Les profs réclament de l’équipement de protection

Toute la responsabilité de la logistique de la sécurité des écoles a été remise aux établissements scolaires.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Toute la responsabilité de la logistique de la sécurité des écoles a été remise aux établissements scolaires.

Les syndicats d’enseignants exigent que le personnel des écoles soit muni de masques de protection pour la réouverture des classes. Ils disent être déçus que le gouvernement balaie dans la cour des écoles toute la logistique de la sécurité en pleine pandémie de coronavirus — tandis que surgissent des doutes sur la pertinence du déconfinement.

« Le ministre a dit qu’il ne fournirait pas de matériel de protection aux enseignantes et aux enseignants du primaire. Je le dis tout de suite : ça n’arrivera pas. Quand on va retourner dans les classes, ça sera avec l’équipement de protection », dit Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

« Comment peux-tu dire dans un point de presse qu’il peut être dangereux de côtoyer un enfant de quatre ans dans un CPE, mais qu’il est moins dangereux de côtoyer un enfant de quatre ans dans une école ? » renchérit Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ).

Marie-Dominique Taillon, directrice générale de la Commission scolaire Marie-Victorin (CSMV), à Longueuil, envisage de fournir le matériel de protection à son personnel. La commission scolaire a livré au réseau de la santé 1250 visières de protection produites à l’aide d’imprimantes 3D qui fonctionnent jour et nuit. Elle compte vérifier auprès de son équipe s’il est possible de répondre à la demande pour son personnel.

« On a trois semaines pour se préparer au retour en classe. On a assez de temps pour organiser un retour sécuritaire », dit-elle.

Dès lundi en fin de journée, elle devait rencontrer par visioconférence 250 directions et directions adjointes d’école pour mettre en branle les préparatifs du retour en classe. Le défi est immense.

Il faut déterminer, pour chaque groupe, qui s’occupera des élèves en classe et qui fera le lien avec les enfants qui restent à la maison. Réaménager les locaux de façon à ce que les élèves restent à deux mètres les uns des autres, dans la mesure du possible. Réorganiser l’arrivée en classe, les repas du midi, les deux récréations obligatoires, le service de garde, les déplacements dans l’école, pour limiter les contacts entre élèves et avec les membres du personnel.

« On donnera la priorité à l’enseignement aux élèves les plus vulnérables, qu’ils viennent à l’école ou qu’ils restent à la maison », explique Marie-Dominique Taillon. Mission : réviser les apprentissages faits depuis le début de l’année scolaire et préparer les élèves à l’année prochaine. « On va aussi préparer les élèves de sixième année qui iront au secondaire et ceux de cinquième secondaire qui iront au cégep », dit-elle.

Enseignement à distance

La directrice de la CSMV dit s’attendre à des réouvertures et à des fermetures d’école au cours des prochains mois, à cause de la pandémie. L’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES) se prépare aussi à ce que l’année scolaire 2020-2021 se fasse au moins en partie en formation à distance pour plusieurs élèves.

L’AMDES se réjouit des mesures annoncées pour permettre aux élèves, notamment du secondaire, de consolider leurs apprentissages grâce à l’accès à des outils numériques et à l’appui à distance de leurs professeurs. « Car, même si les jeunes du secondaire ne retournent pas en classe avant le mois d’août, il est important qu’ils aient accès à des contenus scolaires à partir de chez eux. »

La FAE s’interroge de son côté sur les risques d’un déconfinement à l’heure actuelle. Le syndicat rappelle que « l’Organisation mondiale de la santé (OMS) prône la plus grande prudence puisqu’il n’y a pas de preuves, à ce jour, que des personnes déjà infectées soient immunisées. De plus, l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Teresa Tam, partage l’avis de l’OMS et a émis des doutes à l’effet qu’un déconfinement progressif du Québec puisse contribuer à immuniser la population contre la COVID-19 ».

Les parents inquiets

Cette absence de consensus entre les responsables de la santé publique, les syndicats, le ministère de l’Éducation et les directions d’école, notamment, inquiète les parents. « C’est le pire scénario qui peut arriver : personne n’est content. Ça crée un peu d’insécurité chez les parents », a réagi Sylvain Martel, président du comité de parents de la Commission scolaire de Laval.

Son homologue de la Commission scolaire de Montréal, Marc-Étienne Deslauriers, et lui ne sont pas rassurés par les annonces faites lundi à Québec. Ils estiment que la réouverture annoncée des écoles primaires de la région montréalaise, même une semaine après celles du reste du Québec, passe sous silence la réalité de la métropole — qui est l’épicentre de la pandémie au Canada.

L’Alliance des professeures et professeurs de Montréal est du même avis : « Une fois de plus, les directives du ministère oublient de tenir compte de la réalité montréalaise : la pénurie de profs, les milieux défavorisés, les parents et les élèves allophones, etc. Nous avons plusieurs doutes sur la faisabilité de respecter les mesures de distanciation sociale dans le contexte montréalais », indique la présidente de l’Alliance, Catherine Beauvais-St-Pierre.

« La décision du gouvernement semble uniquement motivée par des intérêts économiques. Sinon, comment justifier la réouverture des écoles primaires et le prolongement de la fermeture des écoles secondaires ? » 

Et ailleurs?

