Les universités face à l’incertitude

Les universités demandent au gouvernement Legault de relancer la recherche scientifique, paralysée depuis six semaines en raison de la pandémie.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les universités demandent au gouvernement Legault de relancer la recherche scientifique, paralysée depuis six semaines en raison de la pandémie.

Les universités ont réussi tant bien que mal à terminer la session d’hiver grâce à l’enseignement à distance, mais de gros nuages planent sur l’enseignement supérieur : la recherche scientifique reste paralysée à cause du confinement, et la fermeture des frontières menace les études de milliers d’étudiants étrangers en sol québécois.

Les universités demandent au gouvernement Legault de relancer la recherche scientifique, paralysée depuis six semaines en raison de la pandémie. Les recteurs préviennent que des milliers de projets de recherche seront en péril si le gouvernement tarde à rouvrir les laboratoires et à permettre aux chercheurs de poursuivre leurs enquêtes sur le terrain.

« Notre priorité numéro un à l’heure actuelle, c’est la relance de la recherche. Le déconfinement comporte très peu de risques. Les chercheurs sont habitués à travailler de façon sécuritaire dans des situations dangereuses, par exemple avec du matériel biologique ou radioactif », dit Pierre Cossette, recteur de l’Université de Sherbrooke. Il est aussi président du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI), qui regroupe les 18 universités québécoises.

Le premier ministre François Legault doit dévoiler lundi le plan de réouverture graduelle des écoles primaires et secondaires. Les recteurs affirment qu’il est aussi urgent de déconfiner la recherche universitaire, sans quoi des milliers de projets tomberont à l’eau. Le sort de plus de 12 000 étudiants à la maîtrise ou au doctorat est en jeu.

Notre priorité numéro un à l’heure actuelle, c’est la relance de la recherche. Le déconfinement comporte très peu de risques. Les chercheurs sont habitués à travailler de façon sécuritaire dans des situations dangereuses, par exemple avec du matériel biologique ou radioactif

Le décret gouvernemental a forcé la fermeture des établissements d’enseignement supérieur jusqu’au 1er mai — ou plus en cas de besoin. Les recteurs demandent que le personnel et les étudiants puissent accéder aux laboratoires dès cette semaine pour réaménager les lieux en fonction des règles de distanciation physique. Ils souhaitent une reprise des activités de recherche le 4 mai.

« Il est urgent de relancer la recherche. En écologie, par exemple, c’est au printemps qu’on commence le travail de terrain », dit le recteur Pierre Cossette.

Situation exceptionnelle

Toute la communauté universitaire des cycles supérieurs commence à s’impatienter. Dans une lettre transmise au Devoir, 302 étudiants, professeurs et chercheurs des universités québécoises demandent que l’inscription normalement obligatoire à la session d’été (pour la maîtrise et le doctorat) soit suspendue, en raison de la pandémie.

Les étudiants, durement frappés par la crise économique, souhaitent être exemptés de ces frais pouvant atteindre 1100 $. Ils souhaitent aussi que la session d’été ne soit pas comptée dans le nombre de trimestres nécessaires pour obtenir leur diplôme.

« Les difficultés liées à la recherche et à la rédaction en ces temps de pandémie sont trop nombreuses pour toutes les nommer. Ainsi, la fermeture des universités et des centres de recherche empêche l’accès aux laboratoires et au matériel essentiel à la réalisation des expérimentations. Les étudiants n’ont plus accès à leurs bureaux, à leurs ordinateurs ni au matériel nécessaire à l’avancement de leurs travaux. Les bibliothèques sont fermées. Pour plusieurs, ce sont les terrains ou les sujets de recherche eux-mêmes qui sont inaccessibles », écrivent les signataires.

Les conditions de confinement sont loin d’être optimales pour travailler à une thèse, notent-ils : anxiété liée à la santé (physique, mentale ou financière), présence d’enfants à la maison en raison de la fermeture des écoles et des services de garde…

Les étudiants étrangers dans le brouillard

La pandémie a plongé l’enseignement supérieur dans l’incertitude. En plus du flou entourant la recherche, les universités craignent de perdre des milliers d’étudiants étrangers à cause de la fermeture des frontières.

Près d’un étudiant universitaire sur six (16 %) au Québec vient de l’extérieur du Canada. À l’Université McGill, près d’un étudiant sur trois est originaire d’un autre pays. La vaste majorité des étudiants étrangers sont rentrés dans leur pays d’origine depuis le début du confinement, indique Pierre Cossette.

Les 48 470 étudiants étrangers inscrits dans une université québécoise pourront-ils (ou voudront-ils) revenir suivre leurs cours ? Le recrutement de nouveaux étudiants internationaux en vue de la session d’automne, en tout cas, est compromis, admet Pierre Cossette.

« C’est un gros enjeu. Le défi est énorme [de recruter et maintenir les étudiants étrangers] », reconnaît le représentant des 18 universités.

Les universités négocient avec le ministère de l’Immigration, de la Francisation et l’Intégration pour adapter le processus de sélection des étudiants à la réalité de la pandémie. L’offre de procédures en ligne, plutôt qu’en présence, fait partie des discussions. Les universités sont prêtes à reporter la date limite d’inscription, mais le risque est grand que les étudiants étrangers s’inscrivent ailleurs si les procédures d’immigration sont trop longues.

Les cours de la session d’été seront offerts à distance dans les universités québécoises, explique Pierre Cossette. Pour la session d’automne, elles se préparent à tous les scénarios, mais le plus plausible semble celui d’une rentrée en présence, assortie d’une portion en ligne, notamment pour les étudiants étrangers.

 

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