Faire des pieds et des mains pour motiver les élèves

Martine Letarte Collaboration spéciale
La directrice de l’école primaire Saint-Clément, Cindy Bernier, doit elle aussi concilier le télétravail et la vie de famille.
Photo: Louis-Dominic Parizeau La directrice de l’école primaire Saint-Clément, Cindy Bernier, doit elle aussi concilier le télétravail et la vie de famille.

Ce texte fait partie du cahier spécial Apprendre à distance

Les disparités entre les écoles publiques et privées, souvent plus en mesure d’utiliser la technologie pour différentes raisons, sont grandement ressorties avec le confinement. Mais des enseignants et des directions d’école publique travaillent d'arrache-pied pour que leurs élèves se sentent soutenus pendant cette crise, sans augmenter le poids que portent les parents sur leurs épaules.

Dès le début du confinement, Cindy Bernier, directrice de l’école primaire Saint-Clément, à Mont-Royal, a voulu faire quelque chose pour aider les élèves à consolider leurs apprentissages. Mais elle ne voulait pas étourdir les parents en leur envoyant une liste de liens où ils peuvent trouver des suggestions d’activités.

« Les parents étaient en train de s’organiser pour le télétravail, alors prendre du temps pour découvrir ces sites, ensuite déterminer ce qui est pertinent ou non, pour finalement s’asseoir avec leur enfant pour faire l’activité, je trouvais que c’était beaucoup leur en demander », explique Cindy Bernier, jointe à la maison où elle télétravaille en compagnie de ses enfants.

Elle en est venue à la conclusion que l’idéal était de proposer un plan hebdomadaire avec une activité par jour, semblable à un devoir, pour consolider les apprentissages.

« C’est ce que les enseignants font normalement avec leur plan de travail hebdomadaire, précise-t-elle. Mais pendant le confinement, ces activités ne visent pas de nouveaux apprentissages et ne sont pas obligatoires. »

Les enseignants de cette école de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) ont été invités à se rencontrer virtuellement en équipe par niveau pour faire leur planification de la semaine à venir.

Dès la troisième semaine de confinement, le plan hebdomadaire était en ligne et, chaque semaine, la direction envoie une infolettre aux parents en leur rappelant l’initiative.

« Ça sécurise les parents d’avoir une ligne directrice », constate Cindy Bernier, dont l’école accueille près de 700 élèves de la maternelle 5 ans à la quatrième année.

Des moyens ludiques pour motiver les jeunes

Au secondaire, le défi est différent, car les élèves doivent être plus autonomes et leur motivation est un enjeu important. Marie-Josée Bruneau, enseignante de français en 1re secondaire en classe ordinaire à l’école Louis-Riel de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), est très préoccupée par la réussite de ses élèves, et elle évalue que les trois quarts éprouvent des difficultés d’apprentissage. Dès les premiers jours du confinement, elle a cherché des activités qui pourraient les intéresser. Pour ne pas manquer son coup avec son premier envoi de suggestions, elle a ainsi utilisé la plateforme de jeu québécoise La constellation de l’Ours.

Les élèves peuvent y créer leur petit monde virtuel avec un grand choix d’objets et de personnages. Le défi d’écriture donné : décrire les objets et les personnages choisis.

Marie-Josée Bruneau a l’habitude de privilégier des approches pédagogiques créatives en classe et de varier les types d’activités, alors elle a fait la même chose en mode virtuel. Elle a donc aussi donné à ses élèves d’autres options, comme la lecture du roman libre de droits L’appel de la forêt avec des questions auxquelles ils devaient répondre.

« La motivation des élèves passe beaucoup par le choix », explique l’enseignante, qui corrige le travail réalisé à distance par ses élèves et répond à leurs questions.

Elle a aussi organisé des classes virtuelles avec la plateforme Zoom, en collaboration avec l’orthopédagogue, pour revoir une notion qui lui semblait moins bien assimilée. « Certaines séances ont été populaires, d’autres moins, précise-t-elle. C’est certain que c’est un défi aussi parce que l’élève doit avoir accès à un appareil électronique à ce moment précis de la journée. »

Pour que les élèves et leurs parentssoient au courant des différentes activités proposées, elle communique avec eux par courriel chaque semaine.« Comme ça, les parents sont au courant et, si je ne m’attends pas à ce qu’ils s’assoient avec leur enfant pour faire les activités, ils peuvent tout de même lui rappeler qu’elles sont disponibles et l’aider à se faire une routine », précise-t-elle.

L’enseignante constate aussi que la communication par courriel fonctionne bien avec plusieurs élèves.

« Le courriel améliore leur motivation parce que j’ai l’impression qu’ils se sentent un peu privilégiés que l’enseignant établisse un contact personnel avec eux », constate-t-elle.

Étant donné que les écoles secondaires resteront fermées jusqu’à la rentrée, elle n’a pas l’intention de lâcher ses élèves.

« Il faut les garder actifs cognitivement jusqu’aux vacances et qu’ils sentent que c’est important », ajoute celle qui évalue que 75 de ses 80 élèves ont participé aux activités proposées.

