Québec mise sur un taux de présence à l’école de 50 %

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, et le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, ont donné lundi des détails sur le retour à l’école et en garderie des enfants québécois.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, et le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, ont donné lundi des détails sur le retour à l’école et en garderie des enfants québécois.

Le gouvernement Legault table sur la faible fréquentation des écoles primaires et des garderies pour assurer le succès de leur réouverture et permettre le respect — jusqu’à un certain point — des mesures de distanciation physique que commande l’épidémie de COVID-19.

En parallèle, des données d’un groupe de recherche en santé publique de l’Université Laval servent un avertissement. Le groupe n’a pas étudié le scénario précis du retour à l’école envisagé par Québec, mais ses prévisions basées sur une hausse des contacts de 10 à 20 % dans la population laissent présager, dans le scénario le plus pessimiste, un « accroissement rapide des nouveaux cas et des nouveaux décès ».

Les ministres de l’Éducation et de la Famille, Jean-François Roberge et Mathieu Lacombe, ont confirmé lundi que les parents pourront envoyer leurs enfants à la garderie et à l’école primaire, sur une base volontaire, à partir des 11 et 19 mai — respectivement à l’extérieur et dans la communauté métropolitaine de Montréal. Les élus ont aussi annoncé que les écoles secondaires, les cégeps et les universités resteront fermés jusqu’à la fin août.

 
15
C’est le nombre maximal d’enfants par classe qui sera permis lors de la réouverture des écoles primaires. Avec 15 élèves par classe, le gouvernement juge qu’on pourra respecter la distanciation physique de deux mètres entre les enfants. Pour respecter le ratio,on envisage par ailleurs d’utiliser certaines classes des écoles secondaires, lesquelles resteront fermées jusqu’à l’automne.

Le ministre Roberge a demandé aux parents qui souhaitent envoyer leurs enfants à l’école d’aviser celle-ci une semaine à l’avance, « pour qu’on puisse se préparer à offrir un service de qualité aux élèves ».

Il a dit s’attendre lundi à ce qu’il n’y ait « pas plus de 50 % de présence » dans les écoles primaires. Il entend limiter le nombre d’élèves à 15 par classe, quitte à en envoyer dans les locaux vides des écoles secondaires. Si des enseignants sont absents, Québec se tournera vers les étudiants en éducation. Et il n’entend pas leur fournir de masques.

« Avec un maximum [d’élèves par classe] aussi bas, ce n’est pas si difficile de faire respecter la distanciation de deux mètres », a jugé le ministre.

Larguant son discours assimilant la suspension des classes à des « vacances », M. Roberge a rappelé aux parents qu’ils avaient « l’obligation » de veiller à la fréquentation scolaire de leurs enfants, même à distance, par l’entremise d’outils pédagogiques et technologiques. « Un élève qui était vulnérable, qui avait des difficultés et qui s’alignait pour peut-être échouer son année pourrait la sauver » en utilisant les outils éducatifs fournis par le gouvernement, a-t-il illustré.

Québec espère aussi qu’un seul élève — et non pas deux — s’assoie sur chaque banc d’autobus. Les chauffeurs d’autobus, dont la moitié ont plus de 60 ans, seront protégés avec « un plexiglas ou quelque chose », a assuré le ministre de l’Éducation.

Le ministre Lacombe a quant à lui dit espérer que les services de garde opèrent avec « la moitié des ratios habituels », avec « un taux d’occupation global de 30 % ».

Québec demandera aux éducatrices de porter des masques. Or il sera « très difficile, pour ne pas dire impossible » de faire respecter les règles de distanciation en garderie, a reconnu M. Lacombe.

De nouvelles prédictions

Le Dr Richard Massé, directeur de santé publique, a dit s’attendre à ce que le taux de transmission de la COVID-19 avoisine les 5 à 10 % à Montréal après l’ouverture des écoles et des garderies. Ailleurs, ce sera « certainement en bas de 1 % », a-t-il ajouté, en précisant qu’il était « extrêmement difficile » de savoir combien de personnes allaient contracter le virus, « parce que les tout-petits, ils sont très peu symptomatiques ».

