Retour à l'école: le sort incertain des élèves en difficulté

Marie-Élaine Chénier et sa fille Romy devant leur maison
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Marie-Élaine Chénier et sa fille Romy devant leur maison

Marie-Élaine Chénier était rassurée par les propos du ministre de l’Éducation : la réouverture des écoles primaires devait aider en priorité les élèves en difficulté d’apprentissage. La mère de famille a perdu ses illusions en apprenant les conditions du retour en classe de sa fille Romy, qui a un déficit d’attention.

À cause des conditions exceptionnelles dues à la pandémie, la professeure a expliqué qu’elle ne pourrait plus offrir un enseignement adapté aux difficultés de sa fille. L’enseignante ne pourrait plus accorder du temps seule à Romy, pour s’assurer qu’elle comprend les consignes. Il n’y aurait plus de fractionnement des tâches, pour rendre chaque apprentissage plus facile à digérer. Romy ne pourrait pas non plus se lever en classe pour aller à un autre poste de travail, sans déranger les autres élèves, comme elle pouvait normalement le faire.

Tout cela, c’était « avant ». Dans l’ancien temps, à l’époque où les profs pouvaient faire un câlin à leurs élèves pour les encourager. À l’époque où l’on ne risquait pas sa vie en s’approchant à moins de deux mètres des autres humains qui se trouvent dans une pièce.

« Je comprends que tout le monde fait de son mieux dans les circonstances », dit Marie-Élaine Chénier, jointe à sa résidence de Saint-Lambert, sur la Rive-Sud.

« Je ne suis pas fâchée contre l’enseignante de ma fille, qui est très bonne. Je n’en veux pas à l’école ou à la commission scolaire. Je n’ai pas envie de chialer. Je veux juste qu’une chose soit claire : le gouvernement dit qu’il rouvre les écoles pour aider les élèves en difficulté d’apprentissage, mais en réalité, ça va être tout sauf ça », ajoute-t-elle.

Même les services de l’orthopédagogue de sa fille — normalement deux heures par semaine — semblent incertains : comment s’asseoir dans une pièce en toute sécurité avec une enfant qui a besoin d’aide pour apprendre ? À deux mètres de distance ? Derrière un mur de plexiglas ?

Marie-Élaine Chénier s’est fait dire par la prof de sa fille que l’enseignement serait de type magistral, traditionnel : un exposé que les élèves devront écouter en restant à leur place. L’important sera désormais de s’assurer que chacun lave ses mains et reste dans son coin, sans s’approcher des amis ou des membres du personnel — même dans la cour d’école. Impossible aussi de jouer au ballon ou de grimper dans les modules de jeux. En bref, rien de bien excitant.

Des raisons de s’inquiéter

Marie-Élaine Chénier et son conjoint ont décidé de garder leurs deux enfants à la maison pour le reste de l’année scolaire. Leur fils est en première année. La mère a la « chance » d’avoir perdu ses contrats, dans le milieu de la télévision, à cause de la crise. Elle fait l’école à la maison aux enfants depuis deux mois, et ça fonctionne étonnamment bien.

Elle se demande tout de même ce que la prochaine rentrée scolaire réserve à ses enfants. Et elle a raison de s’inquiéter, croit Olivier Lemieux, professeur en administration scolaire à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), campus de Lévis.

« Pour certains élèves, l’adaptation aux conditions d’enseignement dues à la pandémie risque d’être très difficile », dit-il. Le soutien aux élèves en difficulté est compromis et les notions qui seront enseignées risquent de varier d’une classe à l’autre, à défaut de balises claires du ministère de l’Éducation, observe Olivier Lemieux.

Le gouvernement dit qu’il rouvre les écoles pour aider les élèves en difficulté d’apprentissage, mais en réalité, ça va être tout sauf ça

« Il est plausible que des parents en fassent plus pour l’éducation de leurs enfants en les gardant à la maison qu’en les envoyant à l’école, dit-il. Ce n’est pas la faute des enseignants, qui doivent se débrouiller avec les conditions qui leur sont imposées. Ils sont habitués de faire beaucoup avec peu de moyens, mais là, on leur demande de faire des miracles. »

Les partis d’opposition à Québec dénoncent l’incertitude entourant le soutien aux enfants en difficulté. Le ministre de l’Éducation a publié une directive, lundi soir, pour que les professionnels (orthopédagogues, orthophonistes, etc.) soient appelés en tout dernier recours à remplacer des enseignants — à cause de la pénurie aggravée par la crise de santé publique.

