Devoir aller enseigner dans une école sans élèves

Des enseignants se sont fait ordonner de se rendre au travail même s’il n’y aura aucun élève sur place.
Photo: iStock Des enseignants se sont fait ordonner de se rendre au travail même s’il n’y aura aucun élève sur place.

Des enseignants d’au moins une école secondaire de Montréal-Nord, quartier considéré comme le point chaud de la pandémie dans l’île, se sont fait ordonner de se rendre au travail dès lundi, même s’il n’y aura aucun élève sur place.

Les enseignants de l’école secondaire Lester-B.-Pearson, au cœur de Montréal-Nord, se sont fait confirmer lundi soir par la Commission scolaire English Montreal (CSEM) qu’ils devraient se rendre à l’école en vue de la reprise des classes. Les élèves seront pourtant chez eux et non à l’école, puisque le gouvernement Legault a décrété que la suite de l’année scolaire se ferait à distance au secondaire.

Cette directive soulève des craintes parmi les 63 enseignants, dont la vaste majorité provient des banlieues et d’autres quartiers montréalais.

« Pourquoi doit-on se rendre dans une école de Montréal-Nord pour enseigner à distance à nos élèves qui seront chez eux ? Ça n’a aucun sens »,dit une enseignante qui a requis l’anonymat par crainte de représailles de son employeur.

Peter Sutherland, président du syndicat des enseignants de la CSEM, estime que la directive n’est pas claire. Si l’ordre donné aux enseignants de se rendre à leur école se confirmait, cela « contredirait les directives de la CNESST [Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail] selon lesquelles les employeurs doivent, dans la mesure du possible, encourager le télétravail ».

 

Au moment où ces lignes étaient écrites, la CSEM n’avait pas donné suite à notre demande d’information.

Des enseignants de l’école secondaire Henri-Bourassa, à Montréal-Nord, craignent aussi de devoir se rendre travailler au cœur de la pandémie. La Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSPI) a apaisé leurs craintes.

« Dans la mesure où les tâches demandées par la direction ne nécessitent pas la présence à l’école, elle ne sera pas exigée », a indiqué Valérie Biron, directrice des services corporatifs, des communications et du secrétariat général de la CSPI.

Le cabinet du ministre Jean-François Roberge a indiqué au Devoir que les gestionnaires scolaires ont le pouvoir de décréter la présence obligatoire ou non en classe pour les enseignants du secondaire.

« Tout le personnel de toutes les écoles secondaires peut être appelé à se rendre à son lieu de travail dès le 4 mai. Il appartiendra aux directions d’école de déterminer et de convoquer le personnel au besoin. Il appartiendra également aux directions d’école de déterminer si le télétravail est permis et selon quelles conditions », a indiqué Francis Bouchard, attaché de presse du ministre de l’Éducation.

Pourquoi doit-on se rendre dans une école de Montréal-Nord pour enseigner à distance à nos élèves qui seront chez eux ? Ça n’a aucun sens

Profs en renfort

Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire, conseille à ses membres d’adopter une stratégie de « bienveillance » envers le personnel. « Le télétravail va être encouragé pour les profs du secondaire, il n’y a pas de problème avec ça », dit-elle.

Elle doute que les enseignants du secondaire se fassent demander de se présenter tous les jours en classe d’ici à la fin de l’année scolaire. « Il y a des directions d’école qui voudront rencontrer leur personnel pour planifier les semaines restantes au calendrier scolaire. On peut se rencontrer en équipe à deux mètres de distance », dit-elle.

Il est possible que des enseignants du secondaire soient appelés en renfort au primaire, sans doute sur une base volontaire. Les titulaires du primaire ne pourront pas superviser à la fois les élèves en classe et ceux qui resteront à la maison, rappelle Mme Bourdages. Des discussions prennent place avec les syndicats pour confier cette tâche à des enseignants du secondaire.

Il est aussi envisagé que des classes de deuxième cycle du primaire prennent place dans des écoles secondaires — avec les enseignants habituels du primaire — pour limiter le nombre d’élèves par école.

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