Faire ce qu’il faut

Gabrielle Tremblay-Baillargeon Collaboration spéciale
«Dans cet emploi-là, on est habitués à se débrouiller», affirme l'éducatrice spécialisée Tania Tremblay.
Photo: Courtoisie «Dans cet emploi-là, on est habitués à se débrouiller», affirme l'éducatrice spécialisée Tania Tremblay.

Ce texte fait partie du cahier spécial Services essentiels

Avant la crise, Tania Tremblay travaillait comme éducatrice spécialisée à l’école Saint-Michel, dans l’arrondissement de Beauport, près de Québec. Trente heures par semaine, elle s’occupait d’élèves avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA), mais aussi d’autres qui comportent, dit-elle, « des défis sur le plan du comportement ».

À cheval entre son congé parental partiel et son retour au travail, Mme Tremblay effectuait une transition en douceur entre la maison et l’école. Son conjoint, qui gagne sa vie sur un pétrolier de manière intermittente, quitte le domicile pour des périodes de deux mois, puis reste à la maison pour la même durée. L’arrivée de la COVID-19 dans le système scolaire a frappé de plein fouet la cellule familiale : le contexte anxiogène des débuts de la pandémie a donné lieu à de nombreux soubresauts professionnels pour Tania.

« On a eu la première annonce de fermeture des écoles à la télé, puis de notre directeur. J’avais barré deux semaines sur mon calendrier, maison a été assignés au travail par courriel, un peu à la va-vite », raconte Mme Tremblay.

Une semaine plus tard, son équipe-école et elle investissaient les locaux d’un SGDU, les services de garde d’urgence mis en place par le gouvernement pour dépanner les travail-leurs essentiels. Comme les autres éducateurs et éducatrices spécialisés, Tania Tremblay a été jumelée à un élève le matin même : on lui confie une feuille avec un nom, un âge, c’est tout.

« Dans cet emploi-là, on est habitués à se débrouiller », affirme-t-elle, concédant que les mesures ont été un peu expéditives. « Il n’y a pas eu de moment où on établissait des procédures sanitaires ou des stratégies. On en a parlé, c’est sûr, mais est-ce qu’on a eu le temps de bien se préparer ? Non », relate-t-elle.

Résilience

En trois jours, Mme Tremblay a dû créer un lien avec un élève diagnostiqué TSA qu’elle ne connaissait pas du tout. Il fallait trouver des jeux, le rassurer… et maintenir l’impossible distanciation sociale. « Il faut être très créatif », déclare-t-elle, mentionnant que tous les jouets, crayons et meubles doivent être désinfectés après chaque utilisation et que, bien que le gym de l’école soit ouvert, on ne peut y faire aucun jeu de proximité.

« On essaie de minimiser les contacts entre les élèves, mais en tant qu’éducatrice spécialisée, c’est le plus grand défi », affirme-t-elle. Les enfants avec un trouble du spectre de l’autisme sont souvent aux prises avec des problèmes d’anxiété. Pourtant, dans une situation de crise, il n’y a pas de formule magique.

« Cent autistes vont être cent personnes complètement différentes », précise Tania Tremblay. Et comme la relation avec les parents est « très sommaire », on devine que l’adaptation doit se faire rapidement —tant pour les éducatrices que pour les élèves.

« C’est sûr qu’en tant que maman, j’aurais préféré rester à la maison, concède Mme Tremblay. Mais quand je suis rendue à l’école avec mes élèves, je fais ce qu’il faut pour eux, COVID-19 ou pas », conclut-elle, résiliente.