Des données d’un groupe de recherche de l’Université Laval mises en ligne par la santé publique permettent cependant d’en avoir un aperçu.

Dans un scénario jugé « optimiste », le nombre de décès quotidien frôlerait la vingtaine en août, après un assouplissement des règles, à la mi-mai, qui permettrait de rétablir 10 à 20 % des contacts.

Dans le scénario « pessimiste », le nombre de décès quotidien dépasserait la centaine dès le mois de juillet. À noter : les deux scénarios excluent les décès dans les CHSLD.

 
 

Quatre-vingt-quatre décès s’ajoutent au nombre de vies déjà fauchées par la COVID-19, pour un total de 1599 morts. De ces 84 personnes, 75 vivaient dans une résidence pour aînés. Quant à ceux qui ont contracté le virus, ils sont 875 de plus, ce qui porte à 24 982 le nombre total d’individus atteints. On recense en outre 23 hospitalisations de plus que dimanche (1541) et 5 personnes de moins aux soins intensifs (210).

Le professeur du Département de médecine sociale et préventive de l’Université Laval Marc Brisson a travaillé à l’élaboration de ces modèles, qu’il invite à étudier avec prudence, puisqu’ils n’ont pas servi à étudier le cas précis de la réouverture des écoles.

Ses calculs sont néanmoins basés sur un scénario dans lequel « à peu près 50 % des garderies et écoles sont ouvertes ou un peu plus, avec une ouverture de certains secteurs de l’industrie », a expliqué le chercheur au Devoir. « Donc, ce n’est pas un scénario farfelu, c’est un scénario plausible. »

Une hausse de 10 à 15 % des contacts peut paraître minime, a-t-il ajouté. « Mais quand on est dans une situation épidémique fragile, [ça] peut faire toute la différence. »

Les prochaines semaines permettront de déterminer si le Québec se dirige vers un scénario optimiste ou pessimiste. D’emblée, « à l’extérieur de Montréal, les données suggèrent qu’on est plutôt dans une situation optimiste », a déclaré M. Brisson. « Dans la grande région de Montréal, on est entre les deux. »

Changement de discours

L’annonce du retour à l’école a coïncidé avec un changement de discours du premier ministre François Legault au sujet de l’immunité naturelle. Après avoir dit vouloir rouvrir les écoles dans ce but la semaine dernière, il a affirmé que ce n’était pas son objectif et que le concept n’était pas assez solide sur le plan scientifique.

« Ce n’est pas prouvé. Donc, on ne doit pas prendre notre décision sur cette base-là, mais ça sera un bénéfice secondaire, si jamais ça peut être le cas », a-t-il dit.

Quant au premier ministre du Canada, il a émis de sérieux doutes lundi sur le concept d’immunité. « Ce n’est pas certain encore que quelqu’un qui a eu le virus ne peut pas rattraper le virus quelques mois plus tard », a déclaré Justin Trudeau lors de son point de presse quotidien.

Il a invité les provinces à faire « très attention dans les étapes de réouverture de l’économie ». Autrement, « si on fait une erreur », le Canada risque une « énorme » deuxième vague qui serait « dévastatrice, non seulement pour notre économie, mais pour les citoyens qui auront tant sacrifié ces dernières semaines pour rien ».