Un plan par niveau au secondaire

Ce ne sont évidemment pas tous les enseignants qui ont les compétences technologiques et la possibilité de s’investir autant auprès des élèves pendant cette pandémie. C’est donc par souci d’équité que l’école secondaire des Sources de la CSMB, à Dollard-des-Ormeaux, a opté pour des plans par niveau.

« Dès qu’on a eu l’avis ministériel précisant qu’on allait avoir des trousses pédagogiques à personnaliser, nous avons tenté de trouver une façonsimple et équitable pour les enseignants et les élèves de distribuer le travail », explique Ian Gagnon, directeur de cette école de 1600 élèves.

Il faut savoir que, si toutes les écoles secondaires du Québec doivent suivre le même programme, elles peuvent décider de l’ordre dans lequel elles voient les contenus. Pour personnaliser les trousses afin d’aider les élèves à s’y retrouver, la direction de l’école secondaire des Sources a choisi le Padlet : un outil en ligne qui sert de tableau, où on peut déposer des textes, des liens, des vidéos, etc.

« Chaque niveau a un plan pourdeux semaines avec chaque matière », explique Stéphanie Roussin,directrice adjointe pour les 4e et 5e secondaires, qui a participé au développement du projet.

Alors qu’on sait maintenant que les écoles secondaires ne rouvriront pas avant les vacances, l’équipe continue d’optimiser son initiative.

« Certains enseignants ont donné des cours en ligne, mais nous regardons notamment si nous pourrions faire un horaire plus régulier, indique Ian Gagnon. Nous devons nous adapter. »

Tendre la main aux élèves en difficulté

S’il est difficile de garder les élèves du secondaire motivés pendant le confinement, ça l’est encore plus pour ceux qui vivent des difficultés d’apprentissage. C’est le défi que tâche de relever Jessie Lagotte, orthopédagogue à l’école secondaire Louise-Trichet de la CSDM. Elle travaille d’arrache-pied pour maintenir un lien avec les élèves qu’elle suivait à l’école et ceux qui risquent de devenir vulnérables sur le plan de la réussite scolaire pendant le confinement. Elle utilise le courriel et les réseaux sociaux pour communiquer avec eux.

« J’ai une page Facebook professionnelle qui m’a permis de rejoindre des élèves et je suis devenue amie Facebook avec plusieurs d’entre eux, explique-t-elle. C’est plus facile de les joindre par Messenger que par courriel ou par téléphone. Parfois, c’est plus simple aussi pour eux de faire des conférences vidéo par Messenger plutôt que par la plateforme Teams, qui est fournie par la commission scolaire. »

Certains lui posent des questions et elle revoit des notions avec eux. « S’ils n’ont pas la motivation pour faire les trousses pédagogiques ministérielles, je leur propose d’autres activités qui pourraient les motiver, comme de m’écrire un petit résumé d’une série télé qu’ils ont regardée, ou d’un livre qu’ils ont lu et je corrige leurs fautes », explique celle qui craint que le retour à l’école en septembre n’aide pas leur motivation.

Étant donné que le confinement est appelé à durer, l’orthopédagogue appelle aussi maintenant les parents des élèves.

« Il faut s’assurer que tout le monde est en sécurité, vérifier si des parents sont dans une situation financière précaire pour éviter qu’on se retrouve à demander à des élèves qui n’ont rien à manger de faire des activités pédagogiques, indique Jessie Lagotte. Parfois, on tente aussi de trouver des ressources pour les familles. »

 

Faire bouger les élèves (et s’amuser)

Confinés depuis un mois et demi, les jeunes ont besoin de bouger. Et d’avoir du plaisir. C’est la mission que se sont donnée Kathy Lajeunesse et Marie-Ève Talbot, deux enseignantes à l’école primaire Pierre-Rémy, à LaSalle. Les deux collègues donnant des cours de Zumba à l’école, elles ont décidé de faire des chorégraphies de chez elles et de les diffuser sur YouTube pour que les élèves puissent participer de chez eux.

« Nous faisons de la Zumba avec les élèves de l’école depuis sept ans en parascolaire, mais aussi dans le cadre du projet « À l’école, on bouge », que je dirige avec mon conjoint, qui est aussi enseignant à l’école », explique Kathy Lajeunesse, qui est revenue de son congé parental le 9 mars.

Le retour a été de courte durée, et elle s’est retrouvée à la maison à filmer ses chorégraphies avec son conjoint, leur fille dans le porte-bébé et le chien qui a l’air dérouté devant toute cette activité !

« Nous essayons de faire bouger les élèves, d’autant que plusieurs vivent en appartement, précise l’enseignante de 6e année. Ça ne prend pas de matériel, ils connaissent bien les chorégraphies et ils peuvent les faire en famille. D’ailleurs, certains ont des frères et soeurs plus vieux qui sont des anciens de l’école et qui peuvent être heureux de retrouver les chorégraphies. »

Les enseignantes souhaitent continuer de diffuser une vidéo par semaine sur YouTube. Le conjoint, le bébé et le chien devront suivre !