La députée libérale Marwah Rizqy réclame que les étudiants de troisième et quatrième année universitaire en éducation ou en adaptation scolaire soient appelés en renfort dans les écoles primaires. « La réussite des enfants les plus vulnérables est en jeu. »

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5 commentaires
  • Jacques Bordeleau - Abonné 6 mai 2020 09 h 05

    Chantage

    Chère Madame, l'attitude et les propos de votre enseignante ressemblent fort à du chantage et à la résistance du moindre effort de quelqu'un qui ne veut pas rentrer au travail mais rester à la maison.
    De même pour le service d,orthopedagogie. Peut-on vraiment croire qu'une professionnelle soit incapable d'adapter sa pratique et son environnement pour exercer son métier auprès des enfants?
    Ce qui est le plus choquant dans cette posture c'est la réduction qu'on fait des enseignantes et des enseignants à des petits êtres fragiles incapables de faire face aux défis de leur profession.
    Je sais pourtant pertinemment que ce n'est pas le cas pour la vaste majorité d'entre elles et eux.

    Jacques Bordeleau

  • Patrick Daganaud - Abonné 6 mai 2020 13 h 43

    LE SORT DES ÉCOLIERS VULNÉRABLES (ÉHDAA)

    VOICI LES RÉALITÉS QUE VIVRONT LES ÉLÈVES VULNÉRABLES.
    1-Ceux en classe avec leur titulaire : servis par leur titulaire, sans possibilité de soutien proximal
    2-Ceux à la maison : un suivi par des enseignants qui ne les connaissent pas et ignorent la nature de leurs difficultés d'apprentissage relativement aux savoirs essentiels et leurs difficultés d'adaptation..
    3-IMPACTS RÉELS :
    Absence d'ajustements réels dans les plans d'intervention ou de services et lacunes abyssales dans le soutien professionnel.
    Faux espoirs chez les parents.
    Promotion d'écoliers en situation d'échec.
    Souffrances d'enfants sans réponse.
    Maintien du travail en silos des 2 ministères : MÉES et MSSS.
    Médiocrité de la tenue des PI par les gestionnaires.
    Énergies déployées à perte par les intervenants du terrain.
    Accroissement des inégalités et des vulnérabilités.
    Mise en échec permanente des plus vulnérables.
    Augmentation des moyens administratifs de faire semblant, dont les « 15000 tablettes »...

    • Jacques Bordeleau - Abonné 6 mai 2020 15 h 50

      N'importe quoi! Et on apprend en plus que la CSDM, après des semaines d'oisiveté, commencera avec une journée pédagogique pour se préparer. Honteux.

      Jacques Bordeleau

  • Patrick Daganaud - Abonné 6 mai 2020 19 h 18

    Éclairez-vous, Monsieur Bordeleau !

    La réouverture des écoles est improvisée et plombée de règles qui rendront le quotidien des écoliers du primaire pire que le confinement vécu à la maison.
    Les conditions d'enseignement vont être humainement et matériellement déplorables.
    Ce sont celles que j'ai exposées, ne vous en déplaise.

    Envisager les tragédies qui vont en découler n'est pas « N'importe quoi! »
    L'aveuglement, lui, conduit à ce que vous dénoncez chez les autres.

    Il explique les dérapages gouvernementaux multiples !

    Patrick JJ Daganaud, 49 ans dans le système scolaire québécois.

  • Max Thibault - Inscrit 7 mai 2020 17 h 10

    Jacques Bordeleau

    Votre commentaire montre toute l'ignorance qui vous habite. Commenter le travail d'une enseignante que vous ne connaissez même pas et affirmer qu'elle ne veut pas rentrer au travail montre bien votre étroitesse d'esprit. Vous n'avez aucune idée du travail qui se fait en coulisse en ce moment pour permettre le retour des élèves en classe. Un vrai gérant d'estrade.

    M. Bordeleau, votre bingo va bientot réouvrir, encore un peu de patience.