Avec la collaboration de Marie Vastel

 

Une immunité collective pas garantie

Renvoyer les enfants à l’école pourrait entraîner une augmentation des cas de coronavirus dans la population adulte sans forcément créer une immunité collective, prévient l’Institut national de santé publique du Québec, dans une étude publiée lundi. Souvent asymptomatiques, les jeunes de moins de 20 ans ne sont pas assez nombreux — 20 % de la population — pour permettre une immunité de groupe. Ils risquent plus qu’autre chose de mettre en danger leurs parents et les autres adultes qu’ils côtoient. Car si les moins de 70 ans ont moins de risques de mourir de la COVID-19, ils peuvent en développer une forme grave. Actuellement, dans un contexte de distanciation sociale, ces derniers « constituent 65 % des cas confirmés et environ 35 % des patients hospitalisés. Ces proportions pourraient augmenter si leurs enfants rapportent l’infection à la maison », note l’INSPQ. Un dépassement de la capacité du réseau de la santé serait alors à prévoir, tant dans les grands centres urbains qu’en régions.

Annabelle Caillou

 

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8 commentaires
  • Réal Gingras - Inscrit 28 avril 2020 07 h 34

    La récréation est finie

    Doit-on rappeler ici que les enseignants sont des fonctionnaires de l’État, au service de l’État. Ils représentent la connaissance et la sagesse. Les profs devraient se réjouir que les écoles rouvrent. Le front de la pandémie est ailleurs. On le sait. Ils sont toujours payés à temps plein et leur tâche consiste justement à encadrer les élèves et à les faire cheminer dans des apprentissages signifiants.

    L’article 8-1-01 de la convention collective est très clair dans ce sens:

    ” Les conditions d’exercice de la profession d’enseignant doivent être telles que l’élève puisse bénéficier de la qualité d’éducation à laquelle il est en droit de s’attendre et que la commission et les enseignants ont l’obligation de lui donner.”

    Est-ce le cas depuis la fermeture des écoles? Se préoccupe-t-on de leur santé mentale?
    L’encadrement sanitaire est adéquat et le ministère de l’Éducation doit être ferme sur ce point. C’est le bon sens. Les écoles secondaires devraient aussi être rouvertes.

    Je suis profondément désolé par l’attitude de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) qui n’arrête pas de mettre des bâtons dans les roues et de faire de l’enflure verbale. Il n’y a pas de risque dans les écoles. Les enfants sont peu porteurs et très peu contagieux. Les enseignants craintifs doivent être rassurés et ceux qui sont trop vieux resteront à la maison. Où est le souci? Les enfants ne s’en porteront que mieux et beaucoup seront heureux d’y retourner. Ils ont besoin de repères solides. Cette pandémie n’est pas leur problème. La Covid-19 est une maladie de vieux. Laissons les enfants apprendre et s’amuser tous ensemble.

    Oui , la récréation est finie. Tous au boulot et s’il venait à manquer de profs , on ira chercher les étudiants les facultés d’éducation des différentes universités.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 28 avril 2020 09 h 22

      @M. Gingras.

      Vos propos condescendants témoignent d'une profonde mécompréhension de la situation. Les enseignants qui font en ce moment de leur mieux pour maintenir un contact et stimuler leurs élèves individuellement, dans un contexte particulier et avec des outils technologiques qu'ils doivent apprendre eux-mêmes à maîtriser, auront bien de la difficulté à maintenir ces efforts pour 50% de leurs élèves tout en faisant leur travail en présentiel pour l'autre 50% (advenant les scénarios fantasmés par M. Legault et les industriels qu'il sert).

      M. Legautl peut encore se reprendre.

  • Sonia Lefeu - Abonnée 28 avril 2020 08 h 23

    Rouvrir, d'accord... Mais pourquoi sans masques ?

    Bonjour,

    Enseignante titulaire au primaire, je comprends la nécessité de rouvrir les écoles et ne refuserai pas de rentrer... Sauf si des collègues trop inquiets me demandent de faire blocage avec eux. Or ce cas de figure pourrait être évité si le gouvernement acceptait d'offrir un minimum de protection à son personnel.

