FAE: mieux prendre en charge les élèves vulnérables

Agathe Beaudouin Collaboration spéciale
La FAE craint  que la crise de  la COVID-19  ne fasse qu’accentuer les différences et les inégalités entre les élèves.
Getty Images La FAE craint que la crise de la COVID-19 ne fasse qu’accentuer les différences et les inégalités entre les élèves.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée internationale des travailleurs

Le retour en classe des élèves et des enseignants est l’un des enjeux du moment, et soulève plusieurs questions. Les syndicats alertent le gouvernement sur le besoin d’épauler davantage les élèves en difficulté, qui auront tout particulièrement subi les effets de l’arrêt des classes lié à la COVID-19.

« Avant la pandémie, le manque de moyens et de ressources était déjà important. Cela ne va que s’amplifier avec la période que nous traversons », déclare le porte-parole de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), Alain Marois. Anticipant la reprise scolaire au Québec, neuf syndicats affiliés*, représentant 45 000 professionnels de l’éducation (allant de l’enseignement préscolaire au secondaire), appellent le gouvernement à prendre toute la mesure de la situation scolaire et des besoins dans les établissements.

Pour les organisations syndicales, le constat est assez simple : « Actuellement, nous n’avons pas reçu de signaux très clairs de la part du gouvernement, ce qui engendre une très grande inquiétude dans le milieu scolaire, explique Alain Marois. La crise est difficile pour tout le monde, mais les élèves qui étaient déjà en difficulté et les enfants issus de catégories sociales défavorisées et de l’immigration subissent de manière plus forte cette rupture scolaire. Si nous n’agissons pas, la crise de la COVID-19 ne fera qu’accentuer les différences et les inégalités entre les élèves. Selon nous, il faut envisager une meilleure prise en charge de ces enfants vulnérables. Cela se prépare maintenant. »

L’éducation, priorité de la relance

Si les portes des écoles restent closes depuis le 13 mars, les syndicats de l’éducation sont en action. L’amer constat de la situation dans les CHSLD et le manque de moyens dans le système de santé mis en lumière par cette pandémie incitent la FAE à monter au créneau. « Nous avons vu comment les coupes du passé dans notre système de santé sont aujourd’hui dévastatrices. Faudra-t-il en arriver là aussi dans l’éducation ? s’interroge Alain Marois. Nous sommes d’autant plus inquiets qu’en période de crise, les gouvernements ont tendance à resserrer les dépenses. Or, nous pensons, au contraire, qu’il faut investir et que l’éducation doit être une priorité de la relance. »

Face à cette réalité, quels seraient les options et le plan de match à adopter ? « Ça va prendre du personnel ; c’est la priorité, répond Alain Marois. Il faudra aussi financer des services, par exemple, mettre en place des classes spécialisées ou de petits groupes pour les enfants en difficulté. Il va falloir trouver les moyens de compenser la pénurie de personnel et la façon de favoriser la reconnaissance professionnelle des enseignants dans la poursuite des négociations entamées avant l’apparition de la COVID-19. » Sur ce dernier point, la FAE semble intransigeante : « Les outils qui visent à plus d’autonomie et de liberté professionnelle ne demandent pas beaucoup de moyens. Nous ne lâcherons pas. »

Quelle reprise dans les écoles surchargées ?

Parmi tous ces dossiers revient aussi la sensible question de la reprise des classes, dans des écoles souvent surchargées. C’est le cas de nombreux établissements de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), qui manquent, en temps normal, d’espace. Les mesures préconisées dans un contexte de COVID-19 pourront-elles s’appliquer ? « Les enseignants font part de leurs craintes ; les parents aussi. Nous avons, dans de nombreuses écoles, des problèmes de promiscuité, de salubrité, de plomb dans l’eau et de points d’eau en nombre nettement insuffisant. Comment sera-t-il possible de demander au personnel et aux enfants de se laver les mains toutes les deux minutes, ou même toutes les heures, si les conditions ne sont pas réunies ? À l’heure actuelle, cela ne paraît pas plausible et, pourtant, on sent bien des pressions de l’extérieur pour que l’école reprenne au plus vite afin que les parents retournent travailler », regrettent les membres de la FAE.

Une pétition en ligne

Il ne fallait rien de plus que la déclaration du premier ministre, François Legault, relative à une possible reprise des cours avant le 4 mai dans la province, pour provoquer un vif émoi. La réaction n’a d’ailleurs pas tardé.

Une pétition en ligne s’est aussitôt mise à circuler pour dénoncer cette éventualité. « Plus de 200 000 signatures sont enregistrées », assure le responsable syndical, qui évoque une mobilisation « historique ». « Nos revendications n’ont pas changé ; elles ne sont que renforcées par cet événement. » Pour le monde de l’éducation, l’enjeu est de taille, souligne Alain Marois : il ne s’agit pas seulement de défendre les conditions de travail des enseignants, mais « d’assurer une continuité et une égalité scolaire pour tous les enfants du Québec ».

Depuis, le premier ministre a toutefois déclaré que les écoles nerouvriront pas le 4 mai, précisant qu’il dévoilera son plan de « réouverture graduelle » la semaine prochaine. « On va s’assurer dans ce plan que les parents qui ne veulent pas envoyer leurs enfants à l’écolepour toutes sortes de raisons [ne soient] pas obligés de les envoyer », a-t-il souligné au moment où ces lignes étaient écrites. .

    
 

* Syndicats affiliés : Alliance des professeures et professeurs de Montréal, Syndicat de l’enseignement des Basses-Laurentides, Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska, Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais, Syndicat de l’enseignement de l’ouest de Montréal, Syndicat de l’enseignement de la Pointe-de-l’Île, Syndicat de l’enseignement de la région de Laval, Syndicat de l’enseignement de la région de Québec, Syndicat de l’enseignement des Seigneuries.