Alliance des professeures et professeurs de Montréal: en attendant la rentrée

André Lavoie Collaboration spéciale
La présidente Catherine Beauvais-St-Pierre craint  que la crise  des finances publiques se fasse encore une fois sur le dos du monde scolaire.
Getty Images La présidente Catherine Beauvais-St-Pierre craint que la crise des finances publiques se fasse encore une fois sur le dos du monde scolaire.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée internationale des travailleurs

La crise sanitaire provoquée par la COVID-19 a cruellement mis en lumière les défaillances et les inégalités du réseau québécois de l'éducation. Même si le milieu scolaire est officiellement en pause, et que se fabriquent peu à peu divers outils d’enseignement à distance, le retour en classe, peu importe la date, ne sera pas de tout repos.

Ça sera particulièrement vrai pour les écoles publiques de la Commission scolaire de Montréal (CSDM),que plusieurs ont encore du mal à nommer de sa nouvelle appellation, centre de services, tant l’adoption à toute vapeur du projet de loi 40 en février dernier semble bien lointaine. Et surtout disparue dans l’immense brouillard d’incertitudes provoqué par la pandémie mondiale.

Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente du conseil d’administration de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, enseignante à la CSDM depuis 2008, a aussi du mal à parler de « centre de services ». Car pour elle et pour les 9425 membres de son syndicat, les défis sont ailleurs, et plus grands que le tout dernier rebrassage de structures. Celle qui, comme tant d’autres, découvre les aléas du télétravail avec de jeunes enfants à la maison souligne que la crise actuelle pose d’importants défis de communications, entre autres avec le gouvernement Legault. « Les directives nous arrivent de tous les côtés, souvent changeantes, pas toujours claires, et il faut pas mal de travail pour lestraduire », dit-elle avec un brin d’ironie.

Or, ce jargon ministériel, elle et ses vis-à-vis de la CSDM finissent par le décoder, « mais il est rarement adapté à la réalité montréalaise », déplore la présidente de l’Alliance. Car la réalité des 189 établissements scolaires de ce réseau est complexe, et diversifiée. « Nous avons le plus grand nombre d’élèves allophones, le plus grand nombre d’élèves issus de milieux défavorisés et le plus grand nombre d’élèves avec des difficultés d’apprentissage ou des handicaps. Ce sont des clientèles qui nous inquiètent beaucoup en ce moment, car des mois sans école peuvent se traduire par de graves retards. »

Les mirages du virtuel

Le milieu de l’éducation n’était pas préparé à un arrêt d’une telle ampleur et à la durée si incertaine, lui qui est surtout habitué à gérer les grèves et les tempêtes de neige. On a beaucoup vanté les vertus du télétravail, mais la formule ne s’applique pas à tous les secteurs, en agriculture comme en usine. Même chose à l’école, et particulièrement l’école montréalaise.

D’abord invités à garder le contact avec leurs élèves, les enseignants ne demandaient pas mieux, mais n’étaient pas toujours en mesure de le faire.Certains témoignages recueillis par Catherine Beauvais-St-Pierre illustrent à quel point la chose n’est pas simple. « L’un d’entre eux m’a raconté qu’il avait seulement pu joindre trois élèves de sa classe. La majorité des parents ne parlent pas le français, n’ont pas d’ordinateur, ou tout simplement pas le téléphone… » Les trousses pédagogiques, les exercices interactifs et le site L’école ouverte représentent des solutions difficilement conciliables avec le quotidien de ces familles aux moyens modestes, parfois nombreuses, entassées dans des logements trop petits.

Après la crise, la réalité

Peu importe la date du retour en classe, au printemps ou à l’automne, ou que les commissions scolaires soient d’ici là complètement transformées en centres de services, les réalités de l’école montréalaise resteront les mêmes, se désole Catherine Beauvais-St-Pierre. À commencer par la gestion de la nouvelle dynamique sanitaire. « Nous avons des classes modulaires, ces roulottes que l’on peut voir près de plusieurs écoles, mais il y en a qui sont sans toilettes. Comment favoriser le lavage des mains dans ce contexte ? »

Et on ne cesse de le répéter : après la crise sanitaire s’invitera la crise des finances publiques. Risque-t-elle encore une fois de se faire sur le dos du monde scolaire ? C’est ce que craint la présidente de l’Alliance. « Après cette pause, le contexte sera le même, tient-elle à préciser. Nous serons encore dans les plus vieux établissements scolaires du Québec, avec des classes surpeuplées, des profs d’arts plastiques qui promènent leur matériel dans des chariots parce qu’ils n’ont plus de local, des gymnases où s’entassent plus de 250 personnes pour manger et des fontaines où l’eau n’est pas potable. »

« On espère que le gouvernement de François Legault finira par reconnaître que le milieu scolaire montréalais est différent, et qu’il fautmettre en place des choses pour répondre à ses besoins », conclut Catherine Beauvais-St-Pierre.