    Certes, avec 50 % seulement des effectifs dans les classes, la distanciation sociale pourrait être à peu près respectée (reste à voir comment se passeraient les déplacements, certaines activités de groupe, etc.). Cependant, si les élèves ne portent pas de masque, ils projetteront leurs aérosols sur toutes les surfaces (pupitres, cahiers, crayons, ordinateurs, matériel de manipulation, livres et autres matériels partagés...). Pense-t-on que l'on va se désinfecter les mains après chaque contact avec une surface ou un outil ? La prof devra penser à ne pas se gratter la tête lorsqu'elle se trouve perplexe face à un cahier d'élève ? Se laver les mains entre chaque cahier corrigé ?

    Combien de temps pense-t-on que ça va prendre au personnel des écoles de penser à ça et de refuser de mettre sa vie ou celle de ses proches en danger ?

    Le gouvernement a jusqu'ici agi avec sagesse et raison dans cette crise, mais je crains qu'à force de regarder les statistiques tous les jours ses membres aient oublié que les décès et les hospitalisations ne sont pas des nombres, mais des personnes. Chaque décès, c'est une famille en deuil. Chaque vie compte. Enverrait-on des soldats à la guerre sans armes ?

    Avec des masques, on sauverait des vies et on montrerait aux parents et aux profs que l'on se préoccupe vraiment de leur santé. Je sais qu'il y a pénurie, mais ça doit être possible dans une province développée comme le Québec d'en faire fabriquer...

  • Jean Jacques Roy - Abonné 28 avril 2020 10 h 32

    « Les élus ont aussi annoncé que les écoles secondaires, les cégeps et les universités resteront fermés jusqu’à la fin août.« 

    Le PM prévoit que 50% des enfants du primaire reviendront à l’école en mai pour termminer l’année scolaire.
    Quant aux autres où seront-ils, que feront-ils de mai à septembre? 3 mois. Les terrains de jeux seront-ils ouverts? Les piscines? L’accès aux rivières, aux lacs, aux campings? Faudra-t-il maintenir les enfants, les adolescents et les adolescentes assis devant leurs écrans, sans bouger?

  • Jean-Pierre Lehoux - Inscrit 28 avril 2020 10 h 50

    Retour aux écoles.

    Le 28-04-2020. Regardez, seulement que deux commentaires qui ont répondu et bien cela en dit long Hein ! Comme Olivier Guimon disait, " Voyons d'on mon ami pensésidons " " Il n'y a rien qui La Batte " " Je me suis souviens " Le temps nous le dira, envoyez les jeunes aux écoles, personnes ne peut prédire ce qu'il v'a arrivé dans le future à ce sujet. Mais je v'ais me souvenir des noms de ceux et celles qui ont pris la décision du renvoit aux écoles ! Moi, j'ai seulement que des petits enfants en ce momment mais si j'avais des jeunes enfants, ils ne retouraient pas à l'école pour la protection de toute ma famille et autres. Est-ce que les enfants qui ne retourne pas à l'école, v'ont-il doublé leur année ? Mais le principale, c'est la sécurité publique qui doit être très important. " Voyons d'on les acolytes d'Indiana Jone Legault comme certaine l'on surnomé sur face- book pensez y d'on " Sans rancune d'un citoyen concerné.

  • Daniel Gendron - Abonné 28 avril 2020 12 h 11

    PAROLE D'ÂNE

    Nous y voici : «prévenons» la dégradation de la santé mentale. Déconfinons-nous. Se laisser infecter, a-t-on idée? Est-ce responsable? Boris Johnson appelle son peuple à la patience quant au déconfinement. Je me fais objecteur de conscience, je me confine. J’attends un vaccin (septembre). Je condamne toute mesure favorisant la propagation du virus dans la communauté, fut-elle supportée par plus d’un. En cas de catastrophe sanitaire nationale, nous n’aurons que nos guides à blâmer. Un peu de rigueur chez mes concitoyen(e)s aurait pu solutionner l’épidémie à la chinoise, en moins de trois mois, de façon naturelle, sans médicament ni vaccin. En cas d’échec de l’approche Arruda-Legault, les Québécois pourront toujours se replier sur des dispositions sanitaires plus douces que la contamination collective, ils n’auront qu’étiré la sauce.