnique.

Avec ses collègues, ils ont tout de même trouvé de nouvelles manières de fonctionner avec une attention particulière sur la communication.« On voulait que les choses soient cohérentes pour tous les étudiants de la cohorte, déclare-t-il. On ne voulait pas créer de confusion. »

Déjà un grand utilisateur de diapositives, le professeur a introduit une version bonifiée, soit avec de la narration. Il s’est rendu également très disponible pour les étudiants prévoyant des rencontres par la plateforme de visioconférence Zoom, le jour et le soir, pour aider ceux qui travaillent dans des services essentiels.

Pour la poursuite du trimestre, des choix ont dû être faits, mais M. Lalonde s’estime avantagé. « La moitié de la session était faite, ajoute-t-il. Pour ce qui était des évaluations des compétences manuelles, on avait déjà du matériel sur lequel se baser et porter un jugement. On a pu cibler ce qu’il était important de faire. »

Tous dans le même bateau

Comment continue-t-on d’enseigner dans un programme aussi manuel que les Techniques de prothèses dentaires ? La réponse a mobilisé beaucoup de cerveaux auxquels Émilie Brûlé, professeure du programme, rend hommage. « On est dans un département où, habituellement, on fabrique des objets, affirme-t-elle. Passer de la fabrication à la conception à distance, ça a pris du soutien informatique tant pour les profs que pour les étudiants, et on a reçu beaucoup d’aide. »

Grâce à des vidéos pédagogiques, les étudiants peuvent réfléchir aux notions associées aux différentes étapes de fabrication. En adaptant ses méthodes d’enseignement, Émilie Brûlé reconnaît avoir approfondi ses connaissances.

Le plus gros changement a été plutôt d’ordre familial. « Il s’agit de se faire un horaire et de respecter les capacités de chacun à travers tout ça, dit-elle. Mes étudiants connaissent ma réalité comme je connais la leur, et il peut y avoir une belle communication à ce moment-là. »