L’heure est à l’organisation du déconfinement à travers le monde. La date du retour en classe des élèves diffère toutefois d’un endroit à l’autre. Au Canada par exemple, si les écoles québécoises rouvriront graduellement à compter du 11 mai, en Ontario, elles resteront fermées au moins jusqu’au 31 mai. L’Alberta et la Colombie- Britannique n’ont pas choisi de date, tandis qu’au Nouveau- Brunswick les élèves resteront à la maison pour le reste de l’année scolaire. En Europe, le retour en classe varie d’un pays à l’autre. Parmi les plus touchés par la pandémie, l’Italie et l’Espagne fermeront les écoles jusqu’en septembre. Au Portugal, on mise aussi sur des cours à distance pour le reste de l’année, sauf pour certains niveaux du secondaire. En France, la reprise sera progressive à compter du 11 mai, et du 4 mai pour l’Allemagne. Les Danois avaient été les premiers à rouvrir les écoles le 15 avril, alors qu’en Suède, elles n’avaient jamais fermé.

2 commentaires
  • Réal Gingras - Inscrit 28 avril 2020 08 h 29

    La récréation est finie


    Doit-on rappeler ici que les enseignants sont des fonctionnaires de l’État, au service de l’État. Ils représentent la connaissance et la sagesse. Les profs devraient se réjouir que les écoles rouvrent. Le front de la pandémie est ailleurs. On le sait. Ils sont toujours payés à temps plein et leur tâche consiste justement à encadrer les élèves et à les faire cheminer dans des apprentissages signifiants.

    L’article 8-1-01 de la convention collective est très clair dans ce sens:

    ” Les conditions d’exercice de la profession d’enseignant doivent être telles que l’élève puisse bénéficier de la qualité d’éducation à laquelle il est en droit de s’attendre et que la commission et les enseignants ont l’obligation de lui donner.”

    Les conditions d’exercices de la profession seront amplement optimales pour que personne se sente à risque.

    Est-ce le cas depuis la fermeture des écoles? Se préoccupe-t-on de leur santé mentale?
    L’encadrement sanitaire est adéquat et le ministère de l’Éducation doit être ferme sur ce point. C’est le bon sens, Les écoles secondaires devraient aussi être rouvertes.

    Je suis désolé par l’attitude de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) qui n’arrête pas de mettre des bâtons dans les roues et de faire de l’enflure verbale. Il n’y a pas de risque dans les écoles. Les enfants sont peu porteurs et très peu contagieux. Les enseignants craintifs doivent être rassurés et ceux qui sont trop vieux resteront à la maison. Où est le souci? Les enfants ne s’en porteront que mieux et beaucoup seront heureux d’y retourner. Ils ont besoin de repères solides. Cette pandémie n’est pas leur problème. La Covid-19 est une maladie de vieux. Laissons les enfants apprendre et s’amuser tous ensemble.

    Oui , la récréation est finie. Il faut faire front commun avec les pédiatres, les psychologues et tous les intervenants de la santé publique en ce qui a trait à la rentrée scolaire annoncée pour le 11 mai.

  • Patrick Daganaud - Abonné 28 avril 2020 12 h 35

    UNE ATTITUDE SYNDICALE RESPONSABLE

    La réaction de Monsieur Sylvain Mallette de la FAE rend compte des problématiques et improvisations réelles que comprend le plan de réouverture des écoles :

    1. Les modalités de protection des enfants, sachant que les 4 ans, les 5 ans, les 6 ans, les 7 ans, pour beaucoup, ne gèrent pas leurs mesures d'hygiène et que peu d'entre eux, à ces âges, respectent la distanciation;
    2. Les modalités de protection des intervenants scolaires du terrain (enseignants et autres, en présence élèves), lesquelles doivent être raisonnablement être celles des masques, de la visière et des gants;
    3. Les mesures d'hygiène, dont le lavage régulier des mains;
    4. Les mesures d'hygiène relative au nettoyage des surfaces souillées;
    5. La gestion sécuritaire du transport scolaire, y compris le contrôle factuel de l’embarquement des écoliers transportés avec les changements des horaires de transport;
    6. La gestion des déplacements (aux toilettes, récréations, etc.) et des cafétérias
    7. Le débordement des services de garde en milieu scolaire et la rupture des ratios réduits;
    8. La pensée magique de l'ubiquité des enseignants qui vont, semble-t-il, à la fois être présents dans les écoles et gérer l'enseignement à distance.
    9. Tout le vide sur les contradictions du discours sur le libre choix de la fréquentation, précédé de celui des activités facultatives, remplacé par les obligations pédagogiques de l'enseignement à la maison;
    10. Tout le flou sur l'évaluation des apprentissages effectués au retour;
    11. Les pénuries de personnel;
    12. La préparation déficitaire des éventuels suppléants;
    13. Etc.

    Le front commun requis n'implque un aveuglement ni face aux improvisations des gestionnaires ni au regard de la soudaine préoccupation des instances supérieures pour le sort des jeunes les plus vulnérables....

    Être crédibles implique de cesser de faire semblant.