«Le plus beau métier du monde»

Jessica Dostie Collaboration spéciale
L’éducatrice Mélanie Desjardins-Pilon travaille dans un CPE qui a gardé ses portes ouvertes pour accueillir les enfants des travailleurs de la santé et des services essentiels.
Photo: Courtoisie L’éducatrice Mélanie Desjardins-Pilon travaille dans un CPE qui a gardé ses portes ouvertes pour accueillir les enfants des travailleurs de la santé et des services essentiels.

Ce texte fait partie du cahier spécial Services essentiels

Malgré la crainte que suscite la pandémie de COVID-19, l’éducatrice en garderie Mélanie Desjardins-Pilon persiste et signe : elle considère son métier comme « le plus beau du monde ». Incursion dans le quotidien d’un CPE qui a gardé ses portes ouvertes pour accueillir les enfants des travailleurs de la santé et des services essentiels.

Quand Mélanie Desjardins-Pilon a salué ses collègues à la fin de sa journée de travail, le vendredi 13 mars dernier, elle ne pensait pas les revoir avant au moins deux semaines. Le gouvernement venait alors d’annoncer la fermeture des écoles et des garderies. La jeune femme ne soupçonnait pas que, moins de 48 heures plus tard, elle allait être appelée au front.

« On a su le dimanche [15 mars] en fin d’après-midi que le CPE allait finalement rester ouvert pour les travailleurs essentiels », raconte l’éducatrice, qui œuvre dans l’une des cinq installations du CPE Pierrot la lune, à Longueuil.

Et si elle a d’abord été très anxieuse en apprenant la nouvelle, celle qui est également mère de deux enfants de 8 et 11 ans n’a pas hésité bien longtemps avant d’accepter la mission qui lui était confiée. « Je me suis dit : advienne que pourra ! Au fond, les parents des bouts de chou qui nous sont confiés sont tout aussi inquiets que nous. On est tous dans le même bateau, alors serrons-nous les coudes. »

Peu de changements au quotidien

Les tâches de Mélanie Desjardins-Pilon, qui est pour sa part affectée à la pouponnière, ont somme toute peu changé, si ce n’est qu’elle a moins de bébés à sa charge — deux au moment de notre entrevue. « Mon travail reste le même : répondre aux besoins tant physiques que psychologiques des petits quand leurs parents ne sont pas là », rappelle-t-elle.

Évidemment, les éducatrices ont tout de même dû s’adapter, car certains enfants dont elles s’occupent fréquentaient d’autres garderies avant la crise sanitaire. « On agit un peu de la même façon qu’en début d’année quand il faut apprendre à les connaître, précise-t-elle. On privilégie aussi la stabilité en faisant le moins de rotations possible, surtout avec les plus petits, avec qui il est très important de créer un lien affectif. »

Est-ce tout de même plus stressant qu’en temps normal ? « Personnellement, je mets mes inquiétudes de côté », répond l’éducatrice. D’autant que la nature de ses tâches ne lui permet pas de pratiquer la distanciation physique. « Je ne vois pas comment on pourrait faire autrement. S’ils ont besoin d’être consolés ou si je dois rester près d’eux durant la sieste pour qu’ils s’endorment, je le fais », donne-t-elle en exemple, ajoutant que toutes les mesures sont prises afin que l’environnement soit sécuritaire pour tous. « Je me lavais déjà très souvent les mains. Là, c’est encore plus souvent », évalue-t-elle. Cela dit, au lieu d’utiliser du gel désinfectant après avoir mouché un nez, elle avoue désormais privilégier un lavage en bonne et due forme à l’eau et au savon.

De retour à la maison avec ses enfants, qui l’accompagnent d’ailleurs au CPE, monoparentalité oblige, Mélanie Desjardins-Pilon a une routine bien établie : « On se dévêt au complet, on met nos vêtements dans la laveuse, on se lave les mains pendant 20 secondes et on se change, détaille-t-elle. Je désinfecte aussi les objets que j’ai touchés, comme mon cellulaire, mais il ne faut pas virer fou non plus ! »

Chose certaine, son amour pour sa profession lui permet de faire enquelque sorte abstraction de ses peurs et de garder les deux pieds sur terre, croit-elle. « Si mes petits progressent bien — voir leur évolution au quotidien m’émerveille toujours —, c’est que j’ai fait ce que j’avais